La chambre bleue: les amants maudits

La passion consume Esther (Stéphanie Cléau) et Julien... (Photo fournie par Métropole Films)

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La passion consume Esther (Stéphanie Cléau) et Julien (Amalric), et ce dernier sera happé dans un engrenage risquant de le broyer vivant.

Photo fournie par Métropole Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Mathieu Amalric s'est toujours vu, d'abord et avant tout, comme un réalisateur. Sa fulgurante carrière d'acteur, ponctuée de trois Césars, l'a toutefois maintenu éloigné de la réalisation. Trop longtemps. La chambre bleue vient encore une fois confirmer son talent, l'acuité de son regard de cinéaste et sa capacité de transformer un polar tout simple en un drame passionnel prenant, qu'il mène de main de maître.

Il est clair que le prix de la mise en scène remporté à Cannes, en 2010, pour Tournée, n'était pas un accident. Et qu'Amalric préconise un style simple et dépouillé, mais dont les plans, souvent superbes, sont chargés de sens. Une simple abeille sur un ventre de femme, dans la très sensuelle ouverture, devient un motif chargé de sens sur une tapisserie du palais de justice, à la toute fin...

Car il y a procès. Mais avant, il y a une passion dévorante entre Julien (Amalric) et Esther (Stéphanie Cléau). Ils se sont connus à l'adolescence, mais la vie les a séparés. Esther a épousé un homme malade pour son argent. Quand Julien revient dans sa région natale, 15 ans plus tard, avec sa femme Delphine (Léa Drucker) et sa fille, il mène en apparence dans ce village une vie rangée de petit bourgeois qui a tout pour être heureux.

Si on fait exception de ses rendez-vous coquins épisodiques avec sa maîtresse qui le consument. Lorsqu'il se croit découvert, Julien prend ses distances. Mais il reçoit des lettres anonymes. Puis le mari d'Esther meurt.

Le spectateur commence peu à peu, grâce aux interrogatoires croisés de la police, d'un juge d'instruction et d'un psy, à recoller les morceaux d'une affaire sombre et mystérieuse, presque sans crime et sans coupable. Les émotions, même indistinctes, sont vives. Julien semble pris dans un engrenage qui l'a happé et qui est en train de le broyer vivant alors qu'il se décompose progressivement.

En optant pour un récit non linéaire et des ellipses, le réalisateur français a volontairement voulu brouiller les pistes. Il signe une adaptation contemporaine très réussie, avec sa compagne Stéphanie Cléau, du roman du même nom de Georges Simenon. Tout est sujet à interprétation, surtout la fin.

Réaliste

Amalric a choisi une mise en scène très réaliste, avec des figurants locaux (notamment au tribunal). Ce qui confère un aspect véridique à ce polar à la sauce Chabrol, conçu comme un exercice de style volontairement désuet. Mais il signe aussi de superbes scènes d'amour dans cette chambre bleue où se rencontrent les amants maudits, composant corps enlacés, immobiles ou en mouvements lents, comme de véritables tableaux. 

Le talent de cinéaste d'Amalric est évidemment aidé par sa compréhension intime du jeu. La fragilité de Julien, son regard parfois halluciné, parfois inquiet, et sa descente aux enfers sont parfaitement rendus par l'acteur (Le scaphandre et le papillon). Cléau réussit à faire affleurer la folie d'Esther avec justesse. Le rôle de Léa Drucker, en femme soumise mais pas dupe, est plus ingrat, mais elle s'en sort bien.

La passion qui se transforme en obsession, moteur narratif de La chambre bleue, fait invariablement penser à Liaison fatale (Adrian Lyne, 1987). Il s'agit du même genre d'érotomanie, la violence en moins. Vraiment? Rien n'est moins sûr. Personne ne va voir le même film, ce qui en fait sa principale qualité et il en a plusieurs.

La chambre bleue porte une signature d'auteur, celle d'Amalric. Il devrait passer derrière la caméra plus souvent.

=> AU GÉNÉRIQUE

  • Cote :  *** 1/2
  • Titre : La chambre bleu
  • Genre : drame
  • Réalisateur : Mathieu Amalric
  • Acteurs : Mathieu Amalric, Léa Drucker et Stéphanie Cléau
  • Salles : Clap et Clap au Musée de la civilisation
  • Classement : général
  • Durée : 1h15

On aime : la réalisation imaginative, le jeu subtil d'Amalric, le suspense ambigu

On n'aime pas : -

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