Tommy Lee Jones, au-delà du mythe

Tommy Lee Jones était convaincu que Hilary Swank... (Photo fournie par Mongrel Media)

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Tommy Lee Jones était convaincu que Hilary Swank était parfaite pour le rôle de la pionnière Mary Bee Cuddy. «Elle ne savait pas grand-chose des chevaux ou des mulets. Mais elle s'y est appliquée jusqu'à présenter une image absolument convaincante. Quand la plupart des acteurs se seraient dirigés vers leur roulotte, elle retournait chevaucher», a-t-il raconté.

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(Québec) À Cannes, Tommy Lee Jones s'est présenté à la très courue conférence de presse suivant la projection de The Homesman en sélection officielle avec l'enthousiasme du gars qui va se faire arracher une dent. Et pourtant, il y a beaucoup à dire sur sa deuxième réalisation, qui revisite le western et l'histoire américaine pour s'éloigner du mythe et se rapprocher de la réalité en traitant de deux thèmes qui restent généralement dans l'ombre: les femmes et la maladie mentale.

Le célèbre acteur (Hommes en noir) est un pur produit du Texas - le sang du cow-boy lui coule dans les veines. Sa première réalisation, Trois enterrements (2005), traite d'immigration et se déroule à la frontière avec le Mexique. Elle lui permet d'obtenir le Prix d'interprétation masculine à Cannes. Deux ans plus tard, il chausse ses bottes de shérif dans Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (des frères Coen), qui lui vaut une nomination aux Oscars.

Autrement dit, le western est profondément inscrit dans son ADN. Mais ce qui est surprenant, c'est le point de vue adopté dans ce nouveau film, semblable à celui de Clint Eastwood dans Impardonnable. L'acteur prend à revers le mythe de la frontière. La chevauchée vers l'Ouest ne conduit pas à la terre promise. Bien au contraire.

«Nous avons fait le meilleur film que nous pouvions. On n'a pas pensé au genre, mais à l'histoire américaine», a indiqué l'homme de 68 ans, aussi laconique que son personnage de rustre vagabond dans The Homesman. Luc Besson, l'un des trois coproducteurs, s'est fait plus précis: «C'est une vision de l'Amérique qu'on ne connaît pas, celle d'avant le rêve américain.» En fait, plutôt celle du rêve américain à ses balbutiements.

Le film se déroule en 1854 dans l'État du Nebraska, où les colons viennent s'établir en vue de jours meilleurs. Mais le climat est implacable. Les éléments, surtout le vent qui ruine les récoltes, ainsi que les épreuves (agressions, grossesses, famine...) font basculer trois jeunes femmes dans la folie.

Le trio est confié à Mary Bee Cuddy (Hilary Swank). La jeune pionnière fait du mieux qu'elle peut pour s'en sortir dans un environnement hostile, avec un souci de solidarité (qui fait contraste avec l'individualisme forcené de l'Ouest). La célibataire s'associe à George Briggs (Lee Jones) pour ramener en Iowa les trois malheureuses, où elles pourront trouver refuge.

Plutôt que de repousser les limites vers l'Ouest, l'équipage de fortune va plutôt repousser les siennes en retournant vers l'Est et la civilisation, tournant le dos à la nature sauvage.

Souci de réalisme

Dans ce contexte, il importait au réalisateur que son film soit le plus réaliste possible. Des livres de photos d'époque, notamment sur la maladie mentale, se sont avérés une importante source de référence pour l'esthétique du film. Notamment pour recréer ces grands espaces sans arbres.

Mais aussi pour que les personnages soient crédibles. «Les femmes dans les films d'époque sont habituellement des putes au grand coeur et aux cheveux technicolor, ou des épouses délaissées en tablier qui se tordent les mains devant un poêle à bois», a expliqué Lee Jones avec son franc-parler coutumier dans une entrevue récente.

Pour Hilary Swank, The Homesman n'est rien de moins qu'un film «féministe», une «magnifique lettre d'amour aux femmes». Tommy Lee Jones est d'accord. On peut voir dans ce long métrage les racines de la discrimination qui perdure, croit-il. «Il n'y a pas une femme qui n'a jamais souffert d'objectification ou été banalisée en raison de son genre. Et il y a des raisons pour ça.»

Tommy Lee Jones était bien conscient de cette dimension, de même que de montrer l'envers du décor de la conquête de l'Ouest. Mais ne comptez pas sur lui pour l'intellectualiser. À l'écriture du scénario, «nous avons discuté de tout ça, mais je vais laisser le film parler de lui-même», a-t-il indiqué à Cannes.

Épurer

Récemment, il a confié à La Presse Canadienne qu'il avait une vision «minimaliste» du film. «Vous arpentez les plaines. Il y aura trois éléments visuels: le ciel, la terre et l'horizon, qui est une ligne horizontale.» Des influences à ce style épuré? Tous les réalisateurs avec lesquels il a travaillé au cours de sa longue carrière.

«Les mauvais vont t'enseigner ce qu'il ne faut pas faire. Les bons vont te conduire dans la bonne direction. Et c'est la même chose pour tous ceux avec qui tu n'as pas travaillé, dont tu as vu le travail et que tu as appréciés ou dénigrés au fil des ans. [...] Mais tu cherches une porte, une fenêtre ou une voie vers ta propre originalité.»

The Homesman prend l'affiche le 5 décembre, en version originale sous-titrée en français.

Nouvelle métamorphose pour Hilary Swank

Le talent d'actrice d'Hilary Swank défie souvent l'entendement. Mais il y a beaucoup de travail pour incarner à la perfection ses personnages. Pour Boys Don't Cry (1999), son premier Oscar, elle s'est glissée dans la peau d'un homme pendant un mois. Pour La fille à un million de dollars (2004), son deuxième Oscar, elle s'est astreinte à une diète et à un rude entraînement pour ajouter neuf kilos de masse musculaire à sa frêle ossature. The Homesman - son troisième Oscar? - n'a pas fait exception, révèle Tommy Lee Jones.

Dès le départ, le réalisateur était convaincu qu'elle était «parfaite» pour le rôle. Ce qu'il a vu ensuite a toutefois forcé son admiration. «Elle travaillait à longueur de journée. Elle ne savait pas grand-chose des chevaux ou des mulets. Mais elle s'y est appliquée jusqu'à présenter une image absolument convaincante. Quand la plupart des acteurs se seraient dirigés vers leur roulotte, elle retournait chevaucher», a-t-il illustré dans une entrevue au L.A. Times.

Mais selon la femme de 40 ans, la direction d'acteurs du réalisateur a aussi beaucoup à voir avec son interprétation saisissante de Mary Bee Cuddy. «Il est extraordinaire», s'est d'ailleurs exclamé Hilary Swank avec conviction, au Festival de Cannes. «Il lui suffisait de quelques mots pour nous faire comprendre ce qu'il voulait à l'écran.»

Le contexte du tournage a aussi fortement aidé à recréer le quotidien de cette pionnière généreuse et forte mais vulnérable. L'équipe a en effet été confrontée, dans le désert du Nouveau-Mexique, à la brusquerie des éléments (vent, froideur, humidité).

«L'expérience a certainement infusé les défis sous-jacents à ce que ces gens éprouvaient. Mais nous pouvions rentrer à la maison, prendre un bain et un repas agréable pour nous garder sains d'esprit - ils n'avaient pas ce luxe. Mais ça nous a certainement permis de comprendre ce qui leur faisait perdre pied.»

Hilary Swank était évidemment heureuse de pouvoir jouer un rôle féminin prédominant avec de «fortes valeurs morales». «C'est ce qui m'intéresse comme artiste. J'ai sauté sur l'occasion.»

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