Juste retour des choses

Pour rappeler les affres de la deuxième guerre... (Photo fournie par Warner)

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Pour rappeler les affres de la deuxième guerre civile au Soudan, Philippe Falardeau a auditionné de vrais réfugiés. «Ils ont vécu de grandes émotions quand nous sommes retournés en Afrique», raconte le cinéaste québécois.

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(Québec) Philippe Falardeau se souvient de 1994 comme si c'était samedi. Il était au Soudan du Sud pour un documentaire sur la famine qui y sévissait, conséquence de la guerre. Il fut évacué en raison du danger. Le souvenir est teinté d'amertume parce que le réalisateur québécois a eu le sentiment d'avoir raté l'opportunité de témoigner et qu'il s'est senti impuissant. Pouvoir tourner Le beau mensonge (The Good Lie) était un juste retour des choses.

Reese Witherspoon et Corey Stoll. La présence de... (Photo fournie par Warner) - image 1.0

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Reese Witherspoon et Corey Stoll. La présence de la célèbre actrice a simplifié les choses pour Falardeau. «À partir du moment où elle a dit oui, le film s'est prévendu dans plusieurs pays, ce qui nous a permis de le financer.»

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«Ce scénario, je l'aurais aimé même s'il avait été mauvais. Il s'est passé quelque chose de très émotif, comme si j'avais besoin de retourner là-bas», a-t-il expliqué à la presse québécoise, réunie dans un hôtel de la Ville reine avant la première mondiale de son premier long métrage américain au Festival de Toronto (TIFF), le mois dernier. «Il y avait comme un moment cathartique, une rédemption dans le fait de pouvoir raconter cette histoire.»

L'histoire en question recrée d'abord, dans une approche presque documentaire, les combats ethniques de la deuxième guerre civile au Soudan, la masse d'orphelins désemparés qui fuient celle-ci et leur séjour dans un camp de réfugiés - pendant 13 ans! Le récit se déplace ensuite aux États-Unis où quatre d'entre eux débarquent, en 2000, alors qu'ils sont de jeunes adultes et sont pris en charge par une jeune femme délurée (Reese Witherspoon). Le choc culturel est titanesque.

Philippe Falardeau en a aussi vécu un, dans une moindre mesure, en débarquant à Hollywood. «Il faut choisir ses batailles. La principale, pour moi, c'était d'auditionner des vrais réfugiés.» Ce qui fut fait - 1000, environ!

Ensuite, le réalisateur a eu des témoins de première main pour son tournage : les familles de ses acteurs, qui ont fui les exactions. Et deux d'entre eux ont même été enfants-soldats, à l'époque. «Ils ont vécu des choses qu'on ne peut pas s'imaginer. Ils ont probablement tué des gens, mais ils ont été très pudiques à ce propos. Ils ont vécu de grandes émotions quand nous sommes retournés en Afrique, surtout quand on a bâti le village.» Et toi? «J'ai pris mon pied à tourner en Afrique.»

L'art du compromis

Reste que faire un film aux États-Unis, c'est aussi composer avec les sensibilités, religieuses notamment, des différents publics potentiels. Bref, c'est l'art du compromis. Si ça n'avait été que de Falardeau, Le beau mensonge aurait été «plus cru et plus dur. Là, il y a quelque chose du feel good movie, qui est assumé. Les règles du jeu étaient claires quand j'ai embarqué.»

Le réalisateur de 46 ans avait bien aimé le scénario pour des raisons très intimes. Mais il l'a aussi apprécié en raison de son mélange judicieux entre les horreurs de la guerre, l'humour décalé et le fait que les personnages soient restés ensemble pour survivre. Le fait que Reese Witherspoon soit en tête d'affiche a simplifié bien des choses. «À partir du moment où elle a dit oui, le film s'est prévendu dans plusieurs pays, ce qui nous a permis de le financer.»

Question de confiance

L'actrice, qui s'est aussi fait remarquer au TIFF pour sa performance dans Wild de Jean-Marc Vallée, lui semblait un choix logique. «C'était franchement cohérent. Ça se passe à Kansas City, Reese vient de cette région, elle pouvait jouer cette femme qui a cette intensité et qui devient attendrissante à la fin.»

Mais la femme de 38 ans était aussi attirée par l'histoire des «lost boys» du Soudan. Et comme elle avait vu Monsieur Lazhar, «elle me faisait confiance qu'il y aurait une authenticité». Il a néanmoins dû beaucoup travailler en amont avec la star «pour revoir le scénario et ajuster le personnage. Sa crainte, c'est qu'elle savait très bien qu'elle porterait le film sur ses épaules auprès des médias. Elle avait besoin de quelque chose pour défendre le film, même avec un rôle secondaire.»

Au bout du compte, Philippe Falardeau retient de son aventure la différence entre le fait d'être souverain sur un plateau au Québec, alors qu'à Hollywood, «il faut plaire à tout le monde, c'est assez nouveau pour moi.» L'avantage, toutefois, c'est que depuis le tournage du Beau mensonge, il a reçu une centaine de scénarios. Du nombre, il en a éliminé 90 «qui n'étaient pas pour moi», dont certains sont devenus des «gros succès au box-office. Mais je n'ai pas de regrets». On verra bien où tout ça peut le mener.

Une «première vraie comédie» en tournage

Philippe Falardeau renouvellerait «demain» son expérience à Hollywood. Parce que ça lui donne l'opportunité de tourner. «Si le scénario est bon, je suis prêt à y retourner.» En attendant, il a amorcé, à Val-d'Or, le tournage d'un nouveau film québécois. Guibord s'en va-t-en guerre, une comédie politique, met en vedette l'humoriste Patrick Huard.

«C'est ma première vraie comédie et c'est pas mal plus difficile d'écrire une comédie que d'écrire un drame, a indiqué le réalisateur à propos du scénario qui lui a donné du fil à retordre. C'est aussi un film assez ambitieux. On a 40 locations différentes et 40 rôles parlants. On a un personnage haïtien, des personnages autochtones. Je retrouve ce genre de [distribution] éclectique que j'aime avoir dans mes films.»

Il a confié le rôle de la femme du politicien mal pris à Suzanne Clément, qu'il retrouve après C'est pas moi, je le jure! (2008). «Suzanne a une énergie à la fois lumineuse et radicale. Quand elle joue, l'air se charge d'électricité.»

Il tourne toutefois pour la première fois avec Patrick Huard. Falardeau raconte avoir eu un «flash» lorsqu'il l'a vu rendre hommage à Micheline Lanctôt au gala des Jutra, l'an dernier. «J'ai trouvé qu'il avait une sorte de don de lui-même et une maturité» qu'il n'avait pas avant.

La date de sortie du film n'est pas encore déterminée.

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