Gett, le procès de Viviane Amsalem: la prison du mariage

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Gett raconte l'histoire de Viviane (Romit Elkabetz), dont le mari refuse de lui accorder le divorce, même si le couple ne vit plus ensemble depuis trois ans, alors que les juges ne veulent pas reconnaître que ne plus aimer son conjoint puisse être une cause de séparation.

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(Paris) Lorsque Shiomi et Romit Elkabetz ont tourné Gett, le procès de Viviane Amsalem, le frère et la soeur voulaient attirer l'attention sur une pratique archaïque et misogyne : en Israël, seuls les rabbins peuvent prononcer ou dissoudre un mariage. Ils étaient loin de se douter que leur filmallait ébranler les colonnes du temple et provoquer une discussion nationale sur la question. Le Soleil les a rencontrés pour discuter de leur remarquable long métrage et de cette situation inusitée.

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Romit et Shiomi Elkabetz ne pensaient pas que leur film allait créer une telle commotion en Israël.

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«Personne ne voulait toucher à ce tabou», explique Romit, l'aînée. La sortie du film, «et les réactions incroyables» qui ont suivi ont créé une immense commotion dans leur pays d'accueil (leurs parents ont immigré du Maroc). «On espère que ça va faire changer les choses. C'est devenu, du jour au lendemain, un événement sociopolitique [et religieux] très fort.»

La presse s'est emparée de l'histoire. La cour rabbinique et son juge en chef se sont retrouvés sous pression, ce dernier se faisant demander s'il avait vu le film. «Il a répondu qu'il n'allait pas au cinéma, raconte Shiomi. Mais éventuellement, il a dû donner une réponse aux journalistes.» Soit de montrer Gett aux prochaines assises annuelles de la cour rabbinique, ce mois-ci.

«C'est énorme. Dans toute la courte histoire d'Israël, plusieurs ont essayé de faire changer la loi, mais ça n'a jamais dépassé la première lecture au Parlement. Pour la première fois, les quelque 300 juges vont discuter de la question, pas seulement depuis la création d'Israël, mais depuis des siècles alors que des gens ont tenté de changer la loi dans l'histoire du judaïsme, sans jamais réussir.» La paire est évidemment ravie de ce développement inespéré.

Dans Gett, Viviane (interprétée par Romit Elkabetz) a quitté le foyer familial depuis trois ans. Son mari Elisha refuse tout de même de lui accorder le divorce. Cette quête d'émancipation, Viviane va la mener contre vents et marées alors que les juges ne veulent pas reconnaître que ne plus aimer son conjoint puisse être une cause de séparation. «L'idée était de démontrer ce qui se passe quand une histoire très personnelle [qui n'est pas autobiographique] se retrouve catapultée dans un système public», explique Shiomi.

«Je crois que les gens vont être en état de choc quand ils vont voir ce film. Ils ne pourront croire que les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans une démocratie moderne comme Israël. Il n'y a pas de loi civile», poursuit le cadet.

Dans ce contexte, le film se veut une prise de position très ferme sur le principe d'égalité. «Bien sûr, c'est très clair, corrobore Romit. L'industrie conjugale utilise des codes moyenâgeux, c'est tellement archaïque. Le fait qu'une femme doive demander sa liberté à un homme veut tout dire. Elle doit prouver au tribunal une raison valable. Et c'est quoi ça, une raison valable? À travers la loi, c'est très compliqué. [Les juges] vont tout faire pour éviter de trouver une telle raison. Parce que ça veut dire briser un foyer juif en Israël, ce qui met en danger le judaïsme en général.»

Dans ce film de procès, les cinéastes ont voulu montrer le point de vue subjectif de chacun des protagonistes. «Ce qui élimine la prétendue objectivité du tribunal, tout en nous permettant de sculpter les caractéristiques des personnages selon différents points de vue. Ce qui permet aux spectateurs de voir la cause encore et encore jusqu'à ce qu'une seule vérité prévale et que tous soient d'accord : Viviane devrait être libre.»

Fin d'une trilogie

Gett est le dernier film d'une trilogie «très personnelle» pour les Elkabetz. Leur premier long métrage, Prendre femme (2004), est un drame conjugal inspiré de l'histoire de leurs parents, surtout leur mère. «Nous sommes partis de notre enfance et nous avons pu creuser dans notre vie. Avec qui pouvais-je mieux le faire qu'avec mon frère?» demande Romit. D'autant que le deuxième volet, Les sept jours (2008), est centré sur les relations fraternelles lors d'un deuil.

Les trois longs métrages sont cathartiques, mais ils ont aussi révélé au duo à quel point ils sont «compatibles». «On trouve que c'est une chance extraordinaire, souligne Romit. En plus, sur le plan cinématographique, on a des goûts qui se ressemblent sur la façon de raconter. À chaque fois, on veut utiliser un langage différent. On adore ce processus de recherche.»

Le processus de création, de l'écriture à la réalisation, leur permet aussi de passer du temps ensemble. «On n'arrive jamais assez à se voir en famille avec nos deux frères et nos parents. Alors, on n'attend que ça.» Une situation gagnante-gagnante puisque les cinéphiles bénéficient aussi de leur créativité commune.

Gett, le procès de Viviane Amsalem prend l'affiche le 27 février.

Les frais de ce voyage ont été payés par uniFrance.

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