Week-ends: gros malaise entre amis

Méditation sensible sur le temps qui passe et... (Photo fournie par AXIA Films)

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Méditation sensible sur le temps qui passe et son effet sur l'amour et l'amitié, Week-ends est porté par un formidable quatuor d'acteurs (Noémie Lvovsky, Jacques Gamblin, Karin Viard et Ulrich Tukur).

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(Paris) Imaginez deux couples d'amis qui se voisinent à la campagne les fins de semaine, depuis toujours. Puis, un beau matin, l'un d'entre eux quitte sa femme et disparaît du paysage. Gros malaise. Rythmé par les saisons, Week-ends explore les répercussions de cette rupture sur la vie de ceux qui restent. Le Soleil a rencontré la réalisatrice Anne Villacèque à Paris pour discuter de cette comédie douce-amère qui réunit un très bon quatuor d'acteurs, dont Karin Viard, et comment une féministe peut se soucier du sort des hommes dans une séparation.

Q Qu'est-ce qui vous a inspirée?

R Je voulais raconter une histoire proche des gens de ma génération - j'ai presque 50 ans. Je trouve que c'est un bel âge pour parler de l'amour et du couple. C'est un âge fragile, où plein de choses se passent, où on se pose plein de questions. À 30 ans, je ne trouvais pas ça intéressant. Là, ça me passionne vraiment. En même temps, je ne suis pas fan de l'autofiction. Je transpose. [...] Ce que je défends, c'est le droit de ne pas revendiquer. Un film de femme sur le couple, c'est forcément une femme qui se fait plaquer, elle est malheureuse, c'est horrible, le mec est un salaud... Ça ne m'intéresse pas du tout de raconter ça. Est-ce si mal que ça? Qu'est-ce que ça fait aux gens autour? Je déplace le point de vue. Et finalement, l'homme revient et c'est lui qui raconte les choses les plus fondamentales. Ça m'amuse de dérouter une lecture trop simple autour de l'histoire de couple.

Q En extrapolant, sommes-nous mieux seuls que mal accompagnés?

R [Rires] Je ne sais pas. Je ne fais pas de morale, je constate. C'était vital pour exprimer une vérité que je n'arrivais pas à exprimer à un moment donné. Pour être très honnête, j'ai vécu une situation avec un homme qui n'arrivait pas à dire ce qu'il avait à dire sur sa propre vie. Je le voyais sombrer. Je trouvais ça très injuste, ce qui lui arrivait. J'ai voulu faire ce film pour lui aussi. Selon le point de vue qu'on adopte, on peut avoir une vision complètement différente de la situation. C'est une façon de sortir de la vision manichéenne, de la victimisation, sinon il n'y a plus de justice possible.

Q C'est aussi un film sur le temps qui passe?

R Oui. Les crises en sont un révélateur. Quand on vieillit ensemble, on ne s'en rend pas compte. C'est comme si les choses allaient durer éternellement. Quand un événement se produit, c'est ce qui réveille, met du danger. C'est pour ça aussi que je tenais à faire passer les saisons [dans le film].

Q En quoi votre expérience de documentaliste teinte-t-elle cette fiction?

R Ça me pousse à m'intéresser au quotidien, au trivial, plus qu'on ne le fait d'ordinaire. Mon dernier documentaire portait sur les couples qui étaient ensemble depuis longtemps. C'est une expérience qui a nourri ce film.

Q Pourquoi avez-vous cristallisé ces deux couples miroirs à la campagne?

R Le personnage principal, c'est le lieu. Le pays de Caux [en Normandie] est un endroit très bizarre et violent. La mer est là, mais on ne la voit pas. Il y a aussi une importance de ce paysage dans la littérature française. Flaubert et Maupassant, tous leurs romans se passent là. Il y a beaucoup d'histoires, de secrets... Les gens ne sont pas forcément accueillants. C'est un paysage rude. J'aime beaucoup ça. La maison du bonheur est plantée dans un drôle de décor [rires].

Q Est-ce que vous pensiez à Flaubert et Maupassant au moment de l'écriture?

R Bien sûr. Flaubert, c'est le grand romancier qui a écrit sur les petites choses, le presque rien. C'est ce qui m'intéresse dans le cinéma. Maupassant, c'est la littérature de la cruauté, qui met le doigt sur les choses qui font mal dans les rapports entre les gens. C'est un peu ma technique, de vouloir raconter ce qu'on ne veut pas voir, quand on est dans le déni. Je trouve ça terrible de ne pas voir la violence des petites choses. Ce n'est pas spectaculaire, mais ça fait partie de nous. [...] Je veux que le spectateur soit attentif aux petites choses, qu'il soit actif. Si le spectateur attend que l'histoire lui tombe dessus, il ne se passera rien. Tout mon travail de mise en scène est tourné vers ça.

Q Comment avez-vous choisi la distribution?

R Je voulais Karin Viard [deux Césars, pour Haut les coeurs! et Embrassez qui vous voudrez]. À partir du moment où elle a dit oui, les choses se sont construites autour d'elle. Ulrich Tukur, je pensais à lui en écrivant. C'est un acteur que j'admire, que j'avais vu chez Haneke et dans La vie des autres. Il a beaucoup d'envergure. En fait, j'ai eu les quatre acteurs que je voulais. Jacques Gamblin [Le nom des gens] a mis beaucoup de lui dans le personnage. Ulrich aussi. Jacques m'a dit que c'était son histoire. C'est universel...

Les frais de ce reportage ont été payés par uniFrance.

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