Le beau mensonge: touchant et éclairant

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En conseillère à l'emploi un brin vulgaire, Reese Witherspoon casse son image dans Le beau mensonge, mais le film s'attarde surtout à la difficile adaptation de trois réfugiés soudanais aux États-Unis.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) À bien des égards, Philippe Falardeau a choisi un sujet taillé sur mesure pour son premier film américain. Mais en raison de la nature difficile du sujet - des réfugiés fuyant une guerre ethnique - et de la propension hollywoodienne à javelliser, le risque était grand que le réalisateur y perde son âme. Or, Le beau mensonge (The Good Lie) porte sa signature, emplie d'humanité et de compassion, et s'avère un long métrage touchant et éclairant sur une page sombre de l'histoire récente en Afrique.

Le film recrée d'abord, dans une approche presque documentaire, les combats ethniques de la deuxième guerre civile au Soudan, la masse d'orphelins désemparés qui fuient celle-ci et leur séjour dans un camp de réfugiés (pendant 13 ans!). 

Les plans à couper le souffle de la savane alternent avec ceux, brutaux, du combat pour la survie. La sensibilité du réalisateur, qui a séjourné au Soudan à l'époque, est évidente même si on le sent moins à l'aise dans les séquences de guerre. Les gros plans des visages témoignent d'ailleurs bien plus de l'horreur et de la souffrance que ceux qui sont plus explicites.

Le récit se déplace ensuite aux États-Unis où débarquent certains d'entre eux, en 2000, alors qu'ils sont de jeunes adultes. Un trio de réfugiés (Arnold Oceng, Ger Duany, Emmanuel Jal) sera pris en charge par une conseillère à l'emploi délurée, Carrie (Reese Witherspoon). Le choc culturel est titanesque.

Leur regard ahuri sur le mode de vie occidental (ils ne savent même pas ce qu'est un téléphone!) est d'une drôlerie irrésistible. C'est tout Falardeau dans son rapport à l'humour décalé. Et dans sa façon de filmer en plans plus larges qui laissent respirer l'histoire.

Reste que le plus beau compliment qu'on peut faire au réalisateur québécois et sa scénariste Margaret Nagle, c'est de ne pas avoir cédé à la tentation de déplacer le focus du récit vers Carrie, mais bien de le laisser sur le réel drame de cette histoire, celui des «garçons perdus du Soudan».

Bien sûr, la vedette de Wild joue un rôle pivot dans Le beau mensonge. Elle s'en tire d'ailleurs très bien, en brune énergique et un brin vulgaire, ce qui casse son image habituelle. Mais la caméra de Falardeau s'attarde surtout au quotidien du trio et à leur difficile adaptation à un monde qui ne correspond pas à leurs valeurs profondes.

Le beau mensonge aborde les questions des liens qui nous unissent, de la solidarité, du sens du sacrifice, du devoir moral, mais aussi des problématiques bien réelles des réfugiés humanitaires (et de l'absurdité bureaucratique qui en découle), de notre rapport au travail ainsi que celle du stress post-traumatique. Pas le genre de thèmes souvent abordés à Hollywood.

D'ailleurs, on sent la lourde patte des studios dans la dernière partie du récit, qui s'enfonce dans les bons sentiments et le convenu, même si la finale, un brin prévisible, a un impact émotionnel indéniable en raison de la beauté du geste. Au Festival de Toronto, ma voisine de siège, une journaliste, avait le visage qui baignait dans les larmes.

Si Le beau mensonge réussit à provoquer ce genre de réaction, c'est qu'il s'adresse avec beaucoup de sensibilité au coeur et à l'intelligence du spectateur. C'est la marque d'un bon réalisateur, mais aussi celle d'un humaniste. Ce qui honore au plus haut point Philippe Falardeau.

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