Félix et Meira: il était une foi

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Félix et Meira nous plonge dans un monde méconnu, celui des juifs hassidiques.

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(Québec) On est tous curieux de savoir ce qui se passe chez le voisin. Surtout s'il est différent. Comme les juifs hassidiques. En s'installant dans le Mile-End montréalais, Maxime Giroux en a été intrigué, puis fasciné. Mais il s'est aussi imaginé l'inverse : et si une femme était suffisamment attirée par notre mode de vie pour vouloir sortir du sien? Et qu'un amour improbable s'en mêlait? Le fascinant Félix et Meira était né. Et son baptême cinématographique a été marqué d'un coup d'éclat.

Le cinéaste Maxime Giroux et le comédien Martin... (Photo La Presse, André Pichette) - image 1.0

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Le cinéaste Maxime Giroux et le comédien Martin Dubreuil.

Photo La Presse, André Pichette

Le troisième long métrage de Giroux a soufflé le prix du meilleur long métrage canadien à Mommy, le récipiendaire attendu, au Festival de Toronto, en septembre dernier. «Tout le monde a été surpris, moi le premier», explique-t-il en entrevue téléphonique au Soleil. Mais le trentenaire, un habitué des récompenses, sait très bien qu'un film polarisant comme celui de Xavier Dolan peut se retrouver écarté parce qu'il n'arrive pas à faire l'unanimité.

Les jurés ont certainement vu autre chose. Dont le fait que la magnifique mise en scène, sobre et empathique, repose sur quatre années de recherches et d'écriture de la part de Giroux et de son coscénariste Alexandre Laferrière. Il ne prétend pas être devenu un expert - les juifs orthodoxes «passent leur vie à étudier et à interpréter la Torah. On s'est fait aider par d'ex-membres de la communauté.» D'où la véracité criante des gestes quotidiens.

C'est justement cette routine religieuse très encadrée qui étouffe Meira. La jeune mariée et mère d'une petite fille se révolte, à sa façon, contre cette domesticité programmée où elle ne sert qu'à faire des enfants. Son chemin croise accidentellement celui de Félix. Qui la pousse progressivement à risquer l'opprobre pour goûter cette liberté interdite qu'incarne Félix. Qui est évidemment son antithèse : athée et bohème. Déboussolé par la mort de son père, il cherche toutefois l'amour pour les mauvaises raisons.

À travers cette passion naissante, Félix et Meira aborde les sacrifices liés à l'immigration, notamment le déracinement et les difficultés d'intégration, mais aussi sa raison première : un avenir meilleur pour ses enfants, souligne le cinéaste (Jo pour Jonathan). «D'où on vient a une importance. On ne peut pas tout jeter à la poubelle et passer à autre chose sans répercussions.»

Histoire d'émancipation

Reste que le long métrage se veut d'abord et avant tout une histoire d'émancipation féminine. «Ça aurait pu être ma mère, qui a consacré sa vie à deux enfants, à son mari et qui n'a pas eu de carrière.»

Autrement dit, la communauté voisine, aussi étrange qu'elle en a l'air, n'est pas sans rappeler un Québec pas si lointain. Félix et Meira devient un prétexte à «une profonde réflexion sur les religions et ce que les hommes en font. Je n'ai pas encore trouvé une religion où la femme est égale à l'homme. On le voit bien dans notre histoire : il n'y avait pas de place pour la femme dans l'espace civique. Si on n'était pas devenu une société laïque, les femmes seraient encore loin. [...] Ne serait-ce que pour ça, les religions me font peur.»

Le film illustre bien, d'ailleurs, ce qui arrive à celles, et même ceux, dans une moindre mesure, qui veulent s'écarter du droit chemin : l'ostracisme. Mais il montre aussi, grâce au personnage de Félix, une certaine naïveté des Québécois francophones par rapport à l'Autre. «Il y a une certaine beauté dans cette maladresse, dans [notre] façon de savoir et de comprendre, mais c'est un peu réducteur. Ça peut devenir blessant et agressant. On a un retard à rattraper par rapport aux communautés culturelles.»

Félix, l'archétype du Québécois moyen, nous représente dans ses interactions avec Meira. Ce n'est pas pour rien que Martin Dubreuil est associé au projet depuis ses débuts : Félix, c'est lui.

C'était moins évident pour Meira. On a proposé Hadas Yaron au réalisateur. Mais comme elle avait remporté le prix d'interprétation à Venise pour un rôle semblable (Le coeur a ses raisons, 2012), il était réticent. Ses producteurs ont enregistré une audition en douce et l'ont envoyé à Maxime Giroux. «Après 15 secondes, je savais que c'était elle.» L'actrice de 24 ans a appris le français et le yiddish pour le film (la plupart des Israéliens parlent hébreu).

Le réalisateur québécois sait bien que la réalité des juifs hassidiques est plus familière aux habitants des métropoles comme Montréal et New York. Mais ça ne devrait pas repousser les autres cinéphiles, comme ceux de Québec. Au contraire : «C'est la raison pour laquelle ça devrait les intéresser. On a tous nos spécificités. Mais si je me fie aux réactions après les projections [dans les festivals], les gens sont curieux. Ils disent : "Oh my God, ça existe vraiment." Mais je ne suis pas naïf. On ne fera pas 3 millions $ de box-office» comme Mommy.

Félix et Meira prend l'affiche le 30 janvier.

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