Les maîtres du suspense: vaudou au coeur des bayous

Antoine Bertrand, Michel Côté et Robin Aubert... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Antoine Bertrand, Michel Côté et Robin Aubert

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Ce n'est pas pour rien si Les maîtres du suspense prend l'affiche au début de la période des Fêtes, en même temps que le dernier chapitre du Hobbit. Le film compte sur un trio d'étoiles: le «monstre sacré du cinéma québécois» en Michel Côté, la «nouvelle coqueluche» en Antoine Bertrand et le talent à l'état pur en Robin Aubert. Et un réalisateur, Stéphane Lapointe, qui accumule les succès au petit écran d'Infoman à Tout sur moi, dont il a tenu la barre pendant cinq ans. Avec son deuxième film, il propose une comédie noire sur fond de trafic et de vaudou dans les bayous louisianais.

Stéphane Lapointe aime beaucoup les amalgames et pas vraiment les étiquettes. Les maîtres du suspense en est le reflet. Bien sûr, il s'agit d'une comédie. Mais comme pour le jazz et le rock, le spectre est large, indique le réalisateur originaire de Québec - où il a résidé jusqu'à sa participation à la Course Destination Monde en 1995-1996. «J'avais envie de trouver une histoire qui va surprendre», dit-il en entrevue dans un resto dont le décor évoque le faste de La Nouvelle-Orléans.

Il avait le goût de transposer ses personnages «au bout du monde», un peu comme Depardieu et Pierre Richard qui se retrouvent au Mexique dans La chèvre (1981). Mais il y avait aussi une raison scénaristique. «Le fait français m'a attiré. Ça permettait que les personnages ne parlent pas anglais tout le temps.»

Évidemment, tourner huit jours à l'extérieur pour un film québécois ne relève pas de la sinécure dans un contexte budgétaire serré. Marie-Claude Poulin savait à quoi s'attendre, elle qui a produit Rebelles de Kim Nguyen. Et ça valait la peine, croit celle qui est aussi originaire de Québec: «Ça contribue à augmenter le cachet du film.»

D'autant qu'il s'attarde à un sujet pas toujours facile à illustrer: les livres. Et sur le fait que certains en produisent à un rythme fou. En comptant le nombre de briques écrites par Stephen King, l'écrivain Stéphane Dompierre et Stéphane Lapointe se sont amusés à imaginer que non seulement l'auteur de Shining avait des écrivains fantômes, mais qu'eux-mêmes avaient aussi des écrivains fantômes.

Il n'en fallait pas plus pour imaginer Hubert Wolfe (Côté), dont les polars à succès lui permettent de mener le gros train de vie. Mais il n'a pas écrit une ligne depuis 12 ans. Dany Cabana (Aubert) agit comme écrivain fantôme. Lorsque sa femme le plaque, l'auteur trash au tempérament explosif perd ses moyens à son tour. Il sous-contracte Quentin Wilson (Bertrand), un éducateur à la garderie de son fils à l'imagination débordante. C'est une histoire de coeur de ce dernier qui entraînera le trio dans une sombre affaire dans les bayous. Polar, vous avez dit polar?

En représentation

Un scénario qui permet d'établir «trois personnages d'horizons très différents, mais qui vivent chacun une dynamique particulière avec une femme, explique le réalisateur. C'était une façon d'aborder des thèmes qui me sont chers, comme le dépaysement, l'amour...» Et le fait qu'à l'heure des médias sociaux, nous sommes, plus que jamais, en constante représentation.

La vie d'Hubert Wolfe n'est plus qu'un mensonge, qui lui donne de plus en plus le vertige. «Il nourrit son mythe. Notre monde exige beaucoup de nous, il faut atteindre la perfection. Lui, il est coincé. On l'a aimé pour ses premiers romans, mais sa vie a changé. Ça arrive à plusieurs artistes. U2, les gars sont rendus ailleurs, mais ils continuent à faire les mêmes affaires. Et ils ne le sentent plus. Moi, j'aime les artistes qui font ce qu'ils sont. Comme David Bowie, qui s'est transformé toute sa vie.»

Dans le cas du romancier vaniteux et exécrable des Maîtres du suspense, il faudra l'amour d'une femme pour que son imposture devienne insupportable. «Il risque de perdre tout ce qu'il a. Ça parle aussi des folies qu'on est prêt à faire pour l'amour», quelle que soit sa nature. «Il fallait quelqu'un avec le charme de Michel pour défendre un personnage comme ça», souligne Stéphane Lapointe.

Son deuxième long métrage après La vie secrète des gens heureux (2006) a servi de prétexte à «rapatrier» tous ses coups de coeur. À commencer par les acteurs, mais aussi la relation entre Quentin et sa mère acariâtre dans une demeure qui sort tout droit de Psychose (1960). «C'est un clin d'oeil à Hitchcock, le premier maître du suspense», avoue le réalisateur de 43 ans. Sa passion pour la musique a également nourri le film.

Et son désir d'amalgamer des genres différents, on n'y échappe pas. À preuve, il a proposé récemment une série à TVA qui mélange la comédie et le paranormal! Rien de moins.

Stéphane Lapointe travaille aussi à l'écriture d'un scénario avec le dramaturge, poète et auteur Simon Boulerice, connu pour son univers déjanté et ses choix artistiques audacieux. Ça risque d'être spectaculaire...

Les maîtres du suspense prend l'affiche le 17 décembre.

Des personnages et leurs maîtres

Michel Côté

Rôle: Hubert Wolfe, un auteur à succès vaniteux qui confie, depuis 12 ans, la rédaction de ses polars à un écrivain fantôme.

«C'est mon premier film depuis Omertà (2012) [et son Jutra hommage en 2013]. J'essaie d'être sélectif. Le scénario était super intéressant. Il démontre la soif intarissable [des gens] pour la gloire et l'argent. Est-ce compatible avec la sincérité et l'honnêteté? Il y a des parallèles à tracer avec la politique, mais aussi avec l'amour. Ça m'a beaucoup attiré. Comme le fait aussi que c'est un trio de [personnages], un vrai travail d'équipe où personne n'est en vedette. J'avais déjà joué avec Robin dans De père en flic. Avec Antoine, j'étais pas inquiet, je savais que ça allait cliquer (rires). C'est un film qui se veut réaliste, qui a un intérêt dramatique soutenu. C'était délicat, il ne fallait pas caricaturer les personnages. Les projets? Je ne sais pas encore si La théorie du K.O. va revenir. Sinon, j'ai deux autres projets de films. J'aimerais en tourner au moins un. J'aime encore ça, même si je vais avoir 65 ans. Mais j'ai vraiment été privilégié [dans ma carrière].»

***

Robin Aubert

Rôle: Dany Cabana, l'écrivain fantôme de Wolfe et auteur prolifique méconnu qui brûle la chandelle par les deux bouts - un bum.

«J'étais content de retravailler avec Stéphane. On a fait un épisode de Tout sur moi où j'ai pu lâcher mon fou et ça l'a inspiré. Et quand on t'offre l'opportunité de travailler avec Michel et Antoine, tu serais un fieffé fou [de refuser]. Hubert et Dany sont complémentaires, l'un ne va pas sans l'autre. Mais Dany est comme un presto qui doit laisser sortir de la pression. Il ne fallait pas que je sois trop dans la comédie. Le gars est en instance de divorce et il a le syndrome de la page blanche pour la première fois de sa vie. [Malgré tout], je ne voulais pas tomber dans le personnage super angoissé. Même si on me donne souvent des rôles de gars écorché (Amsterdam, Temps dur à la télé), j'aime la comédie. Je me levais le matin pis j'avais le goût d'aller travailler. Pour moi, c'est un film d'amitié dans le sous-texte.»

***

Antoine Bertrand

Rôle: Quentin Wilson, éducateur dans la garderie familiale, il se réfugie dans des mondes imaginaires pour fuir sa mère acariâtre et devient la roue de secours des deux auteurs en panne d'inspiration.

«J'ai lu le scénario d'un trait - j'y retrouvais l'humour et la folie de Stéphane [Lapointe]. J'étais attaché aux personnages. Quand j'ai su pour Michel et Robin, ça a confirmé mon feeling: je trouvais que la distribution était parfaite. Pour Quentin, j'avais assez d'éléments pour bâtir son univers - entre Norman Bates et Caillou! Ça représentait un gros défi parce que le film est réaliste et que c'est une drôle de bibitte. Quand on cherchait le ton, il n'y avait pas de problèmes avec les enfants, il est bien dans la peau. Mais avec les adultes, tout se fige, il n'y a plus rien qui sort. Et le personnage passe de l'enfance à l'âge adulte en une heure et demie, il fallait le faire sans manquer une marche. J'ai essayé différentes choses à chacune des prises. [Heureusement], Stéphane avait une vision très claire de ce que Quentin apporte à l'histoire. Si je ne lui avais pas fait confiance, j'aurais été un peu perdu. Je pense que ça fonctionne. En comparaison, ça a été beaucoup plus facile de jouer Louis Cyr.»

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