Benoît Jacquot: l'homme à femmes

Il y a une constante dans les films... (Photo fournie par Métropole Films)

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Il y a une constante dans les films de Benoît Jacquot : une héroïne qui fuit une situation et, par le fait même, tourne le dos à son passé et à sa famille. C'est encore le cas avec 3 coeurs, qui réunit à l'écran Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Charlotte Gainsbourg.

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(Paris) Benoît Jacquot avait un peu la tête ailleurs lorsque Le Soleil l'a rencontré à Paris, à la mi-janvier, pour discuter de 3 coeurs. On le comprend : il s'affairait à boucler son Journal d'une femme de chambre, présenté samedi en première mondiale à la Berlinale. Il a quand même éclairé nos lanternes sur cet étrange triangle amoureux où un homme (Benoît Poelvoorde) tombe successivement amoureux de deux soeurs (Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni).

Le style de Jacquot est assez hétérogène et varie parfois énormément d'un film à l'autre. Mais il y a une constante : il y a souvent une héroïne qui fuit une situation et, par le fait même, tourne le dos à son passé et à sa famille. C'est encore le cas avec 3 coeurs.

Sylvie (Gainsbourg) tombe amoureuse de Marc (Poelvoorde). Ils se donnent rendez-vous. Marc, victime d'un infarctus, ne vient pas. Sylvie, le coeur brisé, se réfugie aux États-Unis. Quelque temps plus tard, Marc revient dans la petite ville où il l'a rencontrée. Il tombe alors sur Sophie (Mastroianni) et finit par l'épouser. Sans savoir qu'elle est la soeur de l'autre. Mais Sylvie est invitée au mariage...

«Ça relève depuis la nuit des temps de la tragédie. Le mélodrame, c'est le nom qu'on donne au cinéma à la tragédie.» Il y a beaucoup de mystère dans 3 coeurs. «Ça vient de mon voeu de traiter une histoire d'amour comme un suspense. Du coup, il y a des secrets, des choses cachées et un rapport avec le spectateur qui sait des choses que les personnages ne savent pas», explique le cinéaste qui a eu 68 ans jeudi.

Comme Truffaut

Il reconnaît que l'intrigue est très truffaldienne, même si cet ardent cinéphile ne s'en est pas rendu compte sur le coup. «J'essaie de faire en sorte que mes films, quand je les tourne, ne soient pas sous l'influence d'un autre cinéaste.»

Mais comme François Truffaut, Benoît Jacquot est très attaché aux actrices. À preuve : son désir de tourner une première fois avec l'égérie de Lars von Trier et muse d'Yvan Attal «est une des raisons d'être de ce film. Avant d'imaginer le film, mon but était de le faire avec Charlotte Gainsbourg». Son charme, sa sensibilité et sa grâce d'actrice l'interpellent, mais aussi son pouvoir de séduction. «Elle a un air qui n'appartient qu'à elle et qui immédiatement attire, du moins pour certains hommes.»

Parlant de symbole de séduction, Catherine Deneuve joue aussi un rôle important - celui de la mère des deux soeurs. Et qui témoigne de son changement de statut dans l'imaginaire des Français. Jacquot, qui est ami avec l'icône, l'a vu passer «du stade d'épouse ou de maîtresse préférée des Français à celui de maman favorite, avec un naturel, presque une joie. Elle adore ça et on peut en tirer un grand profit en donnant à [cette image] un trouble étrange et inquiétant».

S'il y a beaucoup de femmes dans 3 coeurs, son pivot demeure Benoît Poelvoorde. Après plusieurs films d'époque avec des femmes, le réalisateur a senti le «besoin» d'avoir un personnage masculin fort et que l'action se déroule aujourd'hui.

Le choix peut étonner, puisque le Belge est plus connu pour son talent comique (Les randonneurs, Rien à déclarer) que tragique. «Je l'ai choisi d'abord parce que c'est le meilleur acteur francophone que je connaisse. Ensuite, son image est plutôt polarisée par son rôle de bouffon. Ça m'intéressait de lui donner un rôle authentiquement tragique, extrêmement sombre, pour faire apparaître cette part intime de sa personne que je connais et que ça puisse nourrir un personnage.»

Va pour le tragédien, mais Poelvoorde en séducteur, surtout dans la peau d'un fonctionnaire terne, qui fait battre le coeur de deux femmes? «Personnellement, c'est le plus gros tombeur que je connaisse. Ça m'intéressait pour la définition de la séduction masculine. Comment un type, dont chacun peut dire "je suis mieux que lui" [rires], opère un charme. C'est une vitalité, une façon d'être au monde, de passer de la drôlerie à la gravité à quoi les femmes sont immédiatement sensibles et perméables. Ce qui enrage d'ailleurs les autres hommes.»

Léa Seydoux

On l'a écrit plus haut, le cinéma de Jacquot fait large place aux femmes. Il n'est guère surprenant qu'il ait adapté Journal d'une femme de chambre, après Renoir en 1946 (avec Paulette Goddard) et Buñuel en 1964 (avec Jeanne Moreau).

Sa version du livre d'Octave Mirbeau avec Léa Seydoux, qu'il retrouve après Les adieux à la reine (2012), sera originale, promet-il. D'autant qu'il se rappelle très vaguement des versions précédentes. «Le parti que j'ai tiré du livre est, au bout du compte, extrêmement différent.»

3 coeurs prend l'affiche vendredi.

Les frais de ce voyage ont été payés par UniFrance.

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