Critique

L'amour au temps de la guerre civile: corps à corps

Dans L'amour au temps de la guerre civile,... (Photo fournie par FNC)

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Dans L'amour au temps de la guerre civile, le réalisateur Rodrigue Jean se colle à la réalité, jusque dans la façon de filmer ses protagonistes avec une caméra à l'épaule très mobile et en gros plan.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Avec L'amour au temps de la guerre civile, Rodrigue Jean offre une proposition radicale et intense qui pousse le spectateur dans ses derniers retranchements. Sa plongée dans l'univers d'Alex - un jeune toxico qui monnaie son corps pour se payer sa dope - se veut à la fois un partage d'une réalité souvent occultée et une réflexion sur l'exercice de la liberté dans une société formatée. Un film noir, presque nihiliste, mais qui a la grande qualité de ne laisser personne indifférent.

L'amour au temps... se déroule dans la jungle urbaine du Centre-Sud de Montréal, en hiver. Alex (Alexandre Landry), sans domicile fixe, erre d'un appartement à un autre au gré de ses rencontres, sans jamais s'attacher. Sa descente aux enfers, présume-t-on, est relativement récente : son corps et son visage ne portent pas encore les stigmates de sa consommation effrénée.

Parce qu'Alex fume du crack et se pique à répétition. Tout tourne autour de sa consommation, y compris les petits vols et la prostitution - qui sont liés d'ailleurs, puisqu'il vole parfois ses clients. Il y a du sexe (triste) plus consensuel, mais il ne s'agit pas tant d'amour que d'un spasme de vie entre deux défonces.

Que ce soit pour les fix ou la baise, Rodrigue Jean a choisi de montrer les choses crûment, sans faire semblant. C'est, parfois, à la limite du supportable, mais c'est un choix esthétique conséquent. Le réalisateur se colle à la réalité, jusque dans la façon de filmer ses protagonistes avec une caméra à l'épaule très mobile et en gros plan.

Rodrigue Jean ne juge pas ses personnages ni ne tente de psychologie simpliste. On ne sait pas ce qui a conduit Alex là. Ce qui laisse la liberté au spectateur de s'imaginer (ou pas) son propre scénario. Même chose pour les autres anges déchus qui gravitent autour d'Alex sur une orbite plus ou moins rapprochée. Seul Bruno (Jean-Simon Leduc), son «amoureux», lui démontre un peu d'affection, mais ça ne dure pas.

Imperfections et qualités

Il n'y a pas beaucoup de place pour l'espoir dans L'amour au temps... On pourrait reprocher à Rodrigue Jean de se complaire dans un certain misérabilisme et de multiplier inutilement les scènes de consommation. Et la fin est maladroite.

Mais si imparfait soit le long métrage, ses défauts sont compensés par ses grandes qualités. La démarche du réalisateur est authentique - il revient par la fiction sur un univers qu'il avait déjà exploré par le documentaire avec son film Hommes à louer (2008). C'est un cinéma d'auteur exigeant et très personnel, ce qui en fait son originalité.

Autre point en sa faveur, Alexandre Landry y est proprement stupéfiant - sans mauvais jeu de mots. L'intensité de son interprétation et son abandon suscitent l'admiration. De même que sa capacité à montrer la vulnérabilité d'Alex ainsi que son côté maladroit.

L'amour au temps de la guerre civile est une oeuvre coup de poing qui matraque le spectateur pendant toute sa durée et le laisse sonné. Le combat d'Alex, suggère le film, est le même, bien que s'exprimant de façon totalement différente, pour tous ceux qui ne veulent pas rentrer dans le moule. Ça mérite réflexion. Et démontre la pertinence de l'oeuvre.

=> Au générique

  • TitreL'amour au temps de la guerre civile *** 1/2
  • Genre : drame
  • Réalisateur :Rodrigue Jean
  • Acteurs : Alexandre Landry, Jean-Simon Leduc, Simon Lefebvre et Catherine-Audrey Lachapelle
  • Salle : Cartier
  • Classement : 16 ans et plus
  • Durée :2h

On aime : l'âpreté de la proposition, le jeu d'Alexandre Landry

On n'aime pas : des raccourcis scénaristiques

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