Birdman: proche du sublime

Michael Keaton et Edward Norton sont inoubliables dans... (PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS)

Agrandir

Michael Keaton et Edward Norton sont inoubliables dans Birdman et leurs confrontations physiques sont d'une intensité qui prend aux tripes.

PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Il reste encore un mois et demi à l'année, mais Birdman s'inscrit assurément dans le haut du palmarès des meilleurs films de 2014. La réalisation s'avère brillante autant qu'éblouissante de maîtrise cinématographique. Et bien qu'il soit moins lourd sur le plan philosophique que les longs métrages précédents d'Alejandro G. Iñárritu, il offre une intéressante méditation sur la condition humaine, servie par de remarquables performances d'acteurs.

Le scénario est à la fois simple et intelligent. Riggan Thomson a connu ses heures de gloire dans le passé en incarnant Birdman. Le choix de Michael Keaton, qui a endossé la cape de Batman pour Tim Burton, est tout sauf innocent. L'acteur hollywoodien déchu tente de se redonner une crédibilité en adaptant Raymond Carver dans une pièce sur Broadway qu'il met en scène et dans laquelle il joue le rôle principal.

Sa tentative s'avère aussi pitoyable que la relation qu'il entretient avec sa fille Sam (Emma Stone), fraîche sortie de désintoxication, avec son agent ou avec sa maîtresse. Il doit même, en désespoir de cause, embaucher Mike (Edward Norton). L'acteur new-yorkais, un misanthrope égocentrique insupportable, le méprise ouvertement...

À la veille de la première, son angoisse est palpable tout comme sa peur de l'humiliation. Iñárritu illustre la peur de vieillir, mais aussi le désabusement et le cynisme qui l'accompagnent. La rédemption est-elle encore possible?

Le cinéphile connaît la virtuosité technique du réalisateur de 21 grammes et de Babel. Sa propension au film choral où convergent tous les fils narratifs. Ses plans construits comme des tableaux. Alejandro G. Iñárritu mise cette fois sur la simplicité, sans trop de personnages, avec une certaine légèreté, avec parfois même un humour grinçant et un réalisme poétique. Mais la façon de le faire est époustouflante.

Le long métrage est tourné en longs plans-séquences - un exploit en soi. Or, même en étant très vigilant, on se laisse prendre, les transitions sont presque toujours invisibles. On a l'impression de voir une seule séquence, du début à la fin. Fascinant. Et prenant. Les personnages gagnent en véracité. Et en proximité.

Car ce que met en lumière Birdman, ce sont toutes ces choses que nous faisons pour exister dans le regard des autres sans nous demander ce que nous faisons pour notre propre existence. Nous sommes constamment en représentation (comme Mike, qui ne vit réellement - beau paradoxe - que sur scène). Qui y a-t-il derrière le masque?

Le thème du double est omniprésent dans ce film. Riggin entend la voix crépusculaire (en hors champ) de Birdman et le voit même à quelques occasions. C'est la voix de sa (mauvaise) conscience, mais aussi de ses doutes et de ses démons. La tentation de la facilité - celle de reprendre son rôle de superhéros - est grande.

Birdman n'est pas un film spectaculaire, ni même flamboyant. Mais il mérite des nominations aux Oscars comme meilleur film et pour son incroyable réalisation. Quel talent! Mais Iñárritu a aussi su aller chercher le meilleur de ses acteurs.

Keaton et Norton (Fight Club), qui offrent de généreuses performances, sont inoubliables. Leurs confrontations physiques sont d'une intensité qui prend aux tripes. Cela dit, il ne faut pas oublier Stone (L'extraordinaire Spider-Man), une révélation dans la peau de cette fille paumée en manque d'amour. Naomi Watts et Andrea Riseborough ne laissent pas leur place non plus.

En fait, on approche du sublime avec Birdman. J'ai seulement tiqué un peu sur le soupçon de caricature dans la description de l'écosystème de Broadway et de ses acteurs. À l'évidence, Iñárritu n'a pas toute la touche magique pour la comédie qu'il démontre dans le drame. Mais quel puissant film!

***

Au générique

Cote: ****

Titre: Birdman

Genre: comédie dramatique

Réalisateur: Alejandro G. Iñárritu

Acteurs: Michael Keaton, Edward Norton et Emma Stone

Salle: Clap

Classement: 13 ans et plus

Durée: 1h59

On aime: la brillante mise en scène, la générosité des acteurs

On n'aime pas: un soupçon de caricature

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer