Réaliste, un Radio-Canada sans pub?

La nouvelle Maison de Radio-Canada, à Montréal, sera... (illustration fournie par Radio-Canada)

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La nouvelle Maison de Radio-Canada, à Montréal, sera construite à compter d'août 2017. Le diffuseur aimerait alors se débrouiller sans publicité.

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(Québec) CHRONIQUE / L'expression «de retour après la pause» pourrait un jour appartenir au passé à Radio-­Canada. C'est ce que souhaite le diffuseur public en demandant à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, de pouvoir se débrouiller sans publicité, en échange d'une compensation annuelle de 318 millions $. Plutôt que 34 $, Radio-­Canada vous coûterait 46 $ par année.

Pourquoi cette proposition, à ce moment-ci? Le diffuseur profite de la consultation publique du gouvernement sur l'avenir du contenu canadien dans un monde numérique pour recommander que la publicité soit éliminée de toutes ses plateformes. Le but : mieux remplir sa mission culturelle. «Les revenus publicitaires ainsi libérés aideraient les entreprises médiatiques privées à s'adapter à l'environnement numérique», peut-on lire dans un communiqué. CBC/Radio-­Canada demande aussi 100 millions $ supplémentaires pour compléter sa transformation.

Voilà une idée qui devrait plaire aux diffuseurs privés, qui sont montés aux barricades depuis que le gouvernement libéral a décidé d'injecter 150 millions $ en six ans chez le diffuseur public. Et à tous ceux - ils sont nombreux - qui croient que Radio-Canada devrait cesser de jouer sur le terrain de la télé privée pour mieux remplir son fameux mandat.

Êtes-vous prêt à sortir 12 $ de plus de votre poche par année pour avoir une télé sans pub? Le diffuseur plaide que ce montant reste bien en dessous de ce que demandent les autres télévisions publiques dans le monde, ce qui est bien réel. En comparaison, les Britanniques déboursent 114 $ chaque année pour leur BBC. D'autres télés publiques ont supprimé, du moins en partie, la publicité de leurs ondes. France Télévisions l'a rayée de ses chaînes après 20h, mais l'a conservée le reste de la journée.

Actuellement, 40 % des revenus de CBC/Radio-Canada proviennent de la publicité. Professeur invité au Département des communications de l'Université de Montréal et auteur de l'essai ICI était Radio-Canada, Alain Saulnier considère que cette forte dépendance éloigne la société de son mandat de diffuseur public. Lorsqu'il était directeur de l'information dans cette boîte, il avait suggéré que les revenus publicitaires soient plafonnés à 20 %. «L'idée était qu'on ne soit pas complètement dépendants du gouvernement, pour ne pas fragiliser la notion de «distance» avec le pouvoir politique», dit-il. Le risque existe, en effet.

M. Saulnier reçoit néanmoins favorablement la proposition de Radio-Canada d'éliminer la publicité. «Il faudrait toutefois s'assurer qu'il y ait une période transitoire, le temps d'observer les secousses que ça pourrait occasionner. Ça pourrait être très dangereux de passer de tout l'un à tout l'autre, surtout qu'on ne sait pas à quoi les médias ressembleront dans quelques années.» L'ancien patron de l'info considère qu'un diffuseur public fort constitue un rempart solide contre ce qu'il appelle l'uniformisation de la culture et de l'information, proposée par les géants du Web. «Ça devrait être une pièce maîtresse pour un état qui souhaite protéger sa culture», croit-il.

Le diffuseur n'a pas toujours tenu le même discours. En 2011, dans un rapport intitulé «L'élimination de la publicité dans les services de CBC/Radio-Canada serait une mauvaise politique publique», on disait que la pub n'empêchait «nullement la Société de s'acquitter de son mandat de radiodiffuseur public». On affirmait même que la suppression de la publicité empêcherait Radio-Canada de remplir son mandat. On croit aujourd'hui exactement le contraire. Il faut dire que le contexte a changé. Qu'il n'était pas envisageable de demander aux conservateurs de délier leurs bourses, mais que le gouvernement libéral est beaucoup plus généreux. Attention toutefois si les conservateurs reprennent le pouvoir.

Depuis La famille Plouffe, qui vantait les effluves des cigarettes Player's dans les années 50, Radio-Canada a toujours diffusé de la publicité. Et depuis cette époque, il y a eu à cette antenne des émissions de variétés destinées au plus grand public, des Coqueluches aux Démons du midi. Les équipes affectées aux émissions dites plus populaires de Radio-Canada, comme on en fait au privé, devraient-elles s'inquiéter d'une telle éventualité? Du calme, on n'est pas à la veille d'annoncer le retour des Beaux dimanches et des grands téléthéâtres.

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