Je suis itinérant et j'existe

Véronique, 50 ans, provenait pourtant d'une bonne famille... (fournie par Moi et cie)

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Véronique, 50 ans, provenait pourtant d'une bonne famille et a étudié au privé.

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(Québec) CHRONIQUE / Leur présence crée souvent un malaise. Que dire à un itinérant qui nous tend la main? La plupart d'entre nous vont fuir son regard, au mieux lui tendre un peu de monnaie ou lui dire «désolé» avec une moitié de sourire. Au pire, l'ignorer, faire comme s'il n'existait pas. On n'a pas envie de voir ça. Les préjugés sont tenaces.

Et si on se demandait qui ils sont? Et pourquoi ils sont là? Diffusée dès le mardi 2 mai à 21h sur Moi&cie, la bouleversante série documentaire Face à la rue leur donne un nom, un parcours de vie, leur permet d'exister. Une façon pour nous d'entrer dans leur monde, sans oser pouvoir le faire en personne. Parce que oui, ça peut arriver à n'importe qui. Perte d'emploi, problèmes d'argent, conflits familiaux, toxicomanie, dépression, maladie, et bang!, dans la rue. Personne n'est à l'abri.

Instigateur de ce docu-réalité avec Lyne Denault, ancienne patronne de Canal Vie devenue productrice, le comédien Jean-Marie Lapointe agit comme un véritable aimant à leur contact. Tous le reconnaissent quand il vient à leur rencontre, et se confient généreusement à lui. Des histoires touchantes, parfois belles, mais souvent dures et laides, qui ébranlent. Treize épisodes de 30 minutes et autant de thèmes comme l'argent, la santé mentale, la mort. Un des itinérants rencontrés est hélas décédé en cours de tournage. Parce que non, ça ne finit pas toujours bien. Face à la rue n'est pas Donnez au suivant. L'équipe n'était pas là pour permettre aux itinérants de s'en sortir, mais pour leur donner la parole. La série ne sent pas la charité; c'est juste la vérité crue.

Dans le premier épisode, Jean-Marie Lapointe rencontre une femme de la rue, et une autre qui s'en est sortie. «Ma situation: les deux pieds dans la marde», dit Véronique, 50 ans, pour se définir. Elle provient pourtant d'une bonne famille, a étudié au privé. Un deuil profond, une dépression et la dépendance à la drogue lui ont fait tout perdre. Cette mère d'un fils de 33 ans habite un misérable logement dont la porte d'entrée est une fenêtre. Très bonne pour aider les autres, beaucoup moins quand c'est pour elle-même.

La franchise de Lisette, 56 ans, risque de vous étonner. Cette femme blessée, rejetée par une famille très pieuse qui n'accepte pas son homosexualité, a trouvé refuge dans la drogue et la prostitution. L'organisme La rue des femmes lui a permis de sortir la tête de l'eau, gère son argent et acquitte ses factures. Aujourd'hui, elle souhaite passer son examen de conduite pour avoir sa propre voiture. Certaines histoires finissent mieux.

Qu'en est-il de la famille et des proches de ces personnes dont la vie bascule et qui perdent tout repère? Le cas de Jonathan, 33 ans, est poignant, dans le deuxième épisode. Sa rencontre avec son père, qu'il n'a pas vu depuis cinq ans, arrache les larmes. Devant nous, un fils accro à la drogue, qui porte les marques d'une vie blessée, et un père désemparé, qui se sent totalement impuissant.

Dans la rue à 17 ans, Vincent sort d'une longue thérapie 10 ans plus tard, avec la ferme intention de se sortir de la misère. Sa mère, qui l'a vu dépendre de la coke au point de ne plus la reconnaître, l'avait mis dehors, après avoir tout tenté. Aujourd'hui, elle retrouve son fils, le reprend chez elle, et c'est beau à voir.

La réalisatrice Maude Sabbagh (Code F., Obèse: changer de vie) souhaite humblement que la série fasse une différence dans le regard que porteront les gens sur les itinérants, ce qui risque d'arriver chez plusieurs. Jean-Marie Lapointe, qui nous avait fait pleurer avec un de ses précédents documentaires, Trisomie 21: Le défi Pérou, parvient encore à toucher une corde sensible. Rien de faux, juste du vrai.

À côté des Bachelorette Canada et autres titres plus légers, Moi&cie a le mérite de proposer des séries documentaires de qualité, comme c'était le cas avec Je suis trans, et maintenant Face à la rue, qui auraient très bien pu se retrouver sur une chaîne comme Télé-Québec. Si vous n'êtes pas abonné à Moi&cie, le premier épisode sera disponible gratuitement sur tva.ca durant sept jours, à partir du 25 avril.

District 31 tient tête au hockey

À 48 heures du dernier épisode de la saison, District 31 a attiré 1 135 000 accros mardi soir à ICI Radio-Canada Télé. C'est moins que la moyenne totale du quatrième match Canadiens-Rangers, suivi par 1 341 000 amateurs à TVA Sports. Mais durant sa demi-heure de 19h à 19h30, la série de Luc Dionne a battu le hockey, vu par 1 055 000 amateurs. Du côté anglais, 259 000 Québécois francophones ont préféré suivre le match à CBC. Malgré le hockey, La facture a conservé 601 000 adeptes, et La grande traversée, 418 000, à ICI Radio-Canada Télé.

Départ de Louise Rousseau

Départ surprise de Louise Rousseau, associée à la couverture culturelle à Radio-Canada, qui quitte le diffuseur après 31 ans de services. Dans la dernière année, vous l'avez vue aux entrevues 5 minutes avec... au Téléjournal de fin de soirée, qu'elle menait en plus de ses tâches d'affectatrice et de journaliste. Originaire de Québec, Louise Rousseau avait fait ses débuts à CKRL avant de succéder à Marie-Christine Trottier à Québec ce soir en 1986, à Radio-Canada Québec. Depuis, cette travailleuse de l'ombre a oeuvré à Montréal, aussi bien comme recherchiste à La bande des six qu'à Viens voir les comédiens. Une vilaine chute l'a tenue à l'écart quelques mois, durant lesquels elle a réfléchi et pris cette décision. Rien à voir avec l'espace réduit de la couverture des arts dans les bulletins de nouvelles. Tout de même un gros départ après ceux des journalistes culturels Claude Deschênes et Tanya Lapointe.




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