Sils Maria: Cruel jeu de miroirs

Le non-jeu subtil de Juliette Binoche sauve le... (Photo fournie par Métropole Films)

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Le non-jeu subtil de Juliette Binoche sauve le film, mais force la comparaison avec Kristen Stewart, à la palette limitée.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Sils Maria est le genre de film qui polarise - son aspect cérébral, froid et autoréférentiel m'a profondément agacé au Festival de Cannes, l'an passé. Mais il a aussi ses farouches partisans, puisqu'il a obtenu le prix Louis-Delluc, décerné au meilleur film français de 2014... Vrai, le long métrage a de grandes qualités dont la moindre n'est pas la superbe performance de Juliette Binoche. Elle vaut amplement le déplacement.

Le 15e film d'Olivier Assayas (Irma Vep, L'heure d'été) met en scène une actrice, Maria Enders (Binoche), à qui est offert un rôle dans la pièce qui l'a rendue célèbre, il y a une vingtaine d'années. Dans celle-ci, une jeune ambitieuse, Sigrid, pousse au suicide sa patronne, Helena, une femme d'âge mûr. Sauf que cette fois, Maria devra incarner Helena alors que le rôle de Sigrid est offert à une starlette écervelée (Chloë Grace Moretz).

Réticente, Maria se retire néanmoins dans les Alpes, à proximité du village de Sils Maria, avec son assistante Valentine (Kristen Stewart), dans la maison de l'auteur de la pièce, tout juste décédé. La nature et le deuil vont induire une introspection chez l'actrice sur le temps qui passe, mais aussi sur l'éternel recommencement (Assayas a un petit côté philomystique). Car au fur et à mesure que Valentine lui donne la réplique, la relation ambiguë entre les deux femmes va se muer en écho de celle des deux femmes de la pièce. 

La mise en abyme ne s'arrête pas là. La vie (professionnelle) de Maria ressemble à s'y méprendre à celle de Juliette Binoche, l'actrice (leurs trajectoires sont identiques). À l'inverse, un miroir déformant est appliqué à Stewart qui, en assistance soumise et dévouée, joue son contraire (c'est plutôt Moretz qui est son double hollywoodien).

Ce constant jeu de glaces entre la vie et l'art, qui multiplie les références et les clins d'oeil (Bergman, évidemment), s'avère parfait pour une thèse, mais il a de la difficulté à transcender son cadre théorique. 

La réalisation classique de l'ex-critique de cinéma, portée par les images magnifiques des Alpes suisses, tend vers le minimalisme et l'épure. Soit. Mais on frôle l'ennui et une forme d'imposture, il s'agit de cinéma ici, et non de théâtre, que la caméra ne saurait reproduire. Le cinéma d'Assayas est tourné vers lui (et pour lui), plutôt que vers le spectateur. Quant aux réflexions sur les médias sociaux - Valentine est très branchée -, elles semblent plaquées et artificielles.

Autre source d'agacement : impossible de voir ce film autrement que comme une reprise, plus cérébrale, d'All About Eve de

Joseph L. Mankiewicz (1950), gagnant de six Oscars (dont scénario, réalisation et film). Les grandes lignes du récit et les thèmes sont sensiblement les mêmes. Si Assayas tenait tant à faire un film américain - Sils Maria a été tourné en anglais -, il n'avait qu'à aller à Hollywood. On y aime beaucoup les reprises... Oh! c'est vrai, il vient d'y aller et s'est pété la gueule!

En fait, pour moi, Juliette Binoche sauve la mise. Maria Enders est son reflet (Assayas a écrit le rôle pour elle), et il devient difficile de départager la réalité de la fiction dans son non-jeu aux intonations subtiles. Ce qui force d'ailleurs la comparaison avec Stewart, incapable d'autant de naturel et dont la palette est limitée. Ce qui ne l'a pas empêchée de gagner le César du rôle de soutien. Rien à comprendre, mais au pays où Jerry Lewis est roi... 

Au générique

Cote : ***

Titre : Sils Maria

Genre : drame

Réalisateur : Olivier Assayas

Actrices : Juliette Binoche, Kristen Stewart et Chloë Grace Moretz

Salle : Clap

Classement : général

Durée : 1h46

On aime : l'effet miroir, la réflexion sur l'art et l'éphémère, la grande Binoche

On n'aime pas : l'aspect trop cérébral, le rythme pesant, l'autoréférentiel

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