La chanson de l'éléphant: sur un air de faux

La chanson de l'éléphant repose sur la confrontation... (Photo fournie par Les Films Séville)

Agrandir

La chanson de l'éléphant repose sur la confrontation entre un psychiatre (Bruce Greenwood) et son patient (Xavier Dolan).

Photo fournie par Les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 2/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) La chanson de l'éléphant (The Elephant Song) a de sérieux atouts pour retenir l'attention : il marque le retour de Charles Binamé (Séraphin, Maurice Richard) au cinéma, après six ans d'absence, et il compte sur une solide distribution, dont Xavier Dolan dans le rôle-titre. Mais son premier long métrage en anglais, un duel entre un psychiatre et un jeune patient soupçonné du meurtre de son médecin traitant, s'avère froid et austère, peinant à maintenir l'intérêt.

Adapter une pièce de théâtre au cinéma est toujours un exercice périlleux. Le dramaturge canadien Nicolas Billon a réécrit sa première oeuvre, mais le résultat reste fortement théâtral malgré les efforts de Binamé pour faire respirer ce huis clos étouffant et statique.

L'action se déroule pendant un après-midi durant le congé des Fêtes, quelque part dans les années 60. Il repose presque entièrement sur la confrontation entre un psychiatre, Toby Green (Bruce Greenwood), et un patient, Michael Aleen (Dolan), qui est le dernier à avoir vu le docteur Lawrence (Colm Feore). L'entretien se déroule dans le bureau de ce dernier, disparu mystérieusement depuis la veille.

Le récit respecte la règle de base du théâtre classique: unité de temps, de lieu et d'action. Ce n'est pas les quelques séquences de la vie domestique du docteur Green et les retours en arrière sur l'enfance de Michael qui vont lui permettre de respirer et d'être original. Les personnages secondaires sont d'ailleurs largement sous-utilisés.

Malgré le fait que Michael entretient une relation trouble avec son infirmière Susan Peterson (Catherine Keener), qui est l'ex-femme du docteur Green... D'ailleurs, le jeune homme accepte de se confier si Mme Peterson n'est pas impliquée dans l'enquête et si le gentil docteur ne consulte pas son dossier (!). Le toubib, qui semble étrangement démuni, et le doux dingue vont jouer au chat et à la souris, et ce n'est pas celui qu'on pense qui mène ce jeu sur le triomphe de la volonté.

Car, outre le fait qu'il est obsédé par les éléphants, Michael se révèle rapidement un (brillant) manipulateur de première. Dolan, très solide, incarne un psychiatrisé au regard inquiétant et au sourire narquois, intéressé par les jeux de rôle. Et ce qu'il va révéler au docteur, malheureux dans sa nouvelle vie, va troubler le psychiatre au plus haut point.

La mise en scène de Charles Binamé s'avère très fluide, mais étonnamment sage. Le réalisateur d'Eldorado (1995) n'a pas dans ce film le souffle lyrique qui a souvent caractérisé son oeuvre. Misant sur des techniques éprouvées du cinéma hollywoodien, Binamé a choisi l'efficacité clinique au détriment d'une certaine poésie visuelle.

Il doit néanmoins composer avec le matériel qu'il a sous la main et qui manque de rebondissements : la passivité du docteur Green est inconcevable dans le contexte, on s'attend à ce qu'il reprenne les choses en main, mais ça ne vient pas. De plus, le spectateur a beaucoup de difficulté à s'identifier aux personnages, voire à ressentir une certaine empathie malgré toute l'énergie déployée par Dolan.

Les thèmes abordés - la négligence parentale et ses conséquences, l'amour filial, l'homosexualité - étaient peut-être tabous à l'époque du film, ils sont traités ouvertement maintenant. Ce qui provoque un décalage. Pas mauvais, mais pas transcendant.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : La chanson de l'éléphant (v.f. de Elephant Song)

Genre : drame psychologique

Réalisateur : Charles Binamé

Acteurs : Bruce Greenwood, Xavier Dolan et Catherine Keener

Salles :Beauport, Clap (v.f. et v.o.s.-t.f.) et Sainte-Foy

Classement : général

Durée : 1h50

On aime : la photographie, le jeu énergique de Dolan

On n'aime pas : la froideur de l'ensemble, le manque d'originalité du scénario

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer