Avoir une télé, pourquoi donc?

Jeudi, l'animatrice et productrice Marie-France Bazzo (debout) menait... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Jeudi, l'animatrice et productrice Marie-France Bazzo (debout) menait une discussion vraiment intéressante, intitulée Séduire les enfants du millénaire, où on a tenté de prédire ce que serait la télé dans 5 ans, 10 ans. Impossible.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CHRONIQUE / «Une télé, que veux-tu que je fasse avec ça?» En 2016, les «milléniaux» s'embarrassent de moins en moins d'un téléviseur lorsqu'ils partent en appartement. Pourquoi payer pour le câble quand on peut regarder une infinité de contenus où on veut, quand on veut, sur un téléphone intelligent? Trop petit? Ben voyons.

On ne parlait pratiquement que des «milléniaux» - la génération des 18-34 ans - au congrès annuel de l'Association québécoise de la production médiatique, dont c'est le 50e anniversaire, et qui s'est tenu de mardi à jeudi derniers au Château Frontenac. L'événement réunissait entre autres les producteurs de toutes les grandes émissions que vous voyez à l'écran. Visiblement, l'industrie de la télé est «en mode panique», avec l'impression que le tapis lui glisse sous les pieds, assistant à un exode des milléniaux. C'est simple: entrer dans la vague ou disparaître.

Elle-même productrice en plus d'être animatrice, Marie-France Bazzo admet que cette multiplication des plateformes lui donne un peu le vertige, voire de l'angoisse, mais trouve le défi excitant. «Dans plusieurs projets qu'on entreprend, la télé n'intervient même plus, on passe par plusieurs autres canaux. Tout est à inventer, ce sont des essais-erreurs. Il faut changer complètement nos paradigmes.»

Jeudi, elle menait une discussion vraiment intéressante, intitulée Séduire les enfants du millénaire, où on a tenté de prédire ce que serait la télé dans 5 ans, 10 ans. Impossible. «Les milléniaux n'arrivent pas à définir clairement ce qu'ils veulent», expliquait la vice-présidente du bureau de Québec de Léger, Caroline Roy. C'est qu'ils sont durs à satisfaire, ces «milléniaux». Volatils, instables, plus bilingues. Et on assiste à une guerre inégale, face aux géants américains Netflix, Facebook, Snapchat, YouTube, qui fera de la «télé» en direct; tous échappent à nos lois et gobent une bonne partie du marché.

Pour illustrer où en est la génération Y, Mme Roy a donné des statistiques très parlantes sur leurs rapports avec les contenus numériques. Pour 79 % des 18-24 ans, le premier geste de la journée est de regarder son téléphone. Toujours selon Léger, 28 % d'entre eux considèrent avoir de vrais amis parmi leurs contacts, qu'ils n'ont pourtant jamais rencontrés en personne.

Plus largement, notre dépendance au mobile va loin. Selon une étude de KRC Research effectuée dans six pays, 57 % des propriétaires de téléphones intelligents de 18 ans et plus l'ont déjà utilisé aux toilettes, 60 % ont dormi en le tenant dans leur main, 22 % préfèrent se passer de sexe durant une fin de semaine plutôt que de ne pas avoir leur téléphone et, tenez-vous bien, 17 % l'ont utilisé sous la douche!

Comment une chaîne de télé avec une grille horaire fixe peut-elle survivre à un tel tsunami? Le directeur principal, contenu webtélé de TFO, Laurent Guérin, a tenu les propos les plus audacieux de la conférence, en prédisant la disparition du téléviseur. Il a même envisagé la possibilité que la chaîne ontarienne, qui a renouvelé sa licence de diffusion pour sept ans, puisse ne pas la renouveler au-delà, et ne se déployer que sur le numérique. «On a raté les milléniaux, il faut attraper leurs enfants», affirme M. Guérin, qui tente de devancer les comportements des futurs consommateurs. Animateur du congrès, Patrick Masbourian a plutôt l'intuition que ces milléniaux reviendront tôt ou tard à l'écran de télévision.

L'industrie agit déjà. Attraction Images, qui produit entre autres Les dieux de la danse et Au secours de Béatrice, a mis sur pied il y a neuf mois Le Slingshot, son studio de création qui appuie le travail de 15 YouTubers de 16 à 29 ans. Du contenu pour les jeunes par des jeunes. Les chaînes multiplient aussi les tentatives. Télé-Québec réussit avec Like-moi!, découpée en morceaux sur le Web, et TFO codiffusera avec Facebook une émission de Flip TFO le 26 mai.

Séduire les milléniaux, c'est bien beau, mais ça ne fait pas sans argent. La majorité des intervenants s'entendent pour dire que le mode de financement par les institutions est désuet, construit en fonction d'une diffusion à la télé. Directeur général de la programmation de Télé-Québec, Denis Dubois croit que l'industrie est mûre pour financer des productions que les diffuseurs voudront bien diffuser où ils le veulent.

Bien malin qui pourrait dire ce que la télé sera dans 5 ou 10 ans. L'industrie a le choix: tenter de ramener les milléniaux vers la télé ou, alors, sauter dans la vague du «où je veux, quand je veux» avec eux.

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