Les combattants: seuls au monde

«Faire un film, c'est imprimer sur la pellicule... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Faire un film, c'est imprimer sur la pellicule l'idée d'un monde. Comme les personnages dans le film. Ils inventent leur propre façon de vivre. Ils se font un film, en fait», croit le réalisateur Thomas Cailley.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Thomas Cailley a réussi tout un exploit au dernier Festival de Cannes: se distinguer. Les combattants est reparti avec quatre prix, l'accolade de la critique et du public. Ce premier film traduit de façon singulière et saisissante la peur diffuse de certains jeunes d'envisager l'avenir, à travers le destin croisé d'un couple que tout sépare. Le Soleil a discuté avec le cinéaste et avec l'actrice Adèle Haenel, quelques heures avant la première du film à Québec, jeudi soir.

Le film raconte l'histoire d'une rencontre fracassante, celle... (Photo © Nord-Ouest Films et Julien Pani) - image 1.0

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Le film raconte l'histoire d'une rencontre fracassante, celle d'Arnaud (Kévin Azaïs), une bonne pâte, un peu naïf, et de Madeleine (Adèle Haenel), une asociale qui s'intéresse au survivalisme en prévision de la fin du monde...

Photo © Nord-Ouest Films et Julien Pani

Les combattants est un film difficile à circonscrire - ce qui était l'intention de Thomas Cailley, qui n'avait pas le goût de «faire quelque chose qu'on a vu mille fois». En conséquence, «c'est très difficile de le réduire à un cadre, à un genre. Ça permet d'être radical et d'embrasser la vie dans sa diversité». Et de jouer autant avec les codes de la comédie romantique que ceux du film-catastrophe.

En fait, c'est l'histoire d'une rencontre fracassante, celle d'Arnaud (Kévin Azaïs), une bonne pâte, un peu naïf, et de Madeleine (Haenel), une asociale qui s'intéresse au survivalisme en prévision de la fin du monde...

Deux jeunes «ordinaires», loin des clichés parisiens. «Je ne viens pas de là. Je ne sais pas s'ils représentent quelque chose. Il faut que les personnages vivent d'eux-mêmes. Du coup, on ne les enferme pas dans des stéréotypes. Ça ne m'intéresse pas», explique-t-il.

On dit souvent que les amoureux sont seuls au monde. Dans Les combattants, il faut prendre l'expression au propre comme au figuré. Dans la dernière partie, le duo se réfugie dans une forêt, isolé de tous, alors que plane une catastrophe.

«La question de la survie est dans l'air du temps. On nage dans une époque où tout nous rappelle qu'il y a des risques partout. Même si c'est métaphorique dans le film, je trouve que ça a quelque chose de réel. Ils ont deux modes de survie opposés, mais complémentaires. Il est dans un instinct de conservation. Madeleine attend un combat. Elle est dans un instinct de guerre. Ils sont dans une boucle. Pour s'en sortir, ils doivent se rencontrer. Ce qui les rapproche, c'est qu'ils sont angoissés face à leur avenir. Ils doivent apprendre à vivre le moment présent.»

Angoisse du premier long-métrage

Une situation que le réalisateur de 34 ans était bien placé pour comprendre, avec son angoisse du premier long-métrage. «Mais en même temps, il y avait quelque chose d'excitant. Faire un film, c'est imprimer sur la pellicule l'idée d'un monde. Comme les personnages dans le film. Ils inventent leur propre façon de vivre. Ils se font un film, en fait», croit-il.

Parlant de faire un film, Thomas Cailley n'a pas peur de se réclamer de ses nombreuses influences - «je n'ai pas de maître à penser» -, très éclectiques. Pour Les combattants, ça va de L'impossible monsieur bébé (Howard Hawks, 1938) à E.T. (Steven Spielberg, 1982) et Rambo (Ted Kotcheff, 1982), «pour l'aspect survie et les couleurs dans la nature», en passant par L'enfance nue (Maurice Pialat, 1968), La vie de Jésus (Bruno Dumont, 1997), Last Days (Gus van Sant, 2005), La fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955) et Blood Simple (les frères Coen, 1985).

La peinture et la BD sont aussi conviées au processus créatif. «Mon frère [David, à la direction photo] et moi, on travaille sans se poser de questions, juste à l'envi. On colle plein de trucs sur un mur, des centaines.»

Cette façon de créer à partir d'une mosaïque d'inspirations, à la Xavier Dolan, n'empêche pas l'originalité, bien au contraire. Les combattants sort du lot en raison de son ton décalé. «Pour questionner le réel, il faut être un peu à côté et trouver des angles pour le regarder. On interroge la normalité, les conventions, et ça permet de saisir l'essence des choses. La comédie permet au spectateur de se mettre à la place qu'il veut. Du coup, ça crée des moments ambigus.»

Proche d'Adèle

Ces moments dont on ne sait pas trop s'il faut en rire ou en pleurer, le film en est parsemé. En grande partie en raison des comportements particuliers de Madeleine. Un personnage assez proche d'Adèle Haenel, révèle l'actrice de 25 ans, César de la meilleure actrice dans un second rôle, au printemps. Un peu farouche, en effet.

Mais «le personnage a une logique. Ses prises de décision découlent d'un constat. Ce qui me guide, c'est l'intuition, l'envie de se confronter au présent du tournage et de jouer avec mon partenaire.»

Ses choix de rôle n'ont donc rien à voir avec une carrière, à laquelle «je ne pense pas», mais bien au geste de création, «s'il y a un regard et une énergie dans le scénario». Ce qu'elle confirme ensuite en rencontrant le réalisateur. Dans le cas des Combattants, tout s'est fait en quelques jours. «On s'est compris très rapidement.»

Pour le plus grand bonheur des cinéphiles, qui découvriront l'un des meilleurs films français de 2014.

Les combattants prend l'affiche vendredi.

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