Les trois chantiers d'Hugo Latulippe

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Hugo Latulippe lors d'un tournage à l'île Verte

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(Québec) Hugo Latulippe revient souvent à Québec par les temps qui courent. Et pas seulement pour visiter ses parents, à l'île d'Orléans. Le réalisateur de Bacon et d'Alphée des étoiles a trois chantiers majeurs en cours dans la région : une biographie inédite sur Félix Leclerc, un documentaire philoanimalier sur les bélugas et une exposition sur les mouvements révolutionnaires au Musée de la civilisation, en 2016. Submergé, le natif de Lac-Beauport? «C'est la seule façon de survivre en faisant du documentaire au Québec, sinon je vis sous le seuil de la pauvreté. Le métier est en danger.» De toute évidence, Hugo Latulippe n'a pas l'intention de le laisser mourir sans se battre. Il a accordé une généreuse entrevue au Soleil pour discuter de ces trois pertinents projets.

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Félix Leclerc

Photothèque Le Soleil

Félix

Est-ce encore possible de voir l'immense Félix Leclerc comme on ne l'a jamais vu? Hugo Latulippe pense que oui. Comme souvent devant un sujet qu'on pense rabâché, tout est question d'angle. «J'ai fait des efforts pour éviter les sentiers déjà battus aller-retour.» Ce documentaire veut évoquer son parcours de pionnier de la modernité artistique québécoise, de chantre de la patrie, mais aussi son impact sur ses contemporains. Avec des images inédites de son quotidien à l'île d'Orléans.

Le réalisateur a amorcé la production de ce film à la demande de Nathalie, la fille de Félix. La gardienne de la mémoire du chanteur a entendu une phrase d'Hugo, en entrevue, qui faisait écho à celle que son père disait souvent : les Québécois n'ont pas encore remarqué qu'ils sont assis sur un trésor de beauté. Le poète faisait allusion à la beauté de l'écosystème du fleuve Saint-Laurent, épine dorsale du Québec, mais aussi à son éventuelle indépendance politique. Tout ça est inextricablement lié dans l'oeuvre de Félix Leclerc.

Il n'en fallait pas plus pour que le documentaliste se lance dans l'aventure. Tout relire son oeuvre (c'était aussi un auteur et un dramaturge), lire les biographies et voir les films qui lui sont consacrés lui a rappelé à quel point Félix a fait rayonner le Québec à l'étranger et que son influence fut déterminante. «J'ai parlé à la moitié du bottin de [l'Union des artistes]. Les gens s'illuminent.»

Leonard Cohen a embrassé la carrière de chanteur après une prestation de l'auteur de Moi, mes souliers dans «une petite église du West Island». Il a aussi convaincu Jacques Brel de poursuivre son rêve de devenir chanteur.

Le film veut aussi «trouver son omniprésence dans le Québec d'aujourd'hui». On n'a qu'à voir le nombre «incroyable» d'écoles, ici et en Europe, qui portent son nom, fait valoir Hugo Latulippe.

Ce portrait doit bien sûr évoquer l'héritage politique de ce souverainiste convaincu. Ses recherches dans les fonds d'archives européens lui ont permis de trouver des petits bijoux, notamment un texte (L'an un) rédigé après l'élection historique du Parti québécois, le 15 novembre 1976, alors que Félix était en France. Ce texte, qui salue l'entrée du Québec dans sa nouvelle histoire, il en fera la lecture en ouverture du bulletin télévisé national de TF1. «Ça n'a jamais été vu au Québec.»

Hugo Latulippe a aussi dégoté son lot d'images inédites dans la résidence même de Félix, à l'île d'Orléans, qui est toujours habitée par Gaétane Morin, sa conjointe et mère de Nathalie et de Francis.

Celle-ci a trouvé au «fin fond des garde-robes» des films amateurs 8 mm qui n'ont jamais été vus.

«Mme Morin filmait beaucoup, et très bien à part ça. Elle m'a remis trois, quatre boîtes de films qu'on a fait transférer en numérique. Il y a toute sorte d'affaires là-dedans comme des vacances avec Jos Pichette [le fermier qui lui a vendu une partie de sa terre à l'île en 1947], Félix en Gaspésie, Félix en Suisse avec la famille, Félix qui jardine et qui fait des niaiseries avec les enfants, c'est assez pas pire.»

Cette «biographie camouflée en portrait de son héritage», Hugo Latulippe espère en commencer le tournage comme tel cet été. Le réalisateur est à boucler le financement avec sa boîte de production Esperamos, mais il a déjà le support de TVA et de Télé-Québec.

Ces adoptions symboliques ont été réalisées dans le... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Ces adoptions symboliques ont été réalisées dans le cadre de la campagne «Adoptez un béluga» qui a été mise sur pied par le Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM).

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Une ambassade dans l'estuaire

Hugo Latulippe passe souvent l'été à l'île Verte, où il a bâti une «petite maison», il y a une quinzaine d'années. La nuit, sa petite famille entend chanter les bélugas - ils sont à quelques encablures de la fameuse pouponnière de Cacouna. Son projet de documentaire ne traite pas du controversé projet de port pétrolier de TransCanada, mais bien de la vie des petites baleines blanches dont il compte suivre le cycle pendant un an.

Il était facile pour le cinéaste, avant, d'empoigner sa caméra et de monter dans son zodiac pour aller à la rencontre des bélugas. Mais depuis que le gouvernement canadien a décrété l'espèce en voie d'extinction, cet automne, il faut être accompagné de scientifiques. Latulippe s'est associé au Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM). «Ils vont suivre les bélugas pendant un an. Ça ne s'est jamais fait. On ne sait pas, par exemple, où vont vraiment les bélugas l'hiver. Ils ont affrété un navire de recherche. C'est ce que j'appelle mon ambassade dans l'estuaire.

«Je vais y faire venir toute sorte de monde : des penseurs, des gens qui réfléchissent sur le vivant et la fin du monde aussi... Le film aura donc un aspect scientifique, mais aussi philosophique, de réflexion sur notre rapport au vivant. Va-t-on laisser disparaître cet animal emblématique?» Le troupeau du Saint-Laurent compte moins de 1000 bélugas.

Le réalisateur souhaite que ce film ne soit pas assimilé à un des nombreux documentaires environnementaux des dernières années. «Je veux aller au-delà de cette vague qui ne nous atteint plus autant que les premiers. On a commencé à se répéter. Il faut élargir la réflexion à d'autres choses que la biologie. Il y a un rapport à la vie et au sens de la vie dans tout ça.»

Pour y arriver, Une ambassade dans l'estuaire en mettra aussi plein la vue en utilisant du numérique 4 K pour des séquences sous-­marines et aériennes (à l'aide de drones). «On veut vraiment faire un tournage spectaculaire du fleuve [Saint-Laurent] sur quatre saisons. C'est un projet emballant. Il n'y a rien que j'aime autant que faire un film dehors.»

Le début du tournage est prévu pour la fin de l'été.

Les grands mouvements sociaux... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Les grands mouvements sociaux

Photothèque Le Soleil

La légende du monde futur

Comme si ça ne suffisait pas de mener de front deux documentaires, Hugo Latulippe prépare aussi une exposition interactive au Musée de la civilisation, pour le printemps 2016. La légende du monde futur revisitera les grands mouvements populaires et sociaux, de la chute du Mur de Berlin à 2014, en 25 événements sur 25 ans. Le réalisateur devra commencer à filmer dès cet automne s'il veut y parvenir.

Hugo Latulipe retournera sur les lieux pour retrouver 25 personnes qui ont été au coeur de ces 25 gestes qui ont marqué l'actualité internationale, de la résistance à l'OMC à Seattle à celle d'Aung San Suu Kyi à la junte militaire en Birmanie, en passant par la prise de pouvoir des autochtones en Bolivie avec Evo Moralès et le massacre des étudiants chinois de la place Tian'anmen. Le but? «Découvrir le portrait politique de notre génération.»

C'est une discussion avec Hélène Bernier, la directrice des expositions internationales, qui est à l'origine du projet. «Je lui disais que notre génération politique [il a 41 ans] n'était pas assez présente dans nos institutions et sur la place publique. Je lui disais qu'on avait besoin de renouveler notre point de vue sur le monde. C'est un peu dans cet esprit-là que le Musée a embarqué. Le fil, cette fois, sera le parcours concret des gens dans un lieu plutôt qu'un scénario que j'aurais écrit.»

Les visiteurs pourront donc faire leur propre montage de ce tour du monde en composant leur propre parcours, en 25 stations. «Il y a un côté Ulysse à cette expédition.» Ils seront aussi invités à écrire l'un des 25 articles d'une constitution du monde futur.

Ultimement, Hugo Latulippe espère que cette expérience permettra de rejoindre les jeunes et de les conscientiser en utilisant un langage (l'image) et un imaginaire (le voyage) qui leur parlent. «Le Musée nous ouvre une porte intéressante.»

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