Critique

Le procès de Viviane Amsalem: femme, reste soumise

Ronit Elkabetz est d'une intensité remarquable et fabuleusement... (PHOTO FOURNIE PAR EYESTEEL FILMS)

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Ronit Elkabetz est d'une intensité remarquable et fabuleusement convaincante en femme brimée mais courageuse dans Le procès de Viviane Amsalem.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Avec Le procès de Viviane Amsalem (version française de GETT), Shlomi et Ronit Elkabetz prouvent que, oui, un film de fiction peut (un peu) changer le monde. Le frère et la soeur attirent l'attention sur une pratique archaïque et misogyne: en Israël, seuls les rabbins peuvent prononcer ou dissoudre un mariage. Mais au-delà de la réaction qu'il a suscitée dans leur pays, il demeure un fichu bon long métrage et une intéressante incursion dans une culture étrangère pour la plupart des Québécois.

Viviane (Ronit Elkabetz) a quitté le foyer familial depuis trois ans. Son mari Elisha (Simon Abkarian) refuse tout de même de lui accorder le divorce. Cette quête d'émancipation, Viviane va la mener contre vents et marées alors que les juges ne veulent pas reconnaître que ne plus aimer son conjoint puisse être une cause de séparation. Le procès devient rapidement kafkaïen. Les accusations acrimonieuses fusant de tout bord, tout côté, ce qui génère son lot d'humour absurde, souvent très drôle.

La trame du récit du Procès de Viviane Amsalem obéit aux règles classiques du film de procès avec les témoins qui défilent (autant de facettes de la société israélienne), les échanges entre avocats, les sermons des juges, etc. Les réalisateurs ont choisi le strict huis clos - à l'exception de quelques scènes de couloir, on ne sort pas de la salle de comparution.

C'est autant une qualité qu'un défaut. Le huis clos a l'avantage de maintenir la tension, mais il souffre de redondance. La mise en scène un peu austère, bien que très rigoureuse, n'aide pas. Le duo n'a guère le choix, puisque la procédure s'étale sur plusieurs années (!). Pour briser ce carcan, la réalisation multiplie les positions de caméra, qui illustrent autant de points de vue des protagonistes. Très habile.

Le film pourrait sombrer dans l'ennui s'il n'était pas porté par des performances impeccables des acteurs. Ronit Elkabetz est d'une intensité remarquable et fabuleusement convaincante en femme brimée mais courageuse.

Reste que le principal intérêt réside dans l'implacable démonstration de l'absurdité de ce système rabbinique qui traite la femme comme une créature soumise au bon vouloir de la dominance masculine. Une quête de liberté, mais aussi une illustration sans fard de la condition féminine en général et chez les juifs en particulier.

inspirés par leur mère

Avec une telle charge contre un système archaïque, les réalisateurs auraient facilement pu tomber dans la démagogie. Or, leur portrait des motifs de ce mari jaloux et possessif, qui base sa rhétorique sur une conception erronée du respect, s'avère nuancé et fortement humain. Même si, au bout du compte, il démontre explicitement la violence de la torture psychologique.

C'est là toute l'habileté et l'intelligence de cette tragicomédie qui jette une lumière crue sur les aberrations religieuses commises par les hommes au nom de leurs croyances. À n'en pas douter, Le procès de Viviane Amsalem est aussi une prise de position courageuse des Elkabetz - d'autant qu'elle est librement inspirée de l'histoire de leur mère.

Du cinéma d'auteur, certes, mais très réussi. D'abord présenté à la Quinzaine des réalisateurs, au dernier Festival de Cannes, Le procès de Viviane Amsalem a aussi obtenu une nomination aux récents Golden Globes pour le meilleur film en langue étrangère. Un must.

=> Au générique

  • Titre : Le procès de Viviane Amsalem *** 1/2
  • Genre : drame
  • Réalisateur : Shlomi et Ronit Elkabetz
  • Acteurs : Ronit Elkabetz, Simon Abkarian et Menashe Noy
  • Salle : Cartier
  • Classement : général
  • Durée : 1h55

On aime : la dénonciation, l'ingéniosité de la réalisation, les nuances

On n'aime pas : le huis clos répétitif, des longueurs

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