Charles Binamé : le goût du risque

Charles Binamé a tourné La chanson de l'éléphant... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Charles Binamé a tourné La chanson de l'éléphant avec un budget d'environ 6 millions $. Pourtant, Hollywood ne l'intéresse pas pour autant, malgré le succès récent des Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée. On ne lui a pas fait signe et il n'en est pas amer.

Photo Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Après six ans d'efforts, les astres se sont finalement alignés pour Charles Binamé. Et pas à peu près. Pour son retour au grand écran avec La chanson de l'éléphant (The Elephant Song), il peut compter sur un certain Xavier Dolan dans le rôle-titre ainsi qu'une forte distribution. Entrevue sur un projet qui a connu une longue gestation.

Le réalisateur de 65 ans ne fait pas son âge. En jeans et en col roulé noir, le regard bleu allumé, il parle de son métier avec une passion qui ne se dément pas. D'ailleurs, il ne chôme pas. Depuis Le piège américain (2008), le cinéaste continue à réaliser des séries américaines (Reign, Republic of Doyle, Being Human). «Ça me garde à jour.» En fait, il a déposé quatre projets en français auprès des instances de financement dans ce laps de temps. Projets «qui ne se sont pas faits pour une raison ou une autre».

«Le dernier [dépôt], j'étais en compétition avec moi-même pour Elephant Song», soupire-t-il. Le projet piloté par Richard Goudreau est d'ailleurs longtemps dans les limbes cinématographiques - presque 10 ans. «J'avais misé sur Xavier Dolan après J'ai tué ma mère [2009]», souligne le producteur. Le passage du français à l'anglais pour la langue de tournage aura finalement été la clé pour obtenir le financement nécessaire.

Charles Binamé se souvient d'avoir vu la pièce à sa création (2004). Lorsque le producteur lui a soumis l'adaptation écrite par le dramaturge, il a lu «un texte très différent de la pièce. Le coeur était le même, mais c'était devenu un film».

La chanson de l'éléphant relate la confrontation entre un psychiatre, Toby Green (Bruce Greenwood), et un patient, Michael Aleen (Dolan), qui est le dernier à avoir vu le docteur Lawrence (Colm Feore), disparu depuis la veille. Michael entretient une relation trouble avec son infirmière Susan Peterson (Catherine Keener), qui est l'ex-femme du docteur Green... Le psy et le doux dingue vont jouer au chat et à la souris en s'échangeant souvent les rôles.

Ce suspense psychologique est aussi un jeu pour le spectateur, croit Charles Binamé. «C'est comme un puzzle. T'ouvres la boîte, les morceaux sont là, mais sans l'image sur le dessus de la boîte pour l'assembler. C'est un thriller doublé d'une humanité, un regard porté sur deux personnages dont les destins vont se croiser et s'influencer. Je trouve ça intéressant, au cinéma, de montrer que la vie est riche de possibilités qu'on n'imagine pas. Et pas toujours positives. Mais ce n'est pas en vain : le film nous laisse sur une note d'espoir.» 

Ni trop froid, ni glauque

Bien que l'essentiel du long métrage se déroule dans la même pièce - des séquences de la vie domestique du docteur et des retours en arrière sur l'enfance de Michael ont été ajoutés -, Charles Binamé récuse le terme de huis clos : «C'est un peu péjoratif et pas sexy.» 

Pour ce «duel», donc, le réalisateur a misé sur une caméra fluide qui multiplie les points de vue, «comme une grande partition», afin que le spectateur «ne soit pas toujours dans la face de l'un ou de l'autre personnage». «Ce n'était pas évident d'approcher une création aussi particulière, avoue-t-il. Je voulais me mettre en danger et ne pas appliquer de recette.» Son fidèle directeur photo, Pierre Gill, avec qui il a tourné Eldorado, Le coeur au poing et La beauté de Pandore, était là pour le rappeler à l'ordre, au besoin. «Il fallait être vrai tout le temps.»

Le peintre en lui a aussi élaboré une palette de couleur bleutée et gris-vert avec sa directrice artistique Danielle Labrie, originaire de Sainte-Foy, pour représenter l'enfermement. «C'est beaucoup plus facile d'établir une atmosphère quand t'élimines des couleurs. Je ne voulais pas que ce soit trop froid ni glauque, qu'il y ait du grain et que ça baigne dans quelque chose. Je pense que ça fonctionne.»

Charles Binamé est manifestement heureux d'avoir pu tourner La chanson de l'éléphant avec un budget conséquent (environ 6 millions $). Hollywood ne l'intéresse pas pour autant, malgré le succès récent des Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée. «C'est une autre game et une question de choix.» On ne lui a pas fait signe et il n'en est pas amer. «Je voulais développer en français au Québec.»

Pourvu que ce soit possible. Il a d'ailleurs coécrit un long métrage avec Geneviève Lefevbre et un autre avec Marie-Sissi Labrèche, qui sont restés lettre morte pour l'instant. «Il y en a un qui était un Eldorado actuel. C'est incroyable comment la jeunesse a changé depuis 20 ans. Ça me fascine, toute la question de l'autonarratif. C'est un sujet fantastique.»

Mais pour l'instant, c'est un autre film en anglais, Crossings, sur un scénario d'Avrum Jacobson (Malarek), qui est rendu à l'étape du financement...

La chanson de l'éléphant prend l'affiche le 20 février.

Dolan, mais pas à n'importe quel prix

Charles Binamé était bien prêt, pour le rôle principal, à travailler avec Xavier Dolan, qui avait manifesté son intérêt, mais pas à n'importe quel prix. «Un acteur doit être choisi et sentir qu'il est choisi.» Le réalisateur d'expérience devait aussi s'assurer «qu'il voulait jouer et non pas réaliser». Le résultat a été à la hauteur de leurs attentes mutuelles.

«À partir de là, il a été formidable. Il s'est comporté comme n'importe quel acteur, mais avec beaucoup de générosité. C'est un super gars.»

Xavier Dolan a toujours prétendu qu'il était d'abord et avant tout un acteur - un métier qu'il pratique depuis l'enfance. Mais son passage derrière la caméra l'a très bien outillé pour jouer. «Il a plus conscience de l'objectif. Il est meilleur techniquement que certains acteurs. Il y en a d'autres comme lui. Mais, généralement, ils y arrivent avec plus de métier. Ça facilite les choses. Il sait s'avantager.»

Respect mutuel

Le respect est mutuel. Dolan a beaucoup apprécié être dirigé par Binamé, dont il a chanté les louanges en entrevue au Soleil. «Charles est extrêmement humain, intelligent et cultivé. J'étais très impressionné par sa mise en scène très assumée, très fluide, très américaine...»

Même si c'était la première fois que le multitalentueux Montréalais obtient un premier rôle dans un autre film que les siens, il ne s'est pas préparé outre mesure, a-t-il indiqué. «Je ne suis pas très Actor's Studio. Je ne suis pas allé dans un asile pendant deux mois. J'aurais pu, mais le tournage commençait trois jours après la fin de Mommy. Je me suis reposé, j'ai un peu appris mon texte. N'en déplaise à certains, j'apprends mon texte le matin sur la chaise de maquillage.»

Dolan fait face à Bruce Green­wood, qui a beaucoup tourné avec Atom Egoyan et dans plusieurs productions hollywoodiennes (dont les récents Star Trek) comme acteur de soutien. 

«C'est un gars qui a la maturité émotive de notre personnage, souligne Charles Binamé. Il peut facilement nous faire sentir qu'il porte une blessure sans la mettre en avant. C'est un acteur que j'aime beaucoup, qui n'a pas été utilisé à sa pleine mesure aux États-Unis. C'est un rôle ingrat, mais il écoute avec beaucoup de présence.» L'acteur de 58 ans, né à Rouyn-Noranda, s'est tellement investi dans son rôle «qu'il me posait des questions auxquelles je n'avais même pas pensé.» 

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