Limoilou, le film: le Québec rock'n'roll d'Edgar Fritz

Edgar Fritz a tourné Limoilou, le film en...

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Edgar Fritz a tourné Limoilou, le film en noir et blanc, en référence à des cinéastes aimés, mais aussi pour dépeindre des choses «dépressives» à propos de Québec.

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(Québec) Avec un titre comme Limoilou, le film, inutile de chercher midi à quatorze heures. Oui, l'action se déroule dans ce quartier atypique de la capitale reconnu autant pour son architecture caractéristique que sa faune colorée - on ne parle pas des animaux, ici. Mais Edgar Fritz n'a pas tant voulu faire le portrait de son coin de ville que «celui de la génération Y dans un quartier de Québec», explique le réalisateur de 35 ans en entrevue au Soleil. Et c'est assez rock'n'roll, merci.

Depuis 10 ans qu'il s'exerce au court métrage, Edgar Fritz n'allait pas laisser passer l'opportunité de faire un long, même avec trois fois rien. Nécessité fait loi : «J'avais une certaine liberté de faire ce que je voulais», constate-t-il. Notamment expérimenter des traitements différents selon les lieux, même pasticher les films muets.

Limoilou est donc un projet très personnel «inspiré des gens qui m'entourent» et de leur «effervescence». Quand il voit un film, Edgar Fritz dit d'ailleurs préférer être inspiré par les personnages que par une histoire, citant le cinéma de Marc-André Forcier et de Jim Jarmusch.

Le long métrage s'articule donc autour d'Olivier et de Grondin, deux rockeurs un peu glandeurs, qui tentent tant bien que mal de concilier leurs ambitions artistiques (assez réduites) avec les aléas de la vie, en particulier sur le plan amoureux. D'autres lignes narratives plus secondaires permettent de tracer un portrait plus impressionniste que réaliste.

Le réalisateur en a profité, par exemple, pour introduire plusieurs groupes locaux dans le film, histoire «de les mettre de l'avant». Mais il a aussi fait des choix esthétiques conséquents, comme le noir et blanc, avec une certaine critique sociale de Québec, tout en étant une référence «aux films que j'aime bien de [Gilles] Groulx, Godard et Jarmusch», dit l'ancien étudiant en cinéma du Cégep Garneau.

Il y a des choses «dépressives» à propos de Québec. «C'est pour ça, le noir et blanc. Ça veut dire que tout n'est pas rose. Un peu comme les dialogues, la plupart du temps absurdes. Oui, ça peut amuser le spectateur, mais il y a aussi que le discours général reste assez superficiel.»

Mais il y a aussi des choses représentatives, comme l'hiver. «Québec, c'est l'hiver. J'ai l'impression qu'il est toujours là.» Le tournage de 21 jours, en février et mars, n'a pas toujours été facile, mais Edgar Fritz y tenait.

L'emploi d'acteurs non professionnels, lui, a été dicté par des contraintes budgétaires. Il a choisi des gens qui venaient de l'improvisation ou même du burlesque (Christina Moscini, qui joue le rôle de Geneviève, la blonde d'Olivier). «J'aurais été plus exigeant dans ma direction d'acteurs [avec des professionnels]. Mais, en même temps, ils ont fait un beau travail et ça s'intégrait bien à la démarche du film.»

Événement rare

Un long métrage indépendant, réalisé à Québec, est un événement plutôt rare. Edgar Fritz est «super content» que le Clap lui offre l'opportunité de le présenter en salle. Il ne s'en fait pas trop à savoir si le film trouvera son public. «À partir de là, ça ne m'appartient plus.»

Le cinéaste de Québec a déposé récemment une demande d'aide à la scénarisation pour un prochain long métrage et travaille toujours à un autre film, Les pigeons célestes.

Critique

Un exercice de style brouillon

Riche idée que celle d'Edgar Fritz de tourner un long métrage entièrement basé dans un quartier de Québec où le microcosme sert de révélateur à un portrait de la génération Y. Malheureusement, son film en noir et blanc s'avère un exercice de style un peu vain et brouillon, tant sur le fond que sur la forme.

Dans Limoilou, le film, deux rockeurs un peu glandeurs (Jean-Sébastien Grondin et Alexandre Marchand) tentent de concilier leurs ambitions artistiques avec les aléas de la vie, en particulier sur le plan amoureux. Olivier vit une crise de couple avec Geneviève (Christina Moscini), qui s'estime délaissée. Grondin tombe amoureux de la fille d'un autre.

Ça ne va guère mieux dans le local de répétition où se succèdent les musiciens (le film sert aussi de prétexte à faire défiler les groupes de Québec devant la caméra). Le rêve de monter sur scène pour une première partie d'un groupe connu semble bien loin.

Le spectateur n'aura pas grand-chose à se mettre sous la dent pour ce qui est des personnages principaux, caricaturaux, et avec un récit extrêmement prévisible même s'il est échevelé. Sans parler de certains personnages secondaires qui frisent le ridicule, sans que ce soit particulièrement amusant. Quand une comédie fait à peine sourire, on appelle ça manquer sa cible.

En entrevue, Edgar Fritz disait vouloir peindre le portrait de sa génération, dans son quartier. S'il est représentatif de la génération Y, ce n'est que d'une partie de celle-ci, assez marginale, somme toute. Les millénaires (nés grosso modo entre 1980 et 2000) sont d'abord décrits comme technobranchés - ce n'est pas du tout le cas des personnages de Limoilou. On les caractérise aussi comme optimistes, engagés et très solidaires. Ici, c'est plutôt le contraire. Mais éternels ados, ça, ça va.

Edgar Fritz a voulu dépeindre Québec sans mettre de lunettes roses, une ville où les jeunes peinent à s'épanouir et à trouver leur place. Qu'on soit d'accord ou pas avec son constat, il demeure pertinent. Et sa finale fait quand même place à un certain optimisme.

Le réalisateur a voulu s'exercer à différents styles cinématographiques en fonction des lieux de tournage : ici, des plans-séquences caméra à l'épaule, là, des plans fixes, et même un pastiche des films muets... Le résultat est évidemment disparate et nuit à l'unité de l'oeuvre. C'est un foutoir sympathique, mais un foutoir quand même.

Et puis le non-jeu, si on peut appeler ça comme ça, des acteurs non professionnels relève... de l'amateurisme. À certains endroits, ça peut devenir, involontairement, très drôle.

Personne ne peut reprocher à Edgar Fritz d'avoir voulu créer une oeuvre très personnelle. Mais il doit aussi vivre avec le fait qu'elle n'aura pas une très grande résonance auprès des spectateurs. À moins, bien sûr, de faire partie de la gang tissée serrée de Limoilou. Les autres accueilleront le film avec un haussement d'épaules indifférent, au mieux, ou avec exaspération.  Éric Moreault

Au générique

Cote : **

Titre : Limoilou, le film

Genre : comédie

Réalisateur : Edgar Fritz

Acteurs : Jean-Sébastien Grondin, Alexandre Marchand et Christina Moscini

Salle : Clap

Classement : général

Durée : 1h30

On aime : Québec l'hiver, le noir et blanc

On n'aime pas : l'amateurisme des acteurs, la thématique schématique, l'éparpillement stylistique

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