Corbo: engrenage fatal

Corbo décrit parfaitement le mécanisme de l'endoctrinement, qui... (Photo fournie par les Films Séville)

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Corbo décrit parfaitement le mécanisme de l'endoctrinement, qui prend racine dans le besoin d'affirmation et d'indépendance du jeune Jean Corbo. Sa quête identitaire est évidemment une métaphore de celle du Québec.

Photo fournie par les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Corbo revient sur une page méconnue de l'histoire du Québec, avant les événements d'octobre 1970, alors que Jean Corbo périt en posant une bombe pour le tristement célèbre Front de libération du Québec (FLQ). Mathieu Denis livre, malgré ses défauts, une fresque intimiste et humaine sur le destin tragique de cet adolescent de 16 ans, un film par moments poignant, qui fouille dans des pans douloureux de notre mémoire collective.

Le long métrage s'attarde aux quatre derniers mois de la vie de Jean (Anthony Therrien). Après une rencontre fortuite, il se lie d'amitié avec François (Antoine L'Écuyer) et Julie (Karelle Tremblay), qui ont des accointances avec le FLQ. Sans le savoir, il vient de mettre la main dans un engrenage qui va le happer et le broyer.

Corbo s'inscrit comme un devoir de mémoire, mais en voulant comprendre ce qui pousse un jeune à s'enrôler dans un groupe révolutionnaire, le long métrage trouve un écho involontaire très contemporain à la radicalisation islamiste (la famille ne voit d'ailleurs rien aller). Il en décrit parfaitement l'engrenage de l'endoctrinement, qui prend racine dans la naïveté et l'idéalisme, mais aussi le besoin d'affirmation et d'indépendance de l'adolescent - la quête identitaire de Jean est évidemment une métaphore de celle du Québec.

Le jeune bourgeois cherche à se libérer de l'emprise de son père italien (sa mère est francophone) et des fers de la tradition. Dans sa soif d'absolu, il repousse même son frère aîné (Jean-François Pronovost), pourtant militant du RIN de Pierre Bourgault. Il faut d'ailleurs souligner le soin de Corbo à reconstituer l'époque sur le plan sociohistorique (et dans ses décors).

Le long métrage compte sur une imposante distribution dans ses seconds rôles. Marie Brassard (Vic + Flo ont vu un ours) et Tony Nardi (La Sarrasine), surtout, sont brillants dans la peau de la mère et du père de Jean. Dino Tavarone (Omertà), en patriarche borné et sensible, est touchant de véracité. Ces performances, ainsi que d'autres comme celle de Francis Ducharme, ne font que mettre en évidence les contrastes de jeu. Le film repose beaucoup sur les épaules d'Anthony Therrien (Le torrent) dans le rôle-titre. 

Il réussit assez bien à traduire les tourments intérieurs de Jean, mais il est en gros déficit de véracité dans la colère et la détermination. La différence est encore plus flagrante quand il fait face à Antoine L'Écuyer, qui a déjà six longs métrages à son actif, dont La garde, et plusieurs téléromans (Les rescapés). Mathieu Denis ne voulait probablement pas d'un visage trop connu, mais le film en souffre, malheureusement.

Le contexte historique global est peu évoqué, sinon par la bande. Les mouvements révolutionnaires n'étaient pas l'apanage du Québec à cette époque. Il aurait été facile de l'évoquer un peu plus explicitement plutôt qu'insister lourdement sur la relation tumultueuse entre Jean Corbo et son père.

C'est là que réside la principale faiblesse du film scénarisé et écrit par Mathieu Denis (Laurentie, coréalisé avec Simon Lavoie), dans ces longueurs qui provoquent des décrochages chez le spectateur alors qu'il devrait être sur le bout de son siège. Le réalisateur a aussi étiré la sauce avec sa finale qui aurait dû se terminer après l'explosion de la bombe à la Dominion Textile.

Sa réalisation est pourtant agile, alternant les plans-séquences de discussions avec les scènes d'attentats tournées caméra à l'épaule.

Malgré tout, Corbo n'a pas l'intensité et la puissance dramatique d'Octobre (1994), de Pierre Falardeau, ou la force d'évocation des Ordres (1974), de Michel Brault. Il réussit néanmoins à traduire la tension inhérente ressentie par ces felquistes en herbe à manipuler des bombes artisanales susceptibles de leur exploser en plein visage à tout moment. Ce qui, tragiquement, a coûté la vie à Jean Corbo, à 16 ans. Il était encore un enfant...

=> Au générique

  • Cote : ***
  • Titre : Corbo
  • Genre : drame historique
  • Réalisateur : Mathieu Denis
  • Acteurs : Anthony Therrien, Karelle Tremblay et Antoine L'Écuyer
  • Salles : Beauport et Clap
  • Classement : général
  • Durée : 1h59

On aime : une réalisation agile, la solide reconstitution, l'aspect humain

On n'aime pas : les longueurs, la fin étirée, le jeu inégal

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