François Girard: classe de maître

Le cinéaste François Girard... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Le cinéaste François Girard

Photo Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) François Girard est rayonnant. Son retour au cinéma le comble, même si, pour la première fois, il réalisait l'histoire d'un autre. Mais c'était aussi la première fois qu'un scénario lui «tirait des larmes» et qu'il pouvait, après 10 ans de rendez-vous manqués, tourner avec son ami Dustin Hoffman. Le cinéaste a profité de son passage à Québec pour nous accorder une généreuse et captivante entrevue sur sa carrière météorique, La leçon (Boychoir) et son désir de renouer avec le cinéma québécois.

Pour incarner l'intransigeant chef de choeur Carvelle, François... (Photo fournie par Métropole Films) - image 1.0

Agrandir

Pour incarner l'intransigeant chef de choeur Carvelle, François Girard voulait un acteur avec un immense capital de sympathie auprès des spectateurs. Il l'a trouvé en Dustin Hoffman.

Photo fournie par Métropole Films

Dès le départ, La leçon a été placé sous une bonne étoile. La curiosité a poussé François Girard à lire le scénario qui traînait sur le bureau de ses producteurs. Ça, et l'intérêt que lui manifestait Dustin Hoffman. Le grand acteur ne voulait pas y jouer, mais le réaliser. Après que la méprise fut constatée, il a tout de même consenti à rencontrer le réalisateur qui a grandi dans Charlesbourg. Au nom de leur amitié. Mais il demandait à être convaincu qu'il devait interpréter maître Carvelle.

Le personnage est un intransigeant chef de choeur qui accepte en son sein la présence d'une recrue dérangeante : Stet, un garçon rebelle de 11 ans qui chante comme un ange. «Pourquoi moi?» demandait Hoffman. Parce que le film ne pouvait se concevoir autrement, estimait Girard. Il lui fallait un acteur avec un immense capital de sympathie auprès des spectateurs pour que ceux-ci ne décrochent pas. «Même dans ses pires crises de colère.» Sinon, Carvelle est un personnage : «un salaud».

«Si tu ne te poses pas de questions, le film est mort. Pourquoi est-il si dur [avec Stet]? C'est le moteur du film qui nous mène au moment charnière : ce n'est pas de la hargne, c'est de l'amour...»

Une fois Hoffman convaincu, il fallait trouver le garçon qui allait s'insérer dans l'American Boychoir School, un véritable choeur. Ce ne fut pas une sinécure, parce que Girard a voulu appliquer la même recette que son célèbre Violon rouge (1998) : il avait choisi le meilleur musicien et son talent avait fait le reste. Pas cette fois. Après des centaines de chanteurs, le réalisateur s'est résigné à choisir un jeune acteur (Garrett Wareing), qui a été doublé.

Girard raconte l'anecdote, sourire en coin. L'homme de 52 ans, cheveux bouclés et barbe gris, habillé simplement, est en verve. Manifestement heureux. Il se rappelle que la première de La leçon au Festival de Toronto (TIFF), en septembre, a été «l'une des plus belles projections que j'ai eues [dans ma vie]».

Il appréhendait pourtant le tournage, qui disposait d'un petit budget et donc de la moitié des jours de tournage habituels («je l'ai fait à la course»), mais aussi de se retrouver sur un plateau avec «son ami Dustin». Or, tout s'est merveilleusement bien passé. «Il est tellement généreux et attentif.» Il faut dire que l'acteur traîne une réputation. Son obsession du détail est venue à bout de la patience de bien des réalisateurs et producteurs.

Une compassion nouvelle

François Girard observe, amusé, qu'il a eu la chance d'arriver après la première réalisation d'Hoffman (Quartet, «un magnifique film et une leçon de mise en scène»). «Je pense qu'il s'est développé une compassion toute nouvelle pour les souffrances de la réalisation, rigole-t-il. Il a pris le parti de me supporter.»

Le contexte du film s'y prêtait bien. La relation entre le maître du choeur et Stet est celle d'un mentorat, un peu comme dans La société des poètes disparus (Peter Weir, 1989). «J'ai compris que ces films-là avaient une résonance particulière aujourd'hui, après coup. C'est un mode de transmission du savoir qui est disparu. C'est une carence dans nos sociétés. Ça m'a manqué dans ma carrière et je pense que ça a manqué à beaucoup, pas juste dans les arts.»

Le film ne s'appelle d'ailleurs pas La leçon pour rien. «L'ambiguïté de ce titre est exactement le propos du film. Leçon de musique, oui, mais leçon de vie d'abord. Maître-apprenti, école de la vie, c'est ça les thèmes du film, bien plus que la musique.»

Reste qu'encore une fois dans son oeuvre, la musique occupe une place prépondérante, même s'il a hésité pour ne pas être cantonné dans un genre. «C'est un langage que je comprends, tellement puissant, c'est difficile de résister. Ça traverse les frontières, ça touche les coeurs... J'ai souvent plus confiance à la musique qu'aux mots qui, parfois, nous trahissent. La musique, si on veut peindre une émotion, est le chemin le plus direct.»

Le réalisateur a d'ailleurs opté pour un style plus épuré dans ce cinquième long métrage de fiction, lui qui est connu pour sa virtuosité cinématographique. «Il n'y a qu'une seule façon d'approcher un film, c'est le sujet qui l'impose. Les préoccupations formelles et esthétiques doivent être subordonnées au sujet.»

La leçon survient huit ans après Soie. Les mises en scène au théâtre et à l'opéra ont happé Girard depuis et le cinéma a pris le bord. «Je n'avais pas d'obligation envers personne, mais j'ai trouvé ça long. Je vais être plus productif», promet-il.

François Girard est donc de retour au cinéma pour de bon : «J'ai une ambition d'être dans une vraie série de films.» Il lit présentement «plusieurs» scénarios et il va «peut-être arriver à en tourner un cette année». Il développe aussi deux scénarios «qui se déroulent à Montréal», qui vont prendre un certain temps.

«Ça fait longtemps que ça me travaille et que ça mijote. Il y a un désir de parler de là où je vis. Je me sens profondément québécois et j'ai des choses à dire par rapport à ça.»

Ils sont certainement plusieurs à avoir bien hâte de les entendre.

Écrire un film, écrire sa vie

Le monde du cinéma a énormément changé depuis la création de Trente-deux films brefs sur Glenn Gould (1993), qui a établi l'immense talent de réalisateur de François Girard, et Le violon rouge, qui l'a confirmé (1998). La carrière de Girard aussi, qui a suivi une ascension vertigineuse. Que représentent ces deux longs métrages, avec le recul? Beaucoup : «Quand on écrit un film, on écrit sa vie. Ce qu'on écrit nous arrive.»

Avec l'écriture du scénario, un cinéaste peut facilement passer deux ans de sa vie sur le même projet, parfois plus, totalement immergé dans l'univers de sa fiction. À la longue, ça peut devenir envahissant, surtout à l'étape du montage. «Les personnages deviennent plus concrets que tes amis. Tu passes 75 heures par semaine avec eux, tu finis par les sentir. Il y a une réalité à la fiction qui finit par nous envahir, mais ça fait la beauté du métier.»

Horaire de fou

François Girard avoue tout de même que de bonnes idées de film ne se sont pas concrétisées «parce que je n'avais pas le goût de les vivre. C'est un choix de vie.» Tout comme de signer des mises en scène dans les opéras et les théâtres les plus prestigieux du monde ainsi que deux spectacles du Cirque du Soleil. Ce qui lui impose un horaire de fou. «C'est difficile de jongler théâtre et cinéma. Si on ne fait pas attention, on finit par empêcher un film de se faire», avoue-t-il.

Les mises en scène imposent un horaire réglé comme du papier à musique - «je sais où je serai tel vendredi en 2020» - alors qu'un film impose son propre rythme, quand il se fait. Son projet avec Anthony Hopkins et une composante djihadiste a sombré après les attentats du 11 septembre et du 16 mai 2003 au Maroc (où le film devait être tourné) alors que celui avec Ben Kingsley a succombé à la crise du SRAS...

Pourquoi s'imposer un tel rythme de travail et de telles frustrations? «Parce qu'on a quelque chose à dire, que c'est important et que c'est un geste porteur.» Il y a aussi l'accomplissement. Son Parsifal, de Wagner, au Metropolitan Opera de New York, il y a deux ans, a soulevé l'enthousiasme du public et de la critique. Si le Met lui offrait un autre Wagner, «je serais bien fou de dire non».

Bref, Girard en a fait du chemin depuis les deux films qui lui ont apporté la consécration internationale. Longs métrages qu'il n'a d'ailleurs pas revus depuis. «Quand j'ai du temps, je regarde les films des autres.» Mais il y a un mois, il a revu Le violon rouge, 17 ans après les huit Jutra et l'Oscar de la meilleure musique de film. «Ça a été un choc.»

Parlant du Violon rouge, il y aura une projection spéciale du long métrage samedi soir, au Musée national des beaux-arts du Québec. La projection de 19h sera suivie d'une rencontre avec le réalisateur, sous la houlette de l'animatrice Diane Martin. Le nombre de places étant limité, on peut réserver au 418 643-2150.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer