Des drag-queens à la télé, enfin

ICI ARTV présentera Ils le jour, elles la... (Fournie par ICI ARTV)

Agrandir

ICI ARTV présentera Ils le jour, elles la nuit sur l'univers de six drag-queens québécoises, avec et sans leur maquillage.

Fournie par ICI ARTV

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Montréal) CHRONIQUE / On a fait des docu-réalités sur les pompiers, les ambulanciers, les chefs cuisiniers, les médecins, les danseurs nus, les barmaids. Mais jamais encore sur les drag-queens, pourtant un phénomène de moins en moins marginal. Nos diffuseurs sont bien frileux.

Il y a bien eu la comédie Cover Girl en 2005, mais c'était de la fiction. Et Moi & cie diffuse depuis deux saisons l'excellente série documentaire Je suis trans. Aux États-Unis, la série Ru Paul's Drag Race entreprend sa neuvième saison sur la chaîne VH1. Voici qu'ICI ARTV présentera au printemps la série documentaire Ils le jour, elles la nuit, sur l'univers de six drag-queens québécoises, trois d'expérience et trois débutantes, avec et sans leur épais maquillage. Pour en finir avec les préjugés persistants, mais aussi pour découvrir six êtres humains qui ont choisi de mettre à profit leur côté féminin. Et de foncer tête première, peu importe ce qu'on en dira.

L'animation et la narration ont été confiées à la reine des reines, Mado Lamotte, du célèbre Cabaret Mado dans le Village à Montréal. Celle qui a désormais sa statue au musée Grévin dans la métropole s'efface derrière son micro pour laisser toute la place aux six protagonistes de la série de huit épisodes, à qui elle a ouvert la voie il y a déjà 30 ans. Ce n'est donc pas maintenant que vous verrez le vrai visage de Luc Provost, l'homme derrière Mado, qu'elle préfère laisser dans l'ombre.

J'en entends déjà demander ce qu'une série de drags fait à ARTV. Des hommes habillés en femmes, qui font du lipsync sur des succès pop et dance. Comme si le divertissement n'était pas de l'art. Mado déplore qu'il y ait encore beaucoup de snobisme autour des drag-queens. «C'est comme le genre d'humour de Gilles Latulippe, que les gens regardaient de haut. On n'est pas considéré comme de l'art, c'est encore méprisé», dit-elle. Mado se dit heureuse que la série montre les drags sous un jour plus humain, pas seulement pour leur vulgarité. «Ça fait partie de notre humour, mais ce n'est pas plus vulgaire qu'un show de Mike Ward ou de Jean-François Mercier, ou même qu'un Bye bye

La clé de tout bon docu-réalité : trouver des personnages forts, attachants et variés. Ce qui est le cas dans Ils le jour, elles la nuit, diffusée à partir du vendredi 7 avril à 19h30. Chez les expérimentées, toutes du Cabaret Mado, on rencontre Marc-André Leclair, qui a les phrases les plus punchées en Tracy Trash. «Plotte à public» et «clown pour adultes» sont parmi ses définitions du métier. Vous le verrez épouser la gestuelle féminine dès sa transformation. Le jour, Sébastien Potvin enseigne la musique au primaire. Le soir, il est «séduisante» en Barbada. Complète l'heureux trio Jean-François Guevremont, qui fait une magnifique Adele quand il n'est pas l'exubérante Rita Baga.

Les habitués du Drague à Québec connaissent bien deux des trois jeunes de la nouvelle génération. Je trouve admirable de les voir assumer sans honte leur côté féminin. Henri Delisle-Langlois, qui se transforme en Lady Boom Boom, a bien tenté de ne plus aimer Shania Twain et Britney Spears dans son adolescence, sans succès. Il y revenait toujours, inutile d'aller contre sa nature. Au magasin, gêné d'arriver à la caisse avec des vêtements de filles, il les mêlait avec des vêtements de gars. Ce temps-là est terminé, il s'achète fièrement ses fringues de filles et se démarque par son style punk Dollarama. Avant d'être directeur artistique au Drague, Gabriel Meagher-Gaudet a initié des spectacles de drags en Mauricie au cabaret Tapis rouge, et créé son personnage de Gabry-Elle.

Plusieurs seront étonnés d'apprendre qu'il y a des femmes parmi les drag-queens. Pas des drag-kings qui personnifient des hommes. Mais bien des filles qui jouent des filles, qu'on appelle aussi faux queen ou bio queen. Parmi les trois débutantes de la série, Léa Fortin, alias Lady Poonana, est l'une des rares à se dire drag-queen à Montréal. Mais ce n'est pas simple; la jeune femme dit vivre de la discrimination et ne se sent pas prise au sérieux par ses pairs. «Elles sont encore marginales dans un milieu marginal. Le public n'est pas encore prêt à ça, et les gens qui travaillent avec elles non plus. Ça redéfinit le métier de drag-queen», explique Mado au sujet du phénomène encore assez nouveau. Les filles qui s'y risquent connaissent souvent des carrières éphémères, et se dirigent plutôt vers le burlesque, qui ratisse plus large dans les genres.

Le phénomène des drags dépasse maintenant largement les grands centres, et on sollicite leurs services un peu partout dans la province. Jean-François Guevremont a fait Adele au Casino du Lac-Leamy à Gatineau. Mado se promène autant à Richmond qu'à Sherbrooke, Dolbeau et Caraquet au Nouveau-Brunswick, en plus de retourner à Paris en avril. Entre le temps où elle a commencé et aujourd'hui, Mado voit beaucoup plus de possibilités pour les plus jeunes. «Ce n'est plus dans des bars cachés au troisième étage, des shows de 10 minutes à 1h du matin pour des gens qui font le party. Aujourd'hui, les gens paient pour voir des shows de deux heures.» N'empêche que la compétition a aussi monté en flèche. «Quand j'ai commencé, on était quatre ou cinq. Aujourd'hui, on est peut-être 50, et 25 à Québec, qui se promènent entre les deux villes, ça en fait du monde. Pour percer, elles doivent avoir le quadruple du talent qu'on avait à l'époque.»

Outre sa participation à l'éphémère série Des gens pas ordinaires à Musimax et TQS, Mado aurait bien aimé avoir son émission à elle, mais en a presque fait son deuil. À travers les années, elle a reçu nombre de propositions de concepts télé, mais aucun n'a abouti. «C'est rendu que je leur disais : ''Oubliez ça, ça ne marchera pas. Y a aucun diffuseur qui va vouloir embarquer.''» Luc Provost ne croit pas qu'une version québécoise de RuPaul's Drag Race soit possible, vu le nombre limité de candidats potentiels. Par contre, il ne dirait pas non à ce que Mado ait sa propre sitcom tournée devant public.

Pour avoir vu plusieurs spectacles de drag-queens, qu'on aime aussi pour leur vulgarité et leur côté bitch, j'ai trouvé que celles de la série étaient plutôt gentilles, du moins dans les trois premiers épisodes. Souhaitons qu'elles dévoilent un peu plus leur côté givré - et décapant - dans les suivants. Pour le reste, il est bien temps que notre télé sorte un peu les drag-queens des bars. Et montre au monde qu'une drag, c'est bien plus qu'un homme déguisé en femme.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer