Tony Gatlif: amour et abominations

Le nouveau film de Tony Gatlif, Geronimo -... (Photo fournie par les Films du Losange)

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Le nouveau film de Tony Gatlif, Geronimo - une variation sur le thème de Roméo et Juliette -, aborde de front ces choses «abominables» que sont le mariage forcé et les crimes d'honneur.

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(Québec) La promo entourant la sortie de Geronimo a épuisé Tony Gatlif au point de le forcer à annuler son voyage au Québec. Dommage. Avec ses longs métrages comme Latcho Drom (1993) et Gadjo Dilo (1997), cet autodidacte et artiste touche-à-tout est devenu le chantre des Roms et un réalisateur à part. Son nouveau métrage, une variation sur le thème de Roméo et Juliette, aborde de front ces choses «abominables» que sont le mariage forcé et les crimes d'honneur. Le Soleil s'est quand même entretenu avec l'artiste de 66 ans, mais par téléphone.

Q Quelle a été votre source d'inspiration?

R Tous mes films sont des croisements d'idées et d'images. Pour celui-ci, j'ai travaillé à une époque avec Stéphane Hessel, ce résistant fantastique [auteur de l'essai Indignez-vous! 2010]. Il rencontrait des jeunes et leur disait "résister, c'est créer; créer, c'est résister". Je me suis mis à travailler avec ces mots en me disant que j'allais faire un film sur notre époque, mais à travers une partie de la jeunesse qui est laissée pour compte. J'avais envie de filmer leur vitalité et leurs problèmes. On ne s'occupe plus d'eux.

Q Jusqu'à quel point avez-vous puisé au grand drame de Shakespeare?

R Cette histoire de mariage arrangé, mon frère l'a vécue, je l'ai vécue. Mais dès qu'il y a un mariage forcé, on va tout de suite vers Roméo et Juliette ou vers Noces de sang de Garcia Lorca. L'amour interdit se retrouve beaucoup dans les mythes, la littérature et les chansons. Mon sujet est au croisement de ça, mais je parle d'une réalité, même si elle est rattrapée par le mythe.

Q Cette réalité, trop souvent taboue, est celle des mariages arrangés et des crimes d'honneur?

R Oui. C'est vraiment abomi-nable. Et ça existe un peu partout. La Turquie, par exemple, veut enlever cette tradition, mais elle ne réussit pas parce que le peuple l'a assimilée depuis des siècles. Il y a des familles, comme celle du film, où cette tradition a été cachée par les [aînés]. Puis, dans notre société, avec ces jeunes désespérés, ils vont se jeter là-dessus pour exister. C'est ça qui devient dangereux, quand on se repose sur ces archaïsmes. Mais c'est valable pour tout.

Q Le genre de situation qui enclenche une spirale de violence. Dans le film, la résistante à cette folie qui embrase les deux clans est une femme. Pourquoi?

R En fait, les héroïnes sont deux. La première, c'est celle qui est mineure et qui s'échappe de son mariage forcé. C'est complètement héroïque. La deuxième, plus vieille, c'est cette éducatrice qui gère ce quartier comme [travailleuse sociale] auprès des jeunes en difficulté. Elle est formidable.

Q Pourquoi s'appelle-t-elle Geronimo, qui, après tout, est un guerrier apache?

R Parce qu'à partir du moment où elle se nomme Geronimo, il y a tout le mythe, la légende qui arrive. Ça l'investit d'une force qui la dépasse. J'avais besoin de ça. Je ne voulais pas d'un nom anodin.

Q Vous avez choisi Céline Sallette (De rouille et d'os) comme interprète. Mais tous les autres sont des non-professionnels?

R Oui. C'est très important pour moi que les acteurs soient authentiques. Comme j'ai besoin que les scènes viennent d'une histoire qui a existé ou d'une scène que j'ai vue. C'est comme si la fabrication cinématographique me fait peur, j'ai besoin de prouver que ça existe. Ces jeunes ne trichent pas.

Q Un mot sur la musique, que vous composez habituellement et qui vous a valu deux Césars. Pourquoi pas cette fois?

R Ce sont des rythmes plus jeunes que je ne connaissais pas, notamment le hip-hop. J'ai agi comme directeur artistique. Je ne voulais pas de la musique comme accompagnement, mais qui existe comme un personnage de film et qui vient remplacer la violence que je ne veux pas montrer, qui est très photogénique, mais très répugnante en même temps. Pour échapper à ces images contrariantes, on a mis la musique à la place, qui devient plus violente. Elle crée la tension, parle à l'âme et rentre dans nos coeurs. Je voulais que la musique soit partie prenante du film et que ces rythmes deviennent le langage des jeunes.

Q Vous avez voulu que le film nous laisse sur une note d'espoir?

R C'est une revendication de cinéaste. Comme d'avoir une écriture cinématographique qui ne filme pas la violence telle qu'on la voit tout le temps. Même chose pour l'amour entre deux jeunes. De nos jours, on va trop loin et ce n'est pas une question de morale. Je voulais filmer leur intimité comme si la caméra n'existait pas et montrer un baiser seulement.

Geronimo prend l'affiche le 7 novembre.

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