Juliano Ribeiro Salgado: mon père retrouvé

Sebastião Salgado est l'un des plus importants photojournalistes... (Photo fournie par Unifrance)

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Sebastião Salgado est l'un des plus importants photojournalistes des XXe et XXIe siècles.

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(Paris) Il est difficile de vivre dans l'ombre d'un géant. Juliano Ribeiro Salgado en sait quelque chose : son père, Sebastião Salgado, est l'un des plus importants photojournalistes des XXe et XXIe siècles. Et pourtant, il a accepté de tourner ce documentaire sur son paternel avec un réalisateur de génie, Wim Wenders, ce qui n'a pas été une sinécure.

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Juliano Ribeiro Salgado

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Le sel de la terre ne fait pas que célébrer l'oeuvre de Salgado et son humanisme. Pour Juliano, c'est aussi l'histoire d'un fils et de son père qui se sont retrouvés.

Dans cette chambre d'hôtel où il accueille Le Soleil, ce qui retient l'attention, c'est sa gueule de jeune premier. Puis son éloquence. Juliano est né à Paris, sa maîtrise du français est splendide. Et enfin sa franchise : il avoue d'emblée qu'il entretenait une relation conflictuelle avec son père absent. Au point où il a accepté à contrecoeur de l'accompagner pour un photoreportage sur les Zo'é, une tribu indigène du Brésil.

«J'avais peur du huis clos infernal. Ce qui a été émouvant, c'est qu'au retour, j'ai monté les images que j'avais filmées et je les ai montrées à Sébastien et quand il a vu le regard que portait son fils sur lui, il a été très ému. Il y a quelque chose qui a bougé pour lui dans notre relation et ça m'a donné confiance que c'était peut-être le moment de faire un film sur lui.»

Le documentaliste a alors communiqué avec Wim Wenders (Les ailes du désir), qui envisageait de réaliser un film sur Sebastião Salgado, sans trop savoir quelle forme lui donner. «C'était bien d'être deux. Je savais qu'il allait avoir du recul.» Notamment pour filmer les entrevues avec le photographe lorsqu'il se raconte - des histoires que le fils connaissait par coeur.

Après quelques courriels, les deux réalisateurs se sont tout de suite retrouvés sur la même longueur d'onde : ce ne sera pas un film sur le photographe, «mais sur un grand témoin de notre humanité. Ses histoires avec les photographies, on sentait tous les deux que c'était un matériel de cinéma très important».

Le choix du titre n'est pas anodin - les hommes sont le sel de la terre, comme dit Wenders en paraphrasant Jésus. «Quand Sébastien commente ses photos, il ne parle jamais de lui, mais des gens qu'il a rencontrés, de leur humanité et ce qu'on peut apprendre de tout ça. Il y a quelque chose qui transcende, qui est très beau et qui est très important.»

Après un an et demi d'échanges, les deux réalisateurs se sont rendu compte qu'il y avait plus : un arc dramatique. «Sébastien est allé trop loin après avoir trouvé une raison et une fonction à sa photographie et il s'est brûlé les ailes. Il a été obligé de se transformer et dans cette transformation, il y avait de l'espoir.»

À quatre mains

La bonne entente entre les deux cinéastes s'est toutefois ternie lorsque est venu le temps de confronter leur vision du film. Juliano a travaillé pendant trois mois sur un premier montage. «Je lui ai montré, et il n'a pas du tout aimé. Il l'a fait savoir de façon très virulente. Il est parti avec le montage pendant deux mois et il est revenu. C'était un peu raté aussi.» Les deux hommes vont s'échanger le montage pendant un an «sans jamais réussir à rendre justice à l'histoire de Sébastien».

Devant ce constat d'échec, les deux hommes ont dû se résoudre à l'inévitable : monter le film à quatre mains. «C'est là qu'on a réussi à trouver la narration du film. Ça a été un apprentissage très difficile, mais de ça est né quelque chose qui était plus fort que ce que l'un et l'autre, nous avions fait. Le film s'est mis à exister tout seul. C'était incroyable.»

Résultat, un film qui parle d'espoir à un moment où la population mondiale en a bien besoin. «On a besoin aussi de voix qui disent : les choses peuvent aller mieux. Il y a vraiment quelque chose à partager.»

Présenté à Cannes l'an dernier dans la section Un certain regard, Le sel de la terre a aussi été de la course aux Oscars pour le meilleur documentaire. «C'est dingue la carrière de ce film.» Retombée positive, «les choses ont vraiment changé pour moi sur le plan professionnel».

Mais pour Juliano Ribeiro Salgado, ce qui compte vraiment, c'est d'avoir rétabli les ponts avec son père. «On est devenu potes.» Et gagné assez de confiance en lui pour tourner son premier long métrage de fiction qui se passera à São Paulo, au Brésil, pays d'origine de son père, «un peu dans les mêmes thèmes que quand [il fait] du documentaire». Évidemment.

Le sel de la terre prend l'affiche le 24 avril. Les frais de ce voyage ont été payéspar uniFrance.

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