Christophe Gans - La Belle et la Bête: hommage à Cocteau

Christophe Gans revisite La Belle et la Bête... (Photo fournie par hommage Niagara Films)

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Christophe Gans revisite La Belle et la Bête

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(Québec) Mais pourquoi diable une relecture de La Belle et la Bête? Parce que Jean Cocteau et encore moins Disney se sont basés sur l'oeuvre originale, estime Christophe Gans. Le réalisateur français de 54 ans en a fait une adaptation flamboyante et baroque, lourde en effets spéciaux, qui se veut néanmoins un hommage appuyé à Cocteau. De passage au Festival de cinéma de la Ville de Québec, il a aussi révélé au Soleil son admiration pour Ridley Scott et les raisons qui l'ont conduit à choisir Léa Seydoux et Vincent Cassell dans les rôles principaux.

Q Pourquoi cette nouvelle version?

R Il y a un livre assez long de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve et une version abrégée du conte, publiée un peu plus tard, qui est celle adaptée par Cocteau et Disney, entre autres. Je voulais revenir à l'ambiance du texte original, qui est plus pour adultes que pour enfants. C'est, en fait, une variation des poèmes classiques gréco-latins qu'on connaît sous le nom des Métamorphoses: comment les dieux prennent des formes animales pour séduire les humaines. On s'est rendu compte que la dimension mythologique était beaucoup plus importante que dans les adaptations qu'on connaît. La Bête n'est plus un monstre, mais un «demi-dieu». Ça me plaisait. Et l'idée de faire de la Bête une version améliorée de l'homme qu'elle a été, qui avait de sacrés défauts, m'intéressait aussi. Il a été puni à juste raison.

Q Avez-vous revu l'adaptation de Cocteau (1946)?

R Non, je la connais par coeur. C'est un film que j'admire depuis l'enfance et que j'ai revu un nombre incalculable de fois, y découvrant de nouvelles choses à chaque occasion.

Q En quoi diffère votre version?

R Quand on connaît aussi bien une oeuvre, on sait les thèmes sur lesquels Cocteau n'a pas voulu s'engager. La dimension subjective est totale: le poète adapte ce qui lui plaît. Il y a des parties entières du conte qui ne l'intéressent pas. Comme, par exemple, les frères et les soeurs qui sont à peine esquissés, même chose pour la ruine du marchand. Moi, je trouvais qu'il y avait une dimension [ambiguë] dans le titre. Est-ce que la Belle, ce n'est pas la beauté d'âme de la Bête et est-ce que la Bête, ce n'est pas l'animalité que provoque la sensualité de Belle? Dans le conte, ça marche dans les deux sens. Cette fable induit beaucoup de subjectivité.

Q Une subjectivité que vous traduisez beaucoup par les retours en arrière oniriques.

R Tout à fait. Je trouvais intéressant qu'on voie ce qui était arrivé au prince avant qu'il devienne la Bête sous forme de rêves, qui entretiennent une forme de subjectivité, celle de Belle. En fait, ça vient du fait que je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de points de similitudes entre La Belle et la Bête et Jane Eyre de Charlotte Brontë, notamment dans le fait que Belle tombe amoureuse d'un homme dont elle se sait la dernière chance, comme Jane Eyre. Il y a quelque chose qui rappelle le syndrome de Stockholm: elle tombe amoureuse de l'homme qui l'a kidnappée. Je crois qu'elle tombe autant amoureuse de cette bête fascinante que l'homme qu'il a été avant.

Q Parlant de Belle, puisque vous vouliez miser plus sur la sensualité, le choix de Léa Seydoux n'était pas innocent?

R Tout le monde l'associe à La vie d'Adèle [de Kechiche] et à Grand Central [de Rebecca Zlotowski], des films que je n'avais pas vus [rires]. Son choix vient plutôt du Robin des Bois de Ridley Scott [2010]. J'ai un rapport très fort à Scott, un de mes réalisateurs favoris. La façon dont il l'avait filmée m'a beaucoup impressionné. C'est ce qui m'a frappé, son image très lumineuse.

Q Et Vincent Cassell, qui jouait pour vous dans Le pacte des loups?

R C'est un ami. Je voulais que la Bête ait toutes les qualités de Vincent et que le prince ait tous ses défauts, son arrogance, notamment. Il y a ça chez Vincent. C'est un personnage qui a de multiples facettes et qui est très changeant. C'est aussi un mâle alpha et je voulais jouer avec ça dans l'attitude de la Bête avec Belle.

Q Vous imprimez une forte dimension baroque sur le plan visuel. Dans quel but?

R Ce qui m'intéressait, c'était d'en faire un film très pictural qui ressemble aux tableaux du Premier et du Second Empire. C'est une peinture qui n'est pas très estimée en France, qu'on appelle pompière. Mais moi, elle me fascine. Comme Scott et [Stanley] Kubrick, d'ailleurs. Il y a une intensité, dans la couleur et la lumière, qui annonce la photographie et peut-être même ce qu'on appelle l'image numérique. Ce qui explique qu'on la déconsidère. On dit d'eux que ce sont de grands techniciens, mais seulement ça. J'ai essayé de construire le film comme une série de tableaux et non une suite d'images. Je savais aussi que je n'avais pas le budget pour faire un film de 3000 plans. Je ne pouvais pas le découper aussi furieusement que je l'aurais voulu. Je voulais donner un aspect épique à cette histoire intimiste.

Q C'est quand même un gros budget (environ 50 millions $) pour un film français.

R Oui, mais le même qu'une grosse comédie française - les acteurs coûtent cher. J'espère qu'il est visuellement très spectaculaire. Le défi était là. On voulait qu'il soit tourné en français, mais qu'il aille à la rencontre d'un public international. C'était important. C'est une oeuvre littéraire française et je suis toujours un peu agacé quand les gens pensent que ça vient de Disney [rires]. Il y a une revendication de ma part.

Le film prend l'affiche le 10 octobre.

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