Jean-Pierre et Luc Dardenne: deux frères, un film

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Les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, réalisateurs du film Deux jours, une nuit

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(Toronto) Ce jour-là, au Festival de Toronto (TIFF), Jean-Pierre et Luc Dardenne sont arrivés un peu en avance pour leur journée d'entrevues. Le Soleil aussi. Sans façon, nous avons pris place dans la suite d'hôtel. Affables et détendus - «on s'installe sur le lit?» -, les frères, comme on les appelle, ont livré une généreuse entrevue à propos de Deux jours, une nuit, un film qui aurait dû donner à Marion Cotillard le prix de la meilleure actrice à Cannes et aurait pu leur procurer une troisième Palme d'or. Rencontre avec la fine fleur du cinéma européen, deux créateurs originaux et engagés, qui ont créé une oeuvre cohérente et distinctive.

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Marion Cotillard interprète Sarah dans le film Deux jours, une nuit

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Q Dans ce film, des ouvriers ont le choix entre congédier une des leurs ou recevoir une prime de 1000 euros (environ 1500 $). D'où vous est venue l'idée?

R Jean-Pierre : À la fin des années 90, on a su que dans une usine Peugeot, une équipe avait exclu un gars qui n'était pas assez performant. Ce qui a fait scandale. Normalement, il y a une solidarité qui joue. Ça a été l'élément déclencheur de faire un film. Très vite, on a voulu une femme, qui a un moment précis pour faire changer d'idée toute l'équipe - une fin de semaine (d'où le titre) - en allant les voir un par un. On avait l'idée aussi qu'elle avait été malade, ce qui facilitait son exclusion. On n'y arrivait pas. Mais on s'est remis au travail au début de la crise économique, vers 2008, en se disant que c'était le moment de faire ce film. On a imaginé alors que la personne qui aiderait Sandra (Cotillard) serait son mari. Ainsi, on pouvait revenir à la maison et avoir les moments liés à son intimité. Ça nous a aussi permis de créer une première cellule de solidarité, familiale.

Luc : Mais on n'avait pas la fin. Ça a pris un peu de temps. Il fallait essayer de trouver quelque chose d'organique, où cette femme qui est profondément solidaire et qui ne veut pas juger ses collègues, car elle sait que c'est la direction qui est en cause, se trouve à la place de celle qui doit prendre une décision (semblable). Que fait-elle?

Q Sandra, dans sa démarche, tend un miroir dans lequel ses collègues doivent se regarder. Mais c'est aussi un miroir que vous tendez au spectateur?

R Jean-Pierre : Bien sûr. Il y a une réplique qui revient souvent dans le film : «Mets-toi à ma place.» On espère que le spectateur se dit, à un certain moment, si j'étais à la place de Sandra, je ferais quoi? Et si j'étais à la place de ceux qu'elle va voir, je ferais quoi? On ne juge pas. Ce qui nous intéresse, c'est pourquoi ils changent, ou pas, d'avis. Sinon, on fait un film avec des bons et des méchants. Les enjeux ne sont plus les mêmes. Pour eux, 1000 euros, c'est important. Leur situation est fragile. La solidarité, c'est être capable de se mettre à la place de quelqu'un d'autre. C'est ça qu'on raconte.

Q Avez-vous eu peur que cette succession de rencontres soit redondante?

R Luc : Oui. On voulait qu'il y ait une répétition, qu'elle ne soit pas ennuyante et qu'elle progresse, qu'il y ait une intensité qui augmente. On a joué sur la variation des situations. On s'est dit qu'on avait trois éléments de «suspense» : qui elle va rencontrer? que va dire cette personne? quel sera le pointage final du vote? On se demande aussi: Sandra va-t-elle tenir la route?

Q Pourquoi avoir choisi la dépression comme maladie?

R Jean-Pierre : C'est un tabou pour le marché du travail. Bon, ça permettait d'éloigner Sandra de l'usine, qu'elle revienne guérie, mais que certains puissent dire : on en revient affaibli - ce qui est faux, en passant.

Q Son milieu de travail, un microcosme, est une métaphore du capitalisme sauvage?

R Luc : Oui, tout en étant dans une situation vraisemblable. S'ils étaient syndiqués, ça se passerait autrement. C'était une illustration pour dire : voilà où on en est rendu maintenant. C'est terrible. Mais la plupart des personnages vivent une situation de crise où la solidarité se pose avec (acuité).

Q Le choix de Marion Cotillard détonne avec vos habitudes. Pourquoi l'interprète de La môme et De rouille et d'os?

R Jean-Pierre : On avait envie de travailler avec une actrice très connue et on avait envie de travailler avec Marion Cotillard. On avait les deux (rires). On voulait voir comment on pouvait l'amener dans notre famille et comment elle pouvait l'enrichir. Marion a quelque chose en elle, une présence empreinte de fragilité. Elle a accepté nos règles du jeu. Avant le tournage, on répète de cinq à six semaines, il fallait qu'elle soit disponible et qu'elle entre dans le moule. Ça a été une très belle expérience. Une fois qu'elle accorde sa confiance, elle est totale.

Q Pas trop déçus de ne pas avoir remporté la Palme d'or à Cannes?

R Luc : C'est la faute à mon frère.

Jean-Pierre : Je leur ai dit : «Donnez ça à un autre.» (rigolade)

Luc : Je devais donner les enveloppes au jury et je me suis levé trop tard.

Jean-Pierre : Puis il les a données au jury de la Caméra d'or (pour le meilleur premier film).

Luc : (Plus sérieux) Le jury est souverain.

Deux jours, une nuit prend l'affiche le 9 janvier.

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