Foxcatcher: pris au piège

Méconnaissable, Steve Carell campe un riche héritier, pitoyable... (Photo fournie par Sony Pictures)

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Méconnaissable, Steve Carell campe un riche héritier, pitoyable et suffisant, qui s'est mis en tête de devenir l'entraîneur de l'équipe de lutte américaine.

Photo fournie par Sony Pictures

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(Québec) Bennett Miller est reparti du Festival de Cannes, l'an passé, avec le convoité et mérité prix de la mise en scène pour Foxcatcher. Et il serait un gagnant légitime pour l'Oscar du meilleur réalisateur malgré la forte compétition. Son film, qui profite d'une forte distribution et porte sur un drame récent à la fois bizarre, absurde, comique et horrible, a tout de la tragédie grecque.

Après les Jeux olympiques de 1984, le multimilliardaire John du Pont (Steve Carell, méconnaissable) se met dans la tête de devenir l'entraîneur de l'équipe de lutte américaine. Il prend sous son aile le médaillé d'or Mark Schultz (Channing Tatum), qui s'entraîne avec son frère Dave (Mark Ruffalo).

La relation entre les deux frères est ambivalente. Mark a le talent brut, mais manque d'habiletés sociales, alors que Dave a tout pour être heureux (femme, enfants, poste à l'université...) et beaucoup d'ascendant sur son frère. Leurs corps à corps sont chargés d'une violente tension qui en dit plus long que leurs paroles... Dave dégage une confiance qui manque cruellement à son cadet (et à du Pont).

Cette rivalité malsaine convainc Mark d'accepter l'offre de du Pont de se joindre à son équipe de lutte dans son immense domaine. Dave finira par aller les rejoindre et agira comme le véritable entraîneur au complexe Foxcatcher pendant que du Pont se joue la comédie.

Le riche héritier, excentrique et manipulateur, sombre de plus en plus dans la paranoïa, ce qui finira par avoir des conséquences dramatiques pour chacun des protagonistes. La trame n'est pas sans évoquer Le bourgeois gentilhomme de Molière. Du Pont convoite des choses qu'il n'a pas et qu'il ne peut acheter, dans le but ultime d'obtenir le respect de sa mère. Pitoyable et suffisant, il essaie aussi de s'imposer comme une figure paternelle en plus d'entretenir une certaine ambiguïté sur ce qu'il désire vraiment de la part de Mark.

Bennett Miller (Capote) met en scène des thèmes peu abordés au cinéma américain touchant la masculinité et l'incommunicabilité. Puisque ce sont des hommes qui ont des difficultés à s'ouvrir, le cinéaste insiste beaucoup sur les regards et les attitudes - tous les acteurs adoptent un jeu minimaliste. En particulier Channing Tatum, dont la présence et la retenue s'avèrent tellement marquantes qu'elles captent invariablement le regard du spectateur.

Résultat : un drame poignant, filmé de brillante façon (la photographie est superbe), avec des acteurs transcendant les personnages. Ce quatrième long métrage de fiction établit Miller comme un auteur qui compte.

Pas pour l'oscar du meilleur film

Foxcatcher a obtenu cinq nominations aux Oscars, dont quatre dans les catégories les plus importantes : meilleur réalisateur, acteur (Carell), acteur de soutien (Ruffalo) et scénario (E. Max Frye et Dan Futterman). Que Tatum n'ait pas eu la nomination du meilleur acteur au détriment de Carell, ça se discute. Mais pas comme meilleur film? C'est la première fois depuis 2008 qu'une oeuvre d'un cinéaste nommé à la réalisation ne l'est pas au meilleur film...

En fait, ça se comprend. Cette catégorie est ouverte à tous les votants. Or, le sous-texte de Foxcatcher sur les excès du rêve américain et son déclin, sa perversité et l'obsession de la réussite a certainement offusqué les patriotes et autres excités de l'individualisme forcené (ce qui explique du coup la présence de Tireur d'élite américain dans cette catégorie).

Quand on y pense, c'est le plus beau compliment qu'on peut faire au puissant long métrage de Bennet Miller. Foxcatcher dérange - le signe d'une oeuvre pertinente.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Foxcatcher

Genre : drame

Réalisateur: Bennet Miller

Acteurs: Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo

Salles : Clap et Clap au Musée de la civilisation

Classement : général

Durée : 2h14

On aime : la réalisation brillante, la performance des acteurs, l'aspect politique du sous-texte

On n'aime pas : -

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