Maxime Bernier, déconnecté

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Au final, les moyens que prendrait Maxime Bernier pour transformer Radio-Canada donneraient exactement le contraire de ce qu'il souhaite.

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CHRONIQUE / Maxime Bernier se plaint qu'il y a trop de sports à Radio-Canada. Que le diffuseur public foisonne de «mauvaises copies canadiennes d'émissions populaires américaines», a rapporté La Presse canadienne. Sa collègue, Kellie Leitch, a plutôt promis qu'elle mettrait la clé dans la porte si elle devenait première ministre. Rien de moins.

On nage en plein délire d'un côté comme de l'autre. Si M. Bernier veut réellement diriger un jour notre pays, il devra davantage étudier ses dossiers. Parce que là, il a tout faux. Trop de sports à Radio-Canada? Il n'y a plus de sports à Radio-Canada. Mis à part des bulletins saupoudrés aux nouvelles, et les Jeux olympiques aux deux ans. On a hélas évacué tout le reste, du football universitaire au patinage artistique. Et bien sûr le hockey. Tout le monde sait ça, à part Maxime Bernier.

Le député beauceron voudrait aussi que Radio-Canada devienne un PBS du nord. Qu'elle soit financée à partir des dons volontaires du public, comme «ça se fait partout ailleurs dans le monde». Je ne sais pas où il a pris son information, mais c'est complètement faux. Le modèle américain est unique, et la plupart des télés publiques reçoivent encore plus de subventions de l'État que la nôtre. Et certainement pas des dons volontaires.

Même méconnaissance lorsqu'il dit que Radio-Canada diffuse des émissions calquées sur la télé américaine. Je lui accorde que Silence, on joue est une adaptation d'un jeu de NBC. Mais je ne vois pas en quoi Les Simone, Entrée principale et L'épicerie sont des copies d'émissions des États-Unis. La programmation de Radio-Canada n'est certainement pas parfaite, mais elle n'empeste pas le produit américain et a sa personnalité propre. Vous regardez CBS, vous zappez vers Radio-Canada, vous voyez la différence.

M. Bernier veut aussi voir plus d'émissions d'affaires publiques à Radio-Canada, ce qui n'est en soi pas une mauvaise chose. On manque cruellement d'émissions qui s'intéressent aux enjeux internationaux. Or, ce sont justement les émissions d'information et d'affaires publiques que les conservateurs ont le plus en horreur, jugeant qu'elles ne véhiculent pas les valeurs du parti. Que Radio-Canada n'est qu'un repaire de «gauchisses péquisses». [Rappelons qu'une chaîne canadienne anglaise a tenté de combler ce supposé vide, SUN News, ouvertement de droite, mais qu'il n'y avait pas un chat pour l'écouter. Pratiquement personne ne s'est porté à sa défense quand est venu le temps de la fermer, moins de quatre ans après son ouverture. Un désastre.]

M. Bernier réclame enfin plus d'émissions de sciences - c'est quand même étonnant, sachant ce que les conservateurs pensent des scientifiques. Mais il réclame aussi plus de religion. De religion? Quoi, Le jour du Seigneur en quotidienne? Un magazine conçu par des pro-vie? Soyons sérieux.

Au final, les moyens que prendrait Maxime Bernier pour transformer Radio-Canada donneraient exactement le contraire de ce qu'il souhaite. Une télé publique dont on coupe les vivres diffuserait forcément plus de traductions américaines, moins de séries originales coûteuses et de grandes enquêtes. «C't'ivident», comme dirait une ancienne conjointe du député Bernier.

Pour le reste, Bernier n'est pas le premier ni le dernier à souhaiter que Radio-Canada se recentre sur son mandat. Un débat nécessaire, qui serait sain s'il cessait de véhiculer les pires clichés sur ce que devrait être la télé «payée avec nos taxes». Un modèle souvent irréaliste dans le contexte d'aujourd'hui. Radio-Canada devrait, devrait, devrait. Oui mais comment? C'est là que les réponses se gâtent.

Dans tout ce débat, les conservateurs, même québécois, font souvent preuve d'une méconnaissance crasse de notre télé publique, à moins qu'il ne s'agisse d'aveuglement volontaire. Le fond de l'affaire, c'est que les conservateurs jugent que Radio-Canada ne pense pas comme eux, qu'elle ne reflète pas l'opinion de la droite. Et c'est pour ça que les conservateurs refusent de fréquenter les studios de la télé publique et privilégient certains médias privés qui les couvrent de questions complaisantes.

Imaginez un seul instant qu'un parti au pouvoir puisse fermer une institution comme Radio-Canada et priver le public de titres comme District 31, Les enfants de la télé, Enquête, Tout le monde en parle, Unité 9, La facture et le Bye Bye. Le Québec s'est aussi façonné à travers sa télé, lui enlever un si gros morceau serait lui charcuter une partie de son identité.

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