Le jeu de l'imitation: destin méconnu d'un génie

Le jeu de l'imitation raconte l'histoire passionnante de... (Photo fournie par The Weinstein Company)

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Le jeu de l'imitation raconte l'histoire passionnante de l'équipe qui a brisé le code de la machine Enigma (Keira Knightley, Matthew Beard, Matthew Goode, Allen Leech) autour du mathématicien Alan Turing (stupéfiant Benedict Cumberbatch).

Photo fournie par The Weinstein Company

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Alan Turing est un génie qui a changé le cours du XXe siècle et qui définit le XXIe, 60 ans après sa mort. Pourtant, son incroyable destin tragique reste largement méconnu. Le jeu de l'imitation vient y remédier. La mise en scène de Morten Tyldum s'avère académique et sobre, mais c'est un mal pour un bien : elle s'efface devant cette incroyable histoire et une stupéfiante interprétation de Benedict Cumberbatch, qui pourrait bien lui valoir l'Oscar en février prochain.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'Angleterre met rapidement la main sur la machine qui sert aux Allemands à coder leurs communications. Une équipe de brillants scientifiques est chargée de déchiffrer les rouages d'Enigma, avec à leur tête un mathématicien de génie. Alan Turing (Cumberbatch) est un asocial arrogant et solitaire (il n'est pas coureur de fond pour rien), affublé d'un léger bégaiement. Entêté et indépendant d'esprit, il est convaincu que seule une autre machine, de sa conception (l'ancêtre de l'ordinateur), peut résoudre l'énigme. Rien pour se faire des amis.

D'ailleurs, sa solution rencontre beaucoup de résistance des militaires - c'est un civil, indiscipliné en plus - et des membres de son équipe. Turing trouvera une alliée inattendue en la personne de Joan Clarke (Keira Knightley, solide). La jeune femme est victime de discrimination malgré son intelligence supérieure et Turing, aussi, en raison de son homosexualité refoulée. Ces deux êtres hors normes vont nouer des liens indéfectibles et triompher de l'adversité.

On voit ici les thèmes à l'oeuvre, ainsi que celui du sacrifice pour le bien commun : les forces hitlériennes ne doivent pas s'apercevoir que l'équipe a brisé le code. Ce qui implique la mort de nombreux militaires et civils pour atteindre l'objectif final : le triomphe des alliés sur les nazis.

Cette page d'histoire (encore) largement méconnue permet aussi de lever le voile sur une tragique injustice. Persécuté par les autorités en raison de son homosexualité, le scientifique à l'origine de la programmation se suicide en 1954, à l'âge de 41 ans. Il ne sera réhabilité qu'en 2013.

Même si on connaît les tenants et les aboutissants, le drame biographique est construit comme un suspense, avec de nombreux rebondissements, mais il fait une belle part à un savoureux humour british qui vient alléger la tension. Le récit veut évidemment favoriser l'affection du spectateur envers Turing. Et ça fonctionne : impossible de ne pas être touché par la détermination et l'abnégation de ce génie incompris.

Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes, Le cinquième pouvoir) en est le principal responsable. Son jeu et sa posture, proches de l'autisme, capturent instantanément tous les regards. L'expressivité de son visage et de son regard pénétrant est proprement stupéfiante. 

De toute évidence, Morten Tyldum (Chasseurs de têtes), malgré une belle maîtrise du travelling et de la composition de ses plans, n'a pas voulu faire ombrage au superbe scénario de Graham Moore - même si le sujet s'y prêtait.

Vrai que la chose n'était pas évidente, vu la complexité des notions scientifiques en cause, mais Moore a fait un formidable travail de vulgarisation. La structure, qui se promène entre trois époques, permet d'avoir un portrait de plus en plus global au fil du récit. Une réserve toutefois : l'enquête policière, qui va conduire à l'arrestation de Turing, est inutile. Son seul témoignage, lors de son interrogatoire, qui sert de fil narratif, aurait suffi.

Le jeu de l'imitation redonne confiance dans le fait qu'il est possible d'offrir à un large auditoire du cinéma populaire passionnant et intelligent (en espérant que les cinéphiles soient au rendez-vous). Ce qui devrait d'ailleurs en faire un favori aux prochains Oscars.

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