Volker Schlöndorff: désobéir

Tournage de Diplomatie... (Photo fournie par Les Films Métropole)

Agrandir

Tournage de Diplomatie

Photo fournie par Les Films Métropole

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Québec) Volker Schlöndorff avait promis à sa fille de 22 ans qu'il ne tournerait plus de film sur la Seconde Guerre mondiale. Ça, c'était avant que le réalisateur oscarisé du Tambour (1979) et du Neuvième jour (2004) lise le texte dramatique de Diplomatie. Le célèbre cinéaste, joint à Paris où il séjournait, a bien voulu expliquer au Soleil ce qui l'a convaincu de réaliser ce long métrage où on apprend que Paris a passé à deux doigts d'être complètement rasée par les nazis lors de leur fuite, en août 1944.

Niels Arestrup (le général Dietrich von Choltitz) et... (Photo fournie par Les Films Métropole) - image 1.0

Agrandir

Niels Arestrup (le général Dietrich von Choltitz) et André Dussollier (Raoul Nordling) reprennent au grand écran les rôles qu'ils ont interprétés plus de 300 fois sur scène. 

Photo fournie par Les Films Métropole

Q Qu'est-ce qui vous interpellait dans ce duel entre le général Dietrich von Choltitz et le diplomate suédois Raoul Nordling, qui met tout en oeuvre pour sauver Paris?

R Je ne savais pas que Paris était passée si près de la destruction. Bien que ce soit lointain, c'est encore quelque chose qui nous touche. [Nicolas] Sarkozy, quand il était au pouvoir, disait toujours qu'il fallait imiter le modèle allemand. Mais de quoi il parle? Il ne connaît pas l'histoire (rires)? Il y a des tas de choses qui m'ont sollicité, dont la ville. L'auteur de la pièce dit, à juste titre, que le troisième personnage, c'est Paris. Je me suis tout de suite imaginé ce qu'on voyait de la chambre de l'hôtel Meurice [où sont les deux hommes], mais aussi sous les 32 ponts qui sont minés. J'y suis venu pour la première fois en 1955, à 16 ans, et c'était tout un émerveillement. Dire qu'elle a presque connu le sort de Varsovie...

Q Ces images d'archives de Varsovie au début du film servent de rappel historique?

R C'est une idée qui nous est venue au montage, en regardant des images de la destruction de Varsovie, trois semaines avant. J'avais les plans qu'on peut imaginer du jour qui se lève sur Paris, une série de cartes postales. Mais on a rasé Brest, Varsovie, Rotterdam, alors pourquoi pas Paris? Ça m'a paru une entrée en la matière plus forte, plus cinématographique. Surtout que j'ai eu cette idée de combiner [ces images] avec Beethoven. Les Allemands sont une civilisation qui est capable du meilleur comme du pire - parfois en même temps.

Q Étiez-vous paralysé par la charge historique du récit?

R Heureusement, j'ai lu la pièce avant de me documenter. C'était du théâtre de boulevard - on riait beaucoup aux dépens des personnages. J'ai gommé ça, je trouvais que ça enlevait de la crédibilité. Mais c'était très nettement une rencontre fictive où on cherchait, par l'imagination, ce qui était vraisemblable. Ce n'était pas une investigation historique, mais une création libre.

Q Niels Arestrup (von Choltitz) et André Dussolier (Nordling) ont interprété la pièce plus de 300 fois. Était-ce un avantage qu'ils reprennent leur rôle ou pas?

R Ça, pour un réalisateur, ça fait plutôt peur. La caméra détecte la moindre routine, ce qui sent le réchauffé, l'inauthentique. C'est déjà assez difficile de créer l'illusion de la vie quand on travaille avec des acteurs tout frais, là, c'était encore plus difficile. Les acteurs en étaient parfaitement conscients. Je sentais qu'ils avaient besoin d'un autre metteur en scène pour retrouver la fraîcheur. On a construit le décor et nous avons fait une semaine de répétitions, les acteurs et moi. Nous avons ajouté une portion de réalisme et trouvé un autre ton. Comme on avait pas mal changé les dialogues, ils étaient bien obligés de les réapprendre. Ce travail nous a soudés. Il n'y avait aucune vanité entre les acteurs. Ça aurait été terrible s'il y avait eu une rivalité.

Q Mais les deux personnages, eux, se livrent une vraie guerre psychologique?

R C'est plus qu'une guerre, c'est un combat de plusieurs rounds. J'avais d'ailleurs divisé le scénario en cinq ou six mouvements. On s'effleure, on s'épie, puis il y a une attaque, question de donner du rythme. J'avais aussi accès à quantité de recherches historiques sur ce général, ses motivations, que j'ai pu introduire dans le texte.

Q Vous aviez donc une perspective allemande?

R (rires) À la première lecture, dans la cuisine d'André Dussolier, je lui ai dit en riant : «Tu es bien conscient que je suis du côté du général allemand.» Il était blême, comme s'il devait affronter un metteur en scène et un général... J'en ai connu, après la guerre, de ces officiers. Il était important pour moi de montrer que ce n'était pas un cliché, mais simplement un homme qui croit en ce qu'il fait, sans mauvaise conscience. C'est ce que j'appellerais la perspective intérieure.

Q Reste que c'est un film sur l'obéissance et le libre arbitre?

R Oui. Aucune armée ne pourrait fonctionner si les soldats pouvaient douter des ordres qu'ils reçoivent, et le général doit donner l'exemple. Mais, d'autre part, cette hiérarchie produit des horreurs. C'est l'armée qu'il faut mettre en doute et en cause. Il faut écouter sa conscience plutôt que les ordres. Pendant toute notre adolescence, tout le monde nous disait : «On ne pouvait pas faire autrement, c'était les ordres.» C'est bien d'avoir un exemple, même si c'était un nazi convaincu, qui désobéit. Personne ne peut se réfugier constamment derrière les ordres. Il y a une limite à tout. 

Diplomatie prend l'affiche le 21 novembre.

Réalité ou fiction?

La rencontre de Diplomatie se situe à l'aube du 25 août 1944, alors que les Allemands fuient Paris devant l'avancée des forces alliées. Comme l'indique le réalisateur Volker Schlöndorff, le récit synthétise la rencontre entre le général Dietrich von Choltitz et le diplomate Raoul Nordling pour des raisons dramatiques.

Les hommes ont eu des discussions ce mois-là concernant la libération de prisonniers politiques. Le nazi avait obtenu l'ordre de détruire Paris, mais jusqu'à quel point pouvait-il l'exécuter? Pas autant que dans la fiction. Von Choltitz avait aussi avantage à se donner le beau rôle pour faire oublier sa participation à la destruction de Rotterdam et de Sébastopol et ainsi négocier son statut de prisonnier à la libération.

Quel est le rôle exact de Nordling dans sa décision d'épargner Paris? Pas aussi important que celui attribué par le film, disent les historiens. Diplomatie est une interprétation, celle d'un cinéaste d'origine allemande, grand francophile, mais qui a, consciemment ou pas, livré une vision tronquée de la réalité. Bref, une fiction

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer