Jean-Marc Vallée: à bord d'un train express

Jean-Marc Vallée a utilisé une image très proche...

Agrandir

Jean-Marc Vallée a utilisé une image très proche de l'actrice pendant les 25 jours de tournage sur le sentier.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Lorsque Reese Witherspoon a lu l'autobiographie de Cheryl Strayed, l'actrice de 38 ans a immédiatement su qu'elle en ferait un film. Mais avec qui? Son mari, qui est l'agent de Matthew McConaughey, a pensé à Jean-Marc Vallée. Après avoir vu une copie de travail de Dallas Buyers Club, en août 2013, Witherspoon a expédié une copie du scénario et un exemplaire du livre au réalisateur québécois. Deux mois plus tard, la production de Wild débutait. À la veille de sa sortie, Le Soleil a discuté avec Vallée de ce film qui résonne profondément en lui et de son train qui fonce à toute allure sur les rails de la production cinématographique.

Le livre de Strayed a profondément ému Vallée - les deux ont perdu leur mère à la suite d'un cancer fulgurant. Lorsqu'il a rencontré l'auteure, il lui a dit que les esprits de leur mère se côtoieraient dans le long métrage. Mais il y avait plus.

«C'est ce que Cheryl représente, dit, raconte, sa prose, ses mots, sa façon brutale de parler d'elle. Elle est tellement honnête. C'est rare ce courage de s'exposer avec tous ses défauts et de le faire avec autant d'humanité, de finesse, de poésie, même. Qui dit que sa mère est l'amour de sa vie? Mais quand j'y pense, je peux dire la même chose», explique-t-il.

Vallée était aussi fasciné par le récit de Strayed, qui se lance sur le sentier de la rédemption au cours d'une randonnée de 1800 km sur la Pacific Crest Trail. Cette marche solitaire est entrecoupée de retours en arrière sur le décès de sa mère, sa consommation d'héroïne, son divorce; bref, sa descente aux enfers.

Quand on lui fait remarquer qu'il semble avoir un faible pour les marginaux dans son oeuvre, il acquiesce. «C'est sûr. J'aime les underdogs, les gens qui ont à se battre. Sinon, c'est plate si tout est de la même couleur. J'aime ça dans les films, les personnages qui s'exposent. Avec le recul, je ne fais pas une analyse, mais ça peut ressembler à ça.»

Wild est aussi un film particulier, dans la lignée de Seul en mer de J.C. Chandor, où un seul personnage se confronte aux éléments et où la nature joue un rôle prépondérant. Comme le disait Yves Bélanger, le directeur photo, les deux hommes voulaient traiter le paysage comme un visage et le visage comme un paysage. Les deux hommes ont évidemment choisi de tourner en lumière naturelle, avec une caméra très proche de Whiterspoon. «J'étais comme un enfant pendant les 25 jours de tournage sur le sentier», expliquait Vallée lors de son passage au Festival de Toronto (TIFF).

«On n'essayait pas de créer un style d'image, avec un type de lumière et un look: simplement de capturer la réalité, peu importe les éléments, a-t-il précisé cette fois. C'est de s'adapter à ce que les lieux de tournage offrent et de mettre les acteurs dans ces espaces et leur permettre de bouger partout où ils veulent. Ça donne une impression de réalisme et d'authenticité.»

L'importance de la musique

Une impression accentuée par la façon dont Jean-Marc Vallée se comporte sur le plateau, guidant son directeur photo en fonction de ce qui déroule sous leurs yeux. Et qui se prolonge dans l'utilisation de la musique, qui occupe, comme d'habitude chez le réalisateur de 51 ans, une place prépondérante. En particulier El Condor Pasa, de Simon & Garfunkel, qui agit comme un leitmotiv.

Mais pas question d'une trame sonore qui vient artificiellement accentuer le caractère dramatique. «Ce que les personnages entendent, c'est ce qu'on entend.» Et même si le film se déroule en plein air, il y a plus de musique dans Wild que dans Dallas Buyers Club (2013), son précédent.

«Il n'y a pas de musique sur la trail. Quand elle fredonne ou qu'elle essaie de se rappeler une toune, il y a une chanson qui va jouer en fantôme pour qu'on ait l'impression que ça vient de sa tête. Autrement, la musique est justifiée par les retours en arrière, celle qui joue dans son appartement ou dans sa voiture», explique le réalisateur.

Le jour de l'entrevue téléphonique, on sentait une certaine lassitude dans la voix de Vallée. Vrai qu'il vient d'enchaîner Dallas..., Wild et Demolition (avec Jake Gyllenhaal) à un rythme d'enfer. Il avoue qu'avec ses projets, notamment sa biographie de Janis Joplin avec Amy Adams (Arnaque américaine), son agenda est plein pour les «quatre, cinq prochaines années».

Même s'il trouve la chose «prenante», il se dit en parfait contrôle. «Je suis sur un train express qui roule pis je suis dedans et je suis bien. Les enfants [il en a deux] montent à bord souvent, puis ils redescendent. Dès fois, c'est moi qui descends. Il y a toujours moyen de moyenner.»

À distance, on a l'impression que le réalisateur s'est installé à demeure à Hollywood. Pas du tout. Vallée fait toute sa post production à Montréal, pendant de longs mois. Il y revient «toujours» quand il n'est pas en tournage à l'extérieur. «C'est ma maison, mon monde, ma famille. Je ne déménagerais jamais. J'ai 51 ans, je suis installé. Pis ma vie, c'est Montréal. Après les tournages, j'ai juste hâte de revenir.»

Tant mieux.

Reese Witherspoon dans Wild... - image 2.0

Agrandir

Reese Witherspoon dans Wild

La transformation de Witherspoon

La chose n'a échappé à personne dans la presse spécialisée. Avec Wild, Reese Witherspoon poursuit sa transformation de jeune première angélique à actrice sérieuse - film qu'elle coproduit d'ailleurs. Sa mission: une présence féminine accrue dans de bons rôles non stéréotypés. Et pour ça, la femme de 38 ans était prête à repousser ses limites, notamment en jouant des scènes de cul très crues et sordides.

En 2006, Witherspoon remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour son incarnation de June Carter dans Walk the Line. Avec la consécration ne sont pas venus que les beaux rôles. Au contraire. Elle a tout de même obtenu des personnages forts dans Mud (Jeff Nichols, 2012) et Le beau mensonge (Philippe Falardeau, 2014), mais il s'agissait de rôles de soutien.

Reste que depuis la statuette dorée, plus ça allait, plus la qualité des rôles s'avérait «médiocre». «Je me suis assise avec la tête dirigeante de chaque studio et leur ai demandé quels étaient leurs projets. À l'exception d'un studio, personne n'avait rien en préproduction avec un premier rôle féminin», a-t-elle expliqué récemment en entrevue à Indiewire.

Femmes fortes

L'actrice a décidé de prendre les choses en main et de fonder sa propre boîte de production avec Bruna Papandrea. Lectrice vorace, Witherspoon s'est mise à dévorer des livres avec des femmes fortes, dans le but d'offrir de meilleurs rôles aux actrices hollywoodiennes. Deux livres ont retenu son attention: Gone Girl (Les apparences) de Gillian Flynn et Wild:From Lost to Found on the Pacific Crest Trail de Cheryl Strayed.

Le deuxième, devenu livre-culte depuis sa publication en 2012 (traduit en 30 langues), raconte l'odyssée de Strayed sur les 1800 kilomètres du sentier de la PCT pendant trois mois. Il s'agit d'une catharsis pour surmonter le deuil de sa mère, dont la mort l'a entraînée dans la déchéance.

L'actrice hésitait entre les deux personnages, mais le réalisateur David Fincher (Seven) a réglé le cas en lui indiquant qu'il ne la voyait pas du tout jouer Amy Elliott dans Les apparences (Rosamund Pike a obtenu le rôle). Ça n'a pas empêché Witherspoon de produire le film, ainsi que Wild, dans lequel elle joue le rôle principal.

Une situation qui n'a pas dérangé Jean-Marc Vallée. «Non. Elle a su mettre les bons chapeaux aux bons moments. Elle me faisait confiance comme réalisateur. Il n'y avait pas de pression supplémentaire. Elle faisait ce qu'elle avait à faire comme actrice : s'abandonner et s'exposer nue, au sens propre et au figuré», a expliqué le réalisateur en entrevue au Soleil.

«Je voulais que ce soit véridique, cru et réel», a indiqué Witherspoon au magazine Vogue. Mais les scènes de sexe, honnêtement, «je ne voulais pas les faire», a-t-elle indiqué au Hollywood Reporter. «Mais je devais faire un choix comme artiste. Cheryl a été assez brave pour tout raconter dans son livre - même les parties qui la rendaient probablement très mal à l'aise. Je ne pouvais honorer et rendre justice à son récit si je choisissais seulement les parties avec lesquelles j'étais à l'aise.»

N'empêche: la réalité du récit l'a rattrapée, notamment une scène où elle baise avec deux hommes en même temps. L'actrice a utilisé un hypnotiseur pour calmer ses nerfs. La présence de l'auteure sur le plateau l'a également guidée. Et pas seulement pour les scènes de sexe explicites (mais pas racoleuses): pour celles aussi où elle s'injecte de l'héroïne.

Compte tenu de la nature du film, où l'actrice marchait à longueur de journée, le tournage s'est évidemment avéré très physique. D'autant que Vallée n'a pas voulu que Witherspoon s'entraîne et a refusé qu'elle touche au sac à dos d'une vingtaine de kilos, surnommé affectueusement Monster. Parce que le réalisateur québécois voulait capturer ses difficultés sur film.

Le processus de métamorphose de Reese Witherspoon pourrait bien donner des dividendes autres qu'en espèces sonnantes et trébuchantes. Grâce à leurs performances renversantes, il se pourrait bien que Rosamund Pike et elle soient en compétition pour l'Oscar de la meilleure actrice. Mais ce n'était pas le but, jure-t-elle. «Je ne fais jamais un film dans le but de remporter une récompense», a déclaré Witherspoon, au Festival de Toronto (TIFF). «Je voulais surtout rendre hommage à Cheryl.»

Reese Witherspoon est, elle aussi, ressortie transformée par l'épreuve et plus déterminée que jamais à raconter des histoires de femmes. Sa compagnie pousse l'adaptation de deux livres, dont l'un avec Nicole Kidman dans le rôle principal (Big Little Lies de Liane Moriaty).

Witherspoon a aussi complété une comédie où elle partage la vedette avec Sophia Vergara (Machette Kills), réalisée par Anne Fletcher (Les chemins de la culpabilité). Don't Mess With Texas raconte la fuite d'une policière et d'une détenue, un canevas à la Midnight Run (1988). La sortie est prévue pour le 8 mai 2015.

Wild prend l'affiche le 19 décembre.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer