Les loups: à la dérive

Evelyne Brochu et Gilbert Sicotte dans Les loups... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Evelyne Brochu et Gilbert Sicotte dans Les loups

Photo fournie par Les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Sophie Deraspe avait tous les bons éléments en main pour ce très attendu troisième film : la beauté sauvage du paysage, une thématique forte, une distribution solide et impressionnante... On pourrait donc facilement passer outre le fait que le récit des Loups soit assez convenu. Si ce n'est que la réalisatrice perd souvent le fil conducteur dans des apartés qui font chuter la tension du récit. Qui trop embrasse mal étreint.

Il y a, au début du long métrage, un plan très fort qui capture l'essence du film : Élie (Evelyne Brochu) est debout sur les rochers face à la mer déchaînée. Le spectateur appréhende la solitude et le désarroi de la jeune Montréalaise qui vient de se faire avorter, son besoin de recentrer sa vie, mais aussi la fureur incontrôlable de la nature sur ce bout du monde que sont les Îles-de-la-Madeleine.

Une autre courte séquence révèle le malaise entre Élie et sa mère. On comprend dès lors sa volonté de se faire accepter et de trouver l'identité de son père dans cette communauté de pêcheurs rêche et méfiante envers les étrangers. La maladresse d'Élie, qui la rend très sympathique, et quelques malentendus accentuent les difficultés de communication. Cette quête identitaire est contrecarrée par Maria Menquit (Louise Portal), la louve du clan, qui craint que la fille de la ville soit une animaliste.

Le décor ainsi campé, Sophie Deraspe s'applique à explorer la dynamique et les liens qui unissent ses pêcheurs, dont certains pratiquent la chasse aux phoques l'hiver. La réalisatrice (Les signes vitaux), qui partage son désir de cinéma entre la fiction et le documentaire, a manifestement voulu peindre un portrait complet et nuancé des insulaires. 

Le récit s'éparpille, au détriment de son arc dramatique, qui se distend fréquemment - le spectateur est distrait par des éléments anecdotiques qui n'apportent rien au récit, comme cette scène où Élie surprend un père qui soûle son ado à la vodka.

Scènes très crues

Il y a quelques scènes très crues de chasse aux loups marins, superbement filmées par ailleurs, mais elles servent la trame narrative et s'inscrivent bien dans un contexte plus global où la nature sauvage s'oppose à la «civilisation», le rural à l'urbain, l'homme à la femme, le désir de (sur)vivre à la pulsion de mort, le communautaire à l'individualisme...

Les personnages sont très attachants et les acteurs criants de vérité, des non-professionnels locaux aux vieux pros comme Benoît Gouin et Gilbert Sicotte. Evelyne Brochu est remarquable, tant en intériorité que dans les moments plus physiques.

La réalisation de Sophie Deraspe est assurée et fluide, mais elle aurait gagné à resserrer son récit qui nous mène à une tragédie d'une logique implacable. Et la réalisatrice aurait dû nous laisser sur celle-ci au lieu de proposer une fin plaquée, qui n'ajoute rien et contribue plutôt au sentiment d'éparpillement.

Un bon long métrage, mais pas le film transcendant que Les loups laisse deviner.

Au générique

Titre : Les loups

Genre : drame

Réalisatrice : Sophie Deraspe

Acteurs : Evelyne Brochu, Louise Portal et Benoît Gouin

Salle : Clap

Classement : général

Durée : 1h47

On aime : la direction d'acteurs, la photo, la thématique

On n'aime pas : l'éparpillement, les chutes de tension, la fin plaquée

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