Les grands yeux: un portrait convenu

Le beau parleur Walter Keane (Christoph Waltz) va... (Photo fournie par les Films Séville)

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Le beau parleur Walter Keane (Christoph Waltz) va exploiter le talent de sa femme (Amy Adams) au point d'usurper son identité pour vendre ses toiles, qui ont connu un grand succès dans les années 60.

Photo fournie par les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Pour le cinéphile, un long métrage de Tim Burton est habituellement une extravagante fête visuelle, souvent baroque. Le sujet des Grands yeux (v.f. de Big Eyes) - le parcours tortueux de l'anonymat jusqu'à la reconnaissance de la peintre Margaret Keane - s'y prêtait, croyait-on.

Pourtant, le fantaisiste réalisateur de Bételgeuse et d'Alice au pays des merveilles livre un portrait convenu et bien parcimonieux des éléments qui caractérisent habituellement sa signature.

Il semble bien que Burton ait été incapable de faire éclater les codes du drame biographique. Son récit, avec lequel il prend certaines libertés factuelles, commence en 1958, au moment où Margaret (Amy Adams) quitte son mari avec sa fille. Elle aboutit à San Francisco où la monoparentale rencontre rapidement Walter Keane (Christoph Waltz), un peintre du dimanche qui rêve de devenir artiste.

Le beau parleur prend sous son aile la jeune peintre, qui manque terriblement de confiance après avoir été «une fille, une épouse puis une mère». Ce nouveau mari égocentrique va rapidement exploiter le talent de sa femme, qui peint des toiles énigmatiques mettant en scène des orphelins aux grands yeux. À défaut d'aptitudes avec les pinceaux, Walter va s'avérer un redoutable as de la commercialisation auquel Andy Warhol n'arrive pas à la cheville. Détail important: ce fieffé arriviste usurpe la signature de sa femme, qui se laisse convaincre d'évoluer dans l'ombre.

Margaret, manipulée et abusée, devient prisonnière de la cage dorée de leur formidable réussite et de ce mensonge érigé en système. Le réalisateur met bien en évidence la non-existence de la femme dans une société patriarcale qui bafoue ses droits les plus élémentaires, surtout en tant qu'artiste. Il démontre aussi la faiblesse de caractère de Margaret, empêtrée dans la toile tissée par son salaud de mari. Mais il peine à illustrer son propos sur l'opposition entre l'art institutionnel (même avant-gardiste) et l'art populaire.

Histoire de banlieue

Burton retrouve avec ce film un décor familier, exploité, entre autres, dans Edward aux mains d'argent, celui de la banlieue américaine et des aspirations modestes de ses habitants. Ainsi qu'un thème récurrent, celui d'un personnage confronté à la méchanceté du monde - bien que Margaret n'ait rien de marginale, au contraire.

C'est toutefois le traitement choisi par Burton, malgré l'esthétique rétro kitsch de ses images, qui détonne. Pas de fantaisie ici, ou si peu. Et son parti pris de réalisme dérape soudainement vers la fin, lors du procès entre les deux époux, dans une grotesque scène de tribunal qui verse dans la caricature.

Christoph Waltz, pourtant aussi bon que d'habitude dans la peau de cette petite crapule imbuvable, verse en plus dans un cabotinage éhonté. On décroche complètement. La performance d'Amy Adams, quand même inspirée et subtile, n'est toutefois pas aussi renversante que d'autres rôles comme ceux d'Arnaque américaine (David O. Russell) ou du Maître (P.T. Anderson).

Étant donné le sujet et les acteurs en présence, Les grands yeux est un film correct, sans grande inspiration. En fait, on ne se serait jamais attendu à ça: Tim Burton qui livre un «feel good movie». Mais où va le monde?

Au générique

Cote: ***

Titre: Les grands yeux

Genre: drame biographique

Réalisateur: Tim Burton

Acteurs: Amy Adams et Christoph Waltz

Salles: Beauport et Clap (v.o.s.-t.f.)

Classement: général

Durée: 1h45

On aime: l'esthétique, le sujet

On n'aime pas: le manque d'audace, le jeu parfois caricatural

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