J.K. Simmons et Miles Teller: les duellistes

Miles Teller joue un jeune batteur de jazz,...

Agrandir

Miles Teller joue un jeune batteur de jazz, tandis que J.K. Simmons interprète un maestro impitoyable et abusif dans le film Whiplash.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Toronto) Whiplash est certainement la révélation cinématographique de 2014. Un premier long métrage exaltant et électrisant avec une signature forte, celle de Damien Chazelle. Or, selon le réalisateur, qui fait un peu excès de modestie, ce sont les interprètes qui ont assuré le succès du film - d'ailleurs J.K. Simmons a raflé lundi le prix du meilleur second rôle décerné par la critique new-yorkaise. Le Soleil a rencontré les deux acteurs au Festival de Toronto (TIFF) pour discuter de ce duel sado-maso entre un élève anxieux et un mentor retors.

Assis autour d'une table ronde qui réunit une dizaine de journalistes, la complicité de Miles Teller et de J.K. Simmons, ainsi que le savoureux sens de l'humour de ce dernier, font fortement contraste avec leurs rôles.

Whiplash met en scène le difficile apprentissage d'un jeune batteur jazz prometteur, Andrew Neiman (Teller). Inscrit dans l'une des meilleures écoles américaines, il se trouve sous la férule d'un maestro impitoyable et abusif, Terence Fletcher (Simmons). Ce dernier rêve de former un musicien exceptionnel et tente de pousser ses élèves à aller au-delà d'eux-mêmes. Rien n'arrête l'odieux personnage dont les abus de langage feraient rougir Eminem. Pas même tirer une chaise à la tête de son protégé.

Probablement que quand Fletcher était jeune, «il rêvait de devenir l'idole d'une génération, mais il n'avait pas cet extra que possèdent les grands comme Charlie Parker. En devenant professeur, son seul but devient d'être celui qui va trouver ce don chez un élève et l'extirper, même si les tripes viennent avec», explique J.K. Simmons. Quitte à franchir toutes les lignes rouges de la violence psychologique avec Andrew.

Très physique

Simmons, crâne rasé, de noir vêtu et tout en muscles, incarne un prof tellement intimidant physiquement qu'il ressemble à un sergent qui terrorise une recrue dans les Marines. «J'étais content de m'être remis à l'entraînement quand j'ai lu le scénario», confie l'acteur pour qui il s'agissait presque d'un contre-emploi après ses rôles de «gentils» des dernières années, notamment dans les Spider-Man de Sam Raimi.

Whiplash est un film très physique. Dans les affrontements entre les deux hommes, qui induisent une tension presque insupportable. «On n'a répété presque aucune scène. Ils sont tellement passionnés que tu ne veux pas gâcher cette énergie en répétant», indique Miles Teller. Tellement intense, qu'il a cassé deux côtes à son partenaire lors d'un combat où Andrew perd complètement les pédales.

Cette progression dramatique cumule tout de même à la fin, dans une remarquable finale d'une dizaine de minutes, où les deux acteurs ne parlent pratiquement pas. «Dans le scénario original, il y avait plus de dialogues. En tournant, on s'est rendu compte que ça ne marchait pas», souligne J.K. Simmons.

Avant d'en arriver là, il fallait toutefois montrer les efforts phénoménaux d'Andrew derrière la batterie, qui joue de ses mains meurtries jusqu'à ce que le sang coule sur les cymbales et les peaux des tambours.

«C'était vraiment épuisant», témoigne Miles Teller - heureusement que le tournage n'a duré que 19 jours! Le jeune acteur explique qu'il lui arrivait de continuer à marteler sa batterie même après que le réalisateur eut dit «Coupez». C'était la seule façon, croit-il, de ressentir, et de traduire, jusqu'à quel point Andrew pousse ses limites physiques à l'extrême. «Je ne pouvais pas faire semblant.» Selon lui, le réalisateur a d'ailleurs su capturer son jeu très «animal» lorsqu'il était assis sur le tabouret du batteur.

Entre Kubrick et Leone

Ce violent apprentissage illustré dans Whiplash, Damien Chazelle l'a connu - il s'est inspiré de ses études à New York. «Je suis devenu un batteur 20 fois meilleur que je ne l'aurais jamais été, mais en même temps, je me suis rendu au bout de ma corde», a-t-il confié en entrevue. Il compare cet entraînement, mi-blagueur, mi-sérieux, à celui que vivent les soldats dans Full Metal Jacket de Kubrick (1987).

Mais pour J.K. Simmons, il faut plutôt regarder du côté d'un autre grand cinéaste : Sergio Leone, dans l'utilisation des regards. «Nous n'avions aucune idée qu'il prenait ces gros plans extrêmes et qu'il y en aurait autant dans le film.» Ceux-ci sont d'autant plus percutants qu'ils sont opposés à des plans-séquences très statiques, illustre l'acteur.

Miles Teller a, quant à lui, apprécié grandement la liberté de création sur le plateau. Dans un film indépendant, «le sort de ton personnage repose plus entre tes mains, tu n'as pas à plaire à plein de gens».

J.K. Simmons est du même avis. «C'était la beauté de travailler avec Miles et Damien. Le script était brillant. Mais Damien était totalement ouvert à ce que nous pouvions améliorer dans le feu de l'action. Quant à Miles, sa capacité à écouter puis à s'ajuster est vraiment rare chez un aussi jeune acteur.»

Et ça se voit à l'écran. Ce qui explique la réception enthousiaste dans les festivals où Whiplash a remporté de nombreux prix. Et ça risque de continuer jusqu'aux Oscars.

Whiplash prend l'affiche le 12 décembre.

Le parcours semé d'embûches de J.K. Simmons

Miles Teller a déjà eu quelques bons rôles au cinéma (The Spectacular Now, Divergence) et son avenir s'annonce prometteur. J.K. Simmons, lui, a dû galérer avant de décrocher des rôles significatifs, dont celui de Whiplash, qui pourrait lui assurer une belle consécration et une nomination aux Oscars.

«À l'âge de Miles, je jouais dans les théâtres de Seattle. Je n'avais aucune idée que je voulais en faire une carrière jusqu'à ce que je me réveille au début de la vingtaine», explique l'homme de 59 ans. À cette époque, J.K. Simmons était en mode apprentissage auprès de «très bons metteurs en scène», espérant réussir à tirer son épingle du jeu. «C'était ce qu'il y avait de plus difficile : passer au travers.»

Il s'établit ensuite à New York, où il traverse des années de vache maigre. «Je me souviens d'un ami qui avait laissé un 20 $ sous mon répondeur parce qu'il savait que je ne pouvais pas payer le loyer. Je n'étais même pas capable de me trouver un emploi de serveur. Sincèrement, si j'avais eu un talent quelconque pour [un autre travail], je m'en serais servi.»

Finalement, J.K.Simmons a persisté et sa carrière a lentement pris son envol. Il devra toutefois attendre le milieu des années 90 avant d'obtenir un rôle consistant, celui du docteur Emil Skoda dans la série télévisée Law & Order. Il a depuis joué dans les trois Spider-Man de Sam Raimi et dans plusieurs films qui sont produits ou réalisés par son ami Jason Reitman, dont Juno et Haut dans les airs.

On appelle ça de la persévérance.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer