Autrui de Micheline Lanctôt: au coeur de la différence

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Micheline Lanctôt propose une réflexion sur l'altruisme et sur la solitude avec Autrui.

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(Québec) Si Éloi, l'itinérant joué par Robin Aubert dans le nouveau film de Micheline Lanctôt, était une femme, il serait la soeur jumelle d'Henriette Boulier, la sorcière d'Unité 9. Dans Autrui, ce multipoqué se voit offrir le logis (et une chance) par Lucie, une jeune trentenaire déboussolée. La brillante réalisatrice en profite pour nous offrir une magnifique réflexion sur l'altruisme, mais aussi sur la différence, souvent synonyme de solitude.

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Micheline Lanctôt et Brigitte Pogonat pendant le tournage d'Autrui.

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Lorsque Le Soleil a rejoint la polyvalente artiste de 67 ans, Mme Lanctôt gardait sa petite-fille de 17 mois, en Colombie-Britannique - loin de l'itinérance du Centre-Sud montréalais. Et pourtant, pas tant que ça : dans chaque nouvelle ville visitée, elle cherche un coin de parc où elle pourrait dormir en cas de catastrophe, raconte-t-elle avec son rire caractéristique.

Ce qui explique sûrement la fascination qu'elle a éprouvée pour un reportage à la télé française, il y a plusieurs années, à propos d'une jeune femme qui a offert le gîte à un itinérant pendant deux mois. «Quel genre de personne fait ça? C'est un geste tellement inhabituel.»

Dans sa fiction et celle d'Hubert-Yves Rose (La ligne de chaleur), Lucie (Brigitte Pogonat) recueille un clochard en train de mourir de froid dans sa ruelle. Ses motivations ne sont pas évidentes, tout comme on ne sait pas pourquoi Éloi vit, à l'état presque animal, dans la rue.

C'est voulu. «Je voulais laisser toute son importance au geste et à la relation. C'est l'occasion de mettre l'accent sur leur relation et les conséquences. Je n'aime pas beaucoup les explications au cinéma.»

Ce qui laisse beaucoup de liberté au spectateur, qui peut y voir aussi une méditation sur la solitude. «Oui, vous avez raison. Ce pourrait, d'ailleurs, être une des raisons pour lesquelles ils se retrouvent ensemble dans cette situation complexe. La ville est un univers où on peut être profondément seul.» Il y a aussi le père de Lucie, un immigré universitaire qui n'a pas réussi à s'intégrer. Ce qui fait dire à la réalisatrice qu'Autrui «est un film sur les exclus en quelque sorte», rigole-t-elle.

Et pas n'importe lesquels. Le sans-abri est le paria de nos villes. Or, l'humaniste a bien pris soin dans son 10e long métrage de ne pas porter de jugement. «Évidemment. C'est une aventure personnelle super triste, très touchante.»

La réalisatrice a discuté avec plusieurs itinérants qui sont figurants dans le long métrage. Oui, dit-elle, il y a des cas de psychose, mais d'autres sont dans la rue parce qu'ils ne se sont pas remis d'une peine d'amour, d'un divorce ou «ont pris de mauvaises décisions». «Ils ont perdu le contrôle de leur vie. On ne peut pas porter de jugement là-dessus : ça arrive. Ça ne prend pas grand-chose. Si on regarde ça objectivement, la vie est dure. Ceux qui ne passent pas à travers, on n'a pas le droit de les trouver faibles et de les juger.»

Autrement dit, ce pourrait être n'importe qui. «C'est une conséquence de quelque chose sur laquelle ils n'ont aucun pouvoir. C'est pourquoi c'est si difficile de s'en sortir - ils n'ont plus de ressources - et de retrouver une forme de confiance dans la vie. J'ai beaucoup de compassion, même quand ils sont drogués ou alcooliques. On ne peut pas souhaiter ça à personne. Notre société n'est pas tendre pour ceux qui ne réussissent pas.»

Robin Aubert transformé

Robin Aubert (Amsterdam, Les maîtres du suspense) était un naturel pour le rôle - il s'est d'ailleurs transformé instantanément en enfilant le costume. «J'avais besoin d'un acteur qui allait nous faire aimer ce personnage, malgré tout.» Sans caricaturer, car il s'agit d'un homme presque retourné à l'état animal qui se soulage partout, qui grogne plus qu'il parle et boit comme un trou. Le rôle a marqué l'acteur. «Il m'a dit qu'il l'avait porté longtemps.»

Dans son cas comme dans celui de Brigitte Pogonat (La peur de l'eau), «j'ai pas hésité longtemps». Pour celle-ci, l'attribution du rôle a suivi un chemin particulier, lié au fait que Micheline Lanctôt enseigne malgré une fructueuse carrière devant et derrière la caméra. Une expérience qui lui a été particulièrement utile pour Lucie puisqu'elle s'est inspirée de l'histoire de son ex-élève du Conservatoire. Sans la prévenir - l'actrice de 34 ans l'a appris en recevant un coup de fil du Conseil des arts.

Mais Lucie incarne aussi l'archétype des jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, que la prof côtoie beaucoup à l'Université Concordia. «Ça me frappe à quel point ils ont de la difficulté à choisir ce qu'ils vont devenir. C'est un peu le mal de cette génération : arriver assez tard dans le monde adulte. Ils ont tellement de possibilités qu'ils ont de la misère à se brancher parce qu'ils ont peur de manquer quelque chose d'autre. J'ai même des étudiants qui font deux, trois bacs, longtemps. C'est un peu ça qu'il y avait dans le personnage de Lucie, qui va finir par se construire grâce à cette relation [avec Éloi].»

Pour ce qui est d'Éloi, il se confine à une prison intérieure, guère différente de celle d'Élise Beaupré, la détenue qu'interprète Micheline Lanctôt dans Unité 9. Autrui et la populaire série sont basés sur le même postulat : que se passe-t-il quand deux univers parallèles altèrent leur course et entrent en collision? Un véritable choc.

Autrui prend l'affiche le 27 février.

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