Le prix à payer: les 1 % démasqués

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Le prix à payer fait le constat que la poignée de puissants qui possèdent la moitié de la richesse mondiale sapent les fondements de l'État-providence et que leurs abus pourraient mener à l'anarchie et au fascisme.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Saviez-vous qu'Apple fait transiter 70 % de ses activités financières par trois filiales irlandaises, qui ne paient pas d'impôts (ou presque)? Bienvenue dans le monde obscur des paradis fiscaux sur lequel le percutant et instructif Le prix à payer braque un puissant projecteur. Mais aussi sur la façon dont la nouvelle économie numérique contribue à saper la démocratie occidentale, bien plus efficacement que les terroristes islamistes.

L'exemple d'Apple est à la jonction des deux axes du documentaire. Dans un premier temps, celui-ci expose méthodiquement comment les 1 % les plus riches de la planète, et leurs compagnies, détournent leurs profits vers les paradis fiscaux pour éviter de payer de l'impôt. Le film interroge plusieurs experts chevronnés (fiscalité, économie, sciences politiques, droit et sociologie) pour exposer au grand jour ce monde occulte où on cultive le secret et la duplicité. Mais interroge aussi des gens de l'intérieur : un ancien vice-président de Goldman Sachs, un autre de la Bourse de Chicago, etc.

Il n'y a pas que les puissances occidentales qui passent au cash. Les pays pauvres perdent 200 milliards $ pas année dans la fuite de capitaux vers les paradis fiscaux.

Dans un deuxième temps, on s'attarde au fait que le commerce en ligne provoque la fermeture d'entreprises locales et donc des pertes d'emplois. Or, non seulement les géants comme Amazon réduisent presque à néant le nombre d'emplois, mais ils ne payent pas d'impôts locaux. En plus de concentrer la richesse dans les mains de quelques happy few

La conjonction de ces deux phénomènes creuse l'écart entre les puissants (les 1 %) et le reste du monde. Pas heureux de posséder près de 50 % de la richesse mondiale, ces carnassiers sapent les fondements de l'État-providence sur lequel repose le contrat social des pays civilisés.

Le journaliste et documentaliste Harold Crooks (un nom prédestiné pour enquête sur les magouilleurs de ce monde) n'en est pas à ses premières armes concernant la finance. Il a coscénarisé le très bon The Corporation (2003), qui associe certains des comportements des entreprises à la psychopathie. 

Cette fois, ce calme et méthodique indigné s'est appuyé sur l'expertise de la renommée fiscaliste québécoise Brigitte Alepin. Son livre La crise fiscale (2010) a servi d'inspiration au film. Son ouvrage précédent, Ces riches qui ne paient pas d'impôt (2003), a entraîné la création d'une enquête publique sur les paradis fiscaux par le gouvernement canadien.

Mais s'il y a une chose que démontre Le prix à payer, c'est bien que seule une intervention concertée des pays du monde entier parviendrait à enrayer ce fléau (on peut toujours rêver). À plus long terme, c'est l'anarchie et le fascisme qui nous guettent, soulignent certains.

Le documentaire ne fait pas qu'exposer la situation. C'est aussi un vibrant plaidoyer pour l'instauration d'une taxe sur les transactions financières comme partie de la solution. Celle-ci permettrait une forme de redistribution des profits, d'où son nom taxe Robin des Bois - une initiative appuyée par Bill Gates et Warren Buffet, pas tout à fait membres de la gogauche. Ça ne terrasserait pas le monstre, mais ça le pacifierait un peu.

Cela dit, Le prix à payer emprunte une forme très classique basée sur les entrevues, ce qui rend le film statique malgré les belles infographies. Et son effort de vulgarisation ne va pas sans un didactisme lassant. Mais, au moins, ça a le mérite d'être clair.

Je vous laisse sur une citation édifiante qui devrait finir de vous convaincre que si vous devez voir un film dans les prochaines semaines, c'est celui-là : «Je n'éprouve aucun remords à ne pas payer d'impôt. C'est un merveilleux mode de vie.»

=> Au générique

  • Cote : *** 1/2
  • Titre : Le prix à payer
  • Genre : documentaire
  • Réalisateur : Harold Crooks
  • Salle : Cartier
  • Classement : général
  • Durée : 1h46

On aime : l'implacable démonstration, l'effort de vulgarisation très réussi, le courage

On n'aime pas : la forme convenue, le didactisme

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