Oscars 2015: cherchez l'intrus!

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Bradley Cooper dans Tireur d'élite américain de Clint Eastwood.

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(Québec) La 87e cérémonie des Oscars devait être très particulière. Car les principaux prétendants aux catégories principales ne sont pas des films qui répondent aux canons hollywoodiens, mais des longs métrages indépendants à forte teneur artistique : Birdman, Jeunesse, Whiplash, Selma, L'hôtel Grand Budapest... Puis à la fin décembre, un film grand public a rejoint le peloton de tête avec un fort vent favorable : Tireur d'élite américain. Déjà que le suspense était plus intense cette année!

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Essentiellement, Birdman, Jeunesse et Tireur d'élite américain vont se faire la lutte dans les principales catégories, notamment dans la plus «prestigieuse», celle du meilleur film. En passant, il pourrait y avoir 10 candidats en lice et il n'y en a que 8. Foxcatcher et Le rôdeur auraient dû y être, même si ce sont des films plus pointus.

Soyons honnêtes : depuis une dizaine d'années, la tendance a changé dans la catégorie du meilleur film. Alors qu'elle était l'apanage des grands films populaires, avec des vedettes et un scénario académique nappé de violons, les membres de l'Académie ont commencé à célébrer le cinéma d'auteur : les Coen, Kathryn Bigelow, Steve McQueen et même un certain Clint Eastwood. Sans oublier, quand même, de favoriser les grands films populaires comme Le discours du roi (2010) ou Argo (2012). On ne perd pas ses vieux réflexes facilement.

Le cas d'Argo est intéressant. Parce que ce mauvais film titillait la fibre patriotique des Américains. Et parce que Ben Affleck n'était pas dans la course au meilleur réalisateur - comme Eastwood pour Tireur d'élite américain, cette année.

De là à conclure que celui-ci a des chances devant Birdman d'Alejandro G. Iñárritu et Jeunesse de Richard Linklater, il n'y a qu'un pas. Commençons par l'évidence: Eastwood est avantageusement connu dans le milieu hollywoodien et il bénéficie d'une aura presque mythique en tant qu'acteur et réalisateur. 

Et il y a le film lui-même, qui correspond à l'idée de ce que le grand public se fait d'un vrai bon film - inspiré d'une histoire véridique, en plus. Celle d'un héros, sans peur et sans reproche, qui sert la nation en luttant contre les intégristes: Chris Kyle a fait quatre séjours en Irak, où il est devenu le plus redoutable tireur d'élite de l'histoire américaine.

Il est de plus interprété par Bradley Cooper, qui obtient une troisième nomination consécutive comme meilleur acteur (après celles du Bon côté des choses et Arnaque américaine). Ajoutons à ça qu'il a fracassé le box-office (282 millions $ aux États-Unis et au Canada) et vous avez la recette parfaite pour l'Oscar du meilleur film.

Ce qui ne veut pas dire que Jeunesse ou Birdman n'ont pas leurs chances. Les associations de critiques voyaient le film de Linklater dans leur soupe lors des bilans de fin d'année. Son excellent long métrage qui suit un garçon, de l'enfance jusqu'à l'âge adulte, a remporté une kyrielle - méritée - de prix. Il serait le choix logique comme film de l'année, tant pour sa réalisation, ses acteurs que son exploit technique - les mêmes acteurs ont été filmés pendant 12 ans.

Quant au flamboyant long métrage d'Iñárritu, il a plutôt à obtenir la faveur des associations professionnelles, dont la plupart des membres ont droit de vote aux Oscars. Il a ma préférence, mais ses multiples sarcasmes à propos des superproductions industrielles hollywoodiennes n'aident certainement pas sa cause.

Bien malin qui peut prédire l'issue de cette lutte à trois, dimanche soir.

Meilleure réalisation

Richard Linklater et Alejandro G. Iñárritu n'auront pas Tireur d'élite américain dans les pattes dans la catégorie de la meilleure réalisation. Le Mexicain, dont c'est la deuxième nomination après Babel (2006), a une longueur d'avance. C'est un véritable virtuose de la caméra, et Birdman se distingue par ses longs plans-séquences vertigineux qui font croire que le film a été tourné en continuité. Il a d'ailleurs obtenu l'accolade de ses collègues aux prix de la Guilde des réalisateurs. 

Pour ce qui est de Linklater, il s'agit de sa première nomination dans cette catégorie. Il a une signature forte, très naturaliste, et Jeunesse est une oeuvre très aboutie, très humaine aussi. Il ne faut pas perdre de vue qu'il a remporté le prix de la réalisation au Festival de Berlin. Ce ne serait donc pas un scandale s'il gagnait, bien au contraire. Même chose pour Wes Anderson pour L'hôtel Grand Budapest, un pur ravissement visuel, un film à l'esthétique élaborée aux airs de bande dessinée.

Et que dire de Bennet Miller et de son Foxcatcher, prix de la mise en scène au Festival de Cannes? Il est le premier réalisateur depuis 2008 dont l'oeuvre n'est pas aussi en nomination pour le meilleur film. Ça regarde mal.

Meilleur acteur

Autant il n'y aura pas de course dans la catégorie du meilleur acteur de soutien masculin - J.K. Simmons va poursuivre sa domination pour son rôle de prof tyrannique dans Whiplash -, autant la catégorie du meilleur acteur est hyper serrée.

À preuve Eddie Redmayne et Michael Keaton ont gagné aux Golden Globes. Le premier dans la catégorie dramatique pour sa saisissante composition du physicien Stephen Hawking dans La théorie de l'univers, le second pour son rôle d'acteur de superhéros sur le déclin qui tente de relancer sa carrière sur Broadway dans la comédie Birdman

Comme il n'y a qu'une seule catégorie aux Oscars, je mettrais un petit 2 $ sur Redmayne, également victorieux aux prix de la Guilde des acteurs. Les votants aiment bien les rôles qui exigent de l'acteur une transformation physique ou psychologique importante. On n'a qu'à penser à Daniel-Day Lewis dans My Left Foot, à Geoffrey Rush dans Le prodige (Shine) ou Dustin Hoffman dans Rain Man.

En passant, à part Keaton, tous les acteurs de la catégorie interprètent des personnes réelles. Benedict Cumberbatch se glisse dans la peau d'Alan Turing, un brillant mathématicien qui a contribué à la défaite nazie dans Le jeu de l'imitation; le méconnaissable Steve Carell dans celle John du Pont, le milliardaire excentrique qui veut devenir entraîneur de l'équipe américaine de lutte olympique; et Bradley Cooper, dans celle du tireur d'élite américain Chris Kyle. 

Il semble que ce dernier, nommé trois ans de suite, devra attendre un autre film pour repartir avec l'Oscar. La compétition est trop forte. Quant à Cumberbatch et à Carrell, il s'agit d'une première nomination dont ils n'ont pas à rougir.

Meilleure actrice

La même situation a cours chez les femmes : Patricia Arquette va repartir avec la statuette pour un second rôle à moins d'une grosse surprise. Mais la compétition est pas mal moins corsée dans la catégorie de la meilleure actrice.

Rien ne devrait empêcher la très talentueuse Julianne Moore de remporter enfin, à sa cinquième nomination, l'Oscar. C'est tout de même un comble pour l'une des deux seules femmes (avec Juliette Binoche) à avoir emporté le prix d'interprétation à Cannes, à Berlin et à Venise.

Avec sa performance d'universitaire dévastée lorsqu'elle reçoit un diagnostic d'alzheimer, Moore vient de remporter plusieurs prix. Sinon, Marion Cotillard, fantastique dans Deux jours, une nuit, peut se consoler avec l'Oscar qu'elle a gagné en 2007 pour La vie en rose

Rosamund Pike ne gagnera pas pour sa remarquable prestation dans Les apparences, mais sa nomination devrait l'assurer d'obtenir des rôles consistants dans les prochaines années. Felicity Jones (La théorie de l'univers) et Reese Witherspoon (Wild), récipiendaire en 2005 pour Walk the Line, ne sont là que pour faire de la figuration. 

Même chose pour l'autre actrice de Jean-Marc Vallée, Laura Dern, dans la catégorie rôle de soutien. Les deux femmes ne répéteront pas l'exploit de l'an passé avec le doublé de Matthew McConaughey et de Jared Leto pour le Dallas Buyers Club du réalisateur québécois.

Meilleur film en langue étrangère

La catégorie revêt encore un intérêt particulier cette année, puisque à peu près tous les journalistes qui couvrent le cinéma en Europe et en Amérique du Nord croyaient que Xavier Dolan ferait partie du club sélect des réalisateurs québécois nommés pour le meilleur film en langue étrangère (Villeneuve, Nguyen, Falardeau, Arcand [le seul à avoir gagné]) avec Mommy

Son exclusion est d'autant plus ironique que trois des cinq films de la catégorie étaient présentés en compétition au Festival de Cannes : Tombouctou du Mauritanien Abderrahmane Sissako, Les nouveaux sauvages de l'Argentin Damián Szifron et Leviathan du Russe Andrey Zvyagintsev. Ce dernier pourrait bien l'emporter, en raison de ses grandes qualités cinématographiques, bien sûr, mais aussi parce que les membres de l'Académie pourraient être tentés d'imposer un camouflet à Vladimir Poutine.

Cela dit, le plus sérieux prétendant à la statuette dorée demeure Ida. Le magnifique long métrage du Polonais Pawel Pawlikowski a obtenu le prix du meilleur film étranger des critiques de Los Angeles et de New York ainsi qu'aux BAFTA (les prix britanniques), en plus d'être couronné meilleur film européen. Disons qu'on voit une tendance...

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