La passion d'Augustine: jouer pour de vrai

Céline Bonnier, Léa Pool et Lysandre Ménard... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Céline Bonnier, Léa Pool et Lysandre Ménard

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Avis : toutes les jeunes pianistes que vous voyez et entendez dans La passion d'Augustine jouent réellement du piano. Nous préférions vous en avertir. 

Son film a beau raconter une histoire fictive, Léa Pool avait envie «que ce soit le plus vrai possible». Pour y arriver, elle a fait le choix d'auditionner non des comédiennes, mais des musiciennes. «Un pari risqué, admet-elle. Ça faisait peur à mon monteur!»

Le risque a quand même été très bien calculé. Le résultat, c'est un film sur la musique qui, pour une fois, n'exige pas du spectateur qu'il fasse semblant d'y croire!

Le long métrage à l'affiche à compter du 20 mars est une idée originale de Marie Vien, scénariste principale et auteure des dialogues. Sa vraisemblance repose beaucoup sur son travail, considère la cinéaste.

La passion d'Augustine met en vedette Céline Bonnier dans le rôle d'une religieuse aux idées progressistes qui croit aux vertus de l'enseignement musical. Dans les années 60, quelque part le long de la rivière Richelieu, le couvent dirigé par mère Augustine accueille et forme des jeunes filles d'origine et de fortune diverses. L'instauration prochaine du système scolaire public québécois menace toutefois son avenir.

La musique occupe le premier plan dans le quotidien des élèves. L'Étude op. 10 no 3 en mi majeur de Chopin, le Prélude en do mineur de J.S. Bach, le Liebestraüm de Liszt ou l'Ave verum Corpus de Mozart ne cessent de résonner entre les murs de l'institution. À vrai dire, ces morceaux deviennent presque des personnages.

Au piano, les pensionnaires rivalisent d'habileté. Alice Champagne, la petite nouvelle incarnée par Lysandre Ménard, est l'une des plus douées. La musique semble lui coller à la peau.

Il va de soi que, pour des raisons techniques, les exécutions n'ont pas été captées directement devant la caméra, mais au préalable, en studio. On comprend alors que les jeunes actrices, tout en se glissant dans la peau de leur personnage, devaient aussi réussir à reproduire fidèlement l'interprétation préenregistrée. L'équipe a dû s'ajuster à cette contrainte additionnelle. Pendant que Léa Pool dirigeait le jeu d'acteur, une assistante était chargée de vérifier l'exactitude du playback

François Dompierre signe la musique originale ainsi que différents arrangements de son cru, dont un hommage à Schubert assez coquet.

Le dévoilement

Parallèlement à la musique, La passion d'Augustine raconte les bouleversements vécus par les religieuses dans le Québec des années 60 et 70. Au plus fort de ce vent de changement, l'abandon du voile constitue une étape marquante. Léa Pool a construit autour de cet événement une séquence aussi forte que délicate. Sur un extrait sombre et poignant de l'opéra Didon et Énée d'Henry Purcell, on voit entre autres Diane Lavallée, Valérie Blais et Pierrette Robitaille se soumettre avec douleur et résignation au «dévoilement», puis, une fois libérées, laisser leur joie éclater dans la lumière du Gloria de Vivaldi. 

«C'était difficile de trouver le bon ton, admet la réalisatrice. Je ne voulais quand même pas faire l'apologie du voile. Je crois qu'on a bien fait de s'en défaire. En même temps, je ne voulais pas nier ce que ces femmes-là ont dû vivre pour passer au travers. Derrière ça, il y a des êtres humains qui ont une histoire. On a très vite jeté le bébé avec l'eau du bain, probablement qu'il le fallait pour aller de l'avant, mais je trouve qu'il est temps qu'on redonne à ces communautés le crédit de ce qu'elles ont apporté, surtout au niveau de la musique, des hôpitaux et de l'éducation.»

Lysandre Ménard et Céline Bonnier dans La passion... (Photo fournie par les Films Séville) - image 2.0

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Lysandre Ménard et Céline Bonnier dans La passion d'Augustine

Photo fournie par les Films Séville

Lysandre Ménard: la réalité dépasse la fiction

Avant de jouer aux virtuoses devant la caméra, Lysandre Ménard s'est distinguée dans plusieurs concours de musique et a brillé sur plus d'une scène. Au moment où vous lisez ces lignes, la pianiste se dirige probablement vers New York. Elle fait partie d'un groupe de 10 jeunes interprètes invités à participer au concert annuel de l'Adamant School of Music, demain après-midi, à Carnegie Hall. À 21 ans, ce sera déjà sa troisième prestation dans cette salle mythique.

Il y a quatre ans, Lysandre Ménard remportait la grande finale du Concours de musique de la capitale, à Dina-Bélanger. On se souvient encore de son exécution énergique et déterminée de la Méphisto Valse no 1 de Liszt. En s'installant au piano, ce petit bout de femme venait de se métamorphoser en tigresse. Un talent pareil devait être encouragé et soutenu pour tous les moyens possibles. Le journaliste du Soleil s'était permis de le dire à la mère tellement son admiration était grande.

Il était plus qu'agréable de retrouver notre jeune prodige, cette semaine, à l'occasion de ses débuts au grand écran. Ça se voyait tout de suite, elle a adoré son expérience. Cela va-t-il remettre en question sa carrière musicale? «J'envisage l'avenir en fonction des projets plus qu'en fonction d'une carrière, répond-elle. J'aime beaucoup le cinéma, j'aime regarder des films, les analyser, explorer en profondeur l'oeuvre de tel ou tel réalisateur, en discuter avec les gens. C'est une forme d'art à peu près totale.»

Lysandre complète cette année un baccalauréat au Conservatoire de musique de Montréal. Elle fait également partie des Loodies, un groupe de la scène indie rock mont­réalaise qui compte un premier album à son actif et en a un second en route. En fait, elle semble adopter la même attitude qu'Alice dans La passion d'Augustine. «J'essaie de m'ouvrir des portes. J'aime bien toucher à toutes formes d'art. Je suis attirée par la création. J'aime découvrir les gens parce que je trouve qu'en groupe, comme par exemple mon expérience dans ce film, on est plus créatif.» 

Chose certaine, elle a l'intention de rester fidèle à son instrument. «Le piano m'a tout donné, reconnaît-elle. C'est même lui qui m'a ouvert au cinéma.» 

Céline Bonnier: «Un film qui nous concerne»

Oubliez le stéréotype de la bonne soeur à cheval sur les principes. Sous l'habit religieux, le personnage d'Augustine cache une artiste sensible, une femme de conviction, une éducatrice aux idées larges et un esprit visionnaire. Léa Pool confie en entrevue qu'elle s'est beaucoup inspirée de Nadia Boulanger, la fameuse pédagogue française qui a formé quelques-uns des plus grands musiciens du XXe siècle.   

La comédienne Céline Bonnier n'a eu aucun mal à adhérer au propos véhiculé par son personnage. Elle-même a étudié la flûte et la contrebasse au Cégep de Sainte-Foy. À son avis, La passion d'Augustine génère beaucoup de réflexions. «Je suis très préoccupée par l'abolition des cours de musique et d'art au primaire, dit-elle. L'art aide à former des êtres humains dans leur individualité, dans tout ce qui fait qu'on se choisit et on se rechoisit soi-même constamment. C'est l'art qui permet l'empathie, le regard sur l'autre. Et ça, on l'abandonne de plus en plus.»

«La musique, insiste-t-elle, c'est une tension entre la mathématique et la poésie, entre la rigueur et l'abandon, entre la discipline et l'arrogance. Et mon personnage représente cette tension. Elle est à la fois dans la retenue et dans la passion.» 

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