Love projet de Carole Laure: la beauté et la dureté

Love projet peut «rejoindre bien des gens», croit... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Love projet peut «rejoindre bien des gens», croit Carole Laure. Autant les jeunes qui y sont décrits «que leurs parents».

Photo Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Carole Laure a beau mener une retentissante carrière cinématographique et scénographique, depuis plus de 40 ans, elle affichait un stress de jeune première lorsque Le Soleil l'a rencontrée en début de semaine, lors d'une chaleureuse et généreuse entrevue. Parce que Love projet est son oeuvre la plus aboutie, mais surtout la plus ambitieuse, une mosaïque qui peint le portrait des angoisses et du désir de croquer la vie à pleines dents de la génération Y.

Magalie Lépine-Blondeau joue Louise dans le film Love... (Photo Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.0

Agrandir

Magalie Lépine-Blondeau joue Louise dans le film Love projet de Carole Laure.

Photo Le Soleil, Erick Labbé

La réalisatrice a beau être ner­veuse, «franchement, je me sens à ma place». L'actrice, elle, n'écarte pas un retour devant la caméra, dans un de ses films ou celui d'un autre. Mais «il faudrait que ce soit un rôle qui montre l'âge que j'ai et ce que je suis maintenant», dit la sexagénaire, longs cheveux noir de jais et rides discrètes.

Mais Carole Laure se dit bien consciente de la difficulté, de nos jours, à attirer les spectateurs en salle. Love projet, croit-elle, peut «rejoindre bien des gens». Autant les jeunes qui y sont décrits «que leurs parents».

Love projet gravite autour d'une troupe d'artistes dans la fleur de l'âge qui monte un spectacle multidisciplinaire (chant, théâtre, danse). Même si la danse occupe une place prépondérante dans ses films, ce n'est pas tant celle-ci que le mouvement qui l'intéresse. «J'aime l'expression corporelle. C'est très important pour moi. Je vois le théâtre partout.»

D'où leur création qu'on voit naître dans le film, qui est autant le reflet de la théâtralité de cette génération qui se met constamment en scène que de leur ambition décomplexée par rapport au monde qui les entoure, mais aussi de leur anxiété en ce qui concerne l'engagement. Leurs amours et leurs échecs servent de ligne dramatique au récit.

«J'ai essayé de regarder autour de moi et de le traduire librement.» Soit de jeunes adultes branchés et bombardés d'information pour qui tout est possible. «C'est à la fois beau et dur. Et très angoissant. Je vois la vie comme je l'ai décrite là.»

Pas question, donc, de faire un film complaisant, encore moins une comédie proprette. Les personnages ont tous leurs failles, certains plus que d'autres. Notamment Julie (Natacha Filiatraut), une monoparentale totalement irresponsable envers son fils de sept ans, Diamond (Charles-William Ross). Carole Laure dit en avoir vu beaucoup comme Julie, enceinte trop jeune et démunie ensuite dans son rôle de mère. «Je trouvais ça intéressant de montrer des gens qui ne sont pas parfaits, sans les juger.»

Love projet se réserve aussi une certaine licence poétique avec ses personnages atypiques. Le petit Diamond, entre autres, qui se fantasme une vie de cow-boy. Il sera d'ailleurs «adopté» par un couple adepte de la danse en ligne country. «J'adore cet univers», dit celle qui a enregistré Western Shadows (1989), un album... country, comme l'indique le titre.

Mais Carole Laure indique avoir surtout été influencée, ces dernières années, par les séries télévisées. Entre autres par la multitude de personnages, l'accélération de l'action dramatique et les ellipses. Pour reproduire cette structure, mais au cinéma, la réalisatrice a revu plusieurs fois l'excellent Magnolia (Paul Thomas Anderson), Ours d'or à Berlin en 2000.

Pas question pour autant de livrer aux spectateurs un film clé en main. Sinon, à quoi bon faire du cinéma : «Il faut laisser de la place à l'imaginaire et ne pas être trop explicatif», estime la réalisatrice. Et si la réalité est plus forte que la fiction, il faut que la fiction soit encore plus forte quand on fait un film, croit-elle.

Carole Laure a étudié à la bonne école - elle fut l'égérie de Gilles Carle dans, notamment, La mort d'un bûcheron (1973) et Maria Chapdelaine (1983). Mais pas seulement. Dès ses débuts, elle s'est impliquée dans toutes les facettes de la production d'un long métrage, notamment l'écriture. Au point où «un scénariste m'a dit un jour : "Arrête de collaborer et fais ton propre film"».

Ce qui fut fait avec Les fils de Marie, sélectionné à La semaine de la critique à Cannes, en 2002. «Ça m'a donné confiance.» On dirait bien : Love projet, qui prend l'affiche demain, est son quatrième long métrage. Et pas le dernier, si on en croit la principale intéressée : «Je pense que je vais faire plein de films : j'aime ça.»

Un projet «familial»

On parle bien de ce qu'on connaît bien. Carole Laure n'a pas eu à chercher loin pour Love projet, qui trace un portrait de la génération Y : ses enfants. À bien des égards, il s'agit de son projet le plus personnel, tant sur le plan de l'écriture que de l'implication «familiale» : son conjoint signe la musique, leur fils y tient un rôle et un ami de la famille a agi comme conseiller à la scénarisation. Un certain Xavier Dolan...

Lewis Furey et Carole Laure sont d'intimes collaborateurs depuis toujours, tant au cinéma que sur scène, où le musicien et la chanteuse se complètent. Mais c'est la première fois que la réalisatrice implique son compagnon dans la bande sonore. «Je voulais que ses chansons fassent avancer le récit.»

Celles-ci servent d'effet miroir aux tribulations sentimentales des personnages, fin vingtaine, début trentaine. Comme lorsqu'Alex (Benoît McGinnis) fait sa déclaration d'amour à Louise (Magalie Lépine-

Blondeau). Pas de réaction sur le coup, mais la sensualité des corps, dans le tango qu'ils dansent ensuite, veut tout dire.

Tomas Furey

Tomas Furey joue un rôle plus effacé dans le film, celui d'Eliott - le compositeur de musique de la troupe de danse! Tel père, tel fils... Il ne s'agit toutefois pas d'une première, cette fois, puisque sa soeur Clara était l'interprète principale de CQ2 (2003), le deuxième film de sa mère comme réalisatrice.

Parlant de cinéaste, Xavier Dolan a relu le script de Love projet, tout comme Pierre Siankowski, journaliste aux Inrockuptibles, pour porter un regard extérieur sur le récit. «Je les ai remerciés [dans le générique] pour leur collaboration précieuse.»

«C'est fabuleux ce qui arrive à [Xavier] en ce moment [avec Mommy]. Je l'admire beaucoup.»

Partager

À lire aussi

  • L'amour dans tous ses états

    Arts

    L'amour dans tous ses états

    Le titre dit tout : avec Love Projet, Carole Laure voulait faire un film sur l'amour. Celui qu'on cherche. Celui qu'on ressent pour les membres de sa... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer