Télé et réseaux sociaux, mariage heureux?

Télé et réseaux sociaux sont devenus inséparables. La première se sert beaucoup... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Montréal) Télé et réseaux sociaux sont devenus inséparables. La première se sert beaucoup de l'autre pour mousser ses émissions, mais aussi pour discuter avec les téléspectateurs. Sauf que la discussion tourne souvent à l'empoigne, à la violence verbale et peut aller jusqu'aux menaces de mort. Doit-on parler de mariage heureux ou de relation houleuse?

Dany Turcotte... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

Agrandir

Dany Turcotte

Infographie Le Soleil

Télé, Facebook, Twitter: du pire au meilleur

La télé ne pourrait plus se passer des réseaux sociaux, et vice versa. Véritable exutoire pour les téléspectateurs qui souhaitent commenter la dernière crise de Marie dans Unité 9, le concert de fausses notes à La voix ou la nouvelle blague du maire Régis Labeaume au Téléjournal, Twitter et Facebook illustrent le meilleur et le pire de nous-mêmes. Où imposer ses limites? Une blague un peu méchante passe encore. Une menace de viol ou une vidéo obscène, ça va trop loin.

J'ai interrogé trois vedettes de la télévision, Pénélope McQuade, Marina Orsini et Dany Turcotte, l'auteure d'Unité 9, Danielle Trottier, et une gestionnaire de communautés de séries télé, Geneviève Cardin, pour mesurer l'importance qu'occupent les réseaux sociaux dans leur vie et savoir comment ils composent avec les indésirables. Tous s'entendent pour dire qu'ils tirent beaucoup plus d'avantages que de désagréments à fréquenter les réseaux sociaux.

Oui, Dany Turcotte reçoit régulièrement des messages d'insultes. Sa carte remise à Caroline Néron a créé un tsunami de reproches sur Twitter. Mais à la mort de son père, il a reçu pas moins de 35 000 messages de condoléances sur les réseaux sociaux. C'est beaucoup d'amour d'un seul coup.

Le fou du roi de Tout le monde en parle est d'accord avec la sortie récente de Louis Morissette, qui considère qu'on donne trop d'importance aux grandes gueules des réseaux sociaux. «Les diffuseurs vont pousser sur le bouton panique dès qu'il y a trois ou quatre tweets négatifs, comme si c'était un sondage. C'est plutôt un type de personnes qui ne sont pas du tout représentatives de la société», dit-il.

Quoique peu nombreux, les «chialeux» font beaucoup de bruit. Dany Turcotte n'hésite pas à retweeter certains messages haineux ou homophobes, une façon détournée de les dénoncer. «Je m'étais donné comme devise de combattre la connerie, un con à la fois. Je pense que je vais être obligé d'abandonner!»

Menaces de viol

Dans un récent épisode des Jeunes loups à TVA, la journaliste Marianne Desbiens (Jacynthe René) était victime d'une campagne de salissage sur les réseaux sociaux, après avoir révélé qu'un jeune auteur venait d'être floué par un producteur véreux. L'auteur Réjean Tremblay, qui a voulu illustrer les ravages que peuvent provoquer les réseaux sociaux, a choisi le personnage le plus vulnérable à une telle campagne de mépris. «Certaines compagnies de communications ont le mandat d'inonder les réseaux sociaux de commentaires élogieux sur le nouveau disque d'untel. Si eux utilisent des milliers de pseudonymes pour passer des messages positifs envers leurs produits, je me suis dit que ce serait aussi facile de faire l'inverse.»

Pénélope McQuade, qui prend un réel plaisir à consulter Facebook, Twitter et Instagram, admet avoir communiqué avec la police après avoir reçu des menaces de viol. «Mais il n'y avait rien à faire. Le compte est devenu inaccessible, c'est comme vouloir attraper une couleuvre. L'effet recherché a quand même été atteint, c'est une charge violente qui t'arrive. Impossible de rester insensible à ça», confie-t-elle. Récemment, un hurluberlu s'est filmé en train de se masturber et lui a envoyé la vidéo, éjaculation incluse. Elle aurait pu l'effacer sans donner de suite; elle a plutôt choisi d'en parler sur sa page Facebook. «Dans mon métier, les femmes sont très souvent victimes de ce genre de choses. En parler, c'est dire que ce n'est pas exceptionnel, qu'on est soumises à ça régulièrement. C'est dire: "In your face!" ["Dans ta face!"]»

L'animatrice souligne que les réseaux sociaux constituent un formidable lieu d'échange sur la société. L'été dernier, une conversation sur l'éducation entre Émile Proulx-Cloutier et Patrick Lagacé a été visionnée un million de fois et très commentée sur sa page. «C'est plus gratifiant que de se faire dire qu'on a des beaux cheveux, qu'on est belle et fine.»

Et si ça n'existait pas? «Je lirais plus, je dormirais mieux. Mon chum et moi, on se parlerait plus souvent. Je me plais parfois à imaginer que je ferme mes comptes. Mais est-ce que ça se peut vraiment?» Quand il s'est rendu compte qu'il ne lisait plus de livres à cause des réseaux sociaux, Dany Turcotte s'est acheté une tablette de lecture. «Je m'astreins à lire chaque jour au moins 75 pages d'un livre.»

Pénélope McQuade... (Infographie Le Soleil) - image 3.0

Agrandir

Pénélope McQuade

Infographie Le Soleil

Tweet fight et blocage

Il n'y a pas vraiment d'équivalent français à tweet fight, ces batailles auxquelles se prêtent les caractères plus bouillants sur Twitter. Dany Turcotte, qui a déjà donné, ne perd plus de temps à argumenter. «C'est de l'énergie gaspillée, et ça ne sert à rien. Ça devient un dialogue de sourds, une succession d'insultes.» Pénélope McQuade, elle, ne se rend jamais jusque-là, et use plutôt de son pouvoir de persuasion. «Quand des gens m'insultent, je suis du genre à les amener au bout de la conversation. Et généralement, en trois ou quatre tweets, je convertis la personne. Sans agressivité.»

Pourrait-on voir Marina Orsini, reconnue pour sa gentillesse, se trouver au centre d'une tweet fight? «Si j'ai quelque chose à défendre, peut-être. Mais je ne cherche pas ça. Il y a plus important dans la vie.»

Les avis sont partagés sur le recours à la fonction «Bloquer», qui empêche un indésirable d'avoir accès à vos tweets. Parmi les plus tolérants, Dany Turcotte dit avoir bloqué tout au plus une quinzaine d'abonnés. «J'endure. Guy [A. Lepage], lui, a dû en bloquer 3000 ou 4000!» dit-il à la blague. Pénélope McQuade n'est pas non plus une adepte du blocage. «Je pense que j'ai bloqué une seule personne, qui avait clairement des problèmes de santé mentale», dit-elle.

Télé et réseaux sociaux sont devenus inséparables. La... (Infographie Le Soleil) - image 4.0

Agrandir

Infographie Le Soleil

Tolérance zéro

Danielle Trottier, l'une des auteures de séries les plus actives sur les réseaux sociaux, réussit tout de même à conserver une distance avec ceux-ci. Et pourtant, jamais elle ne se verrait fermer ses comptes Twitter et Facebook. «Je ne nous vois plus produire de la télé sans ça. Tellement que, quand j'écris, je pense à ce que je pourrais en dire sur Twitter.»

L'auteure d'Unité 9 reste toujours courtoise et d'un calme olympien dans ses interactions. Mais elle ne tolère aucune violence verbale. «Quand on me dit quelque chose comme "m'as te couper à chain saw, ma grosse crisse!", ça, je ne le laisse pas ça passer. C'est inacceptable. Des accusations, de la manipulation, je n'accepterais pas ça dans la rue, alors pas plus sur les réseaux sociaux.» L'arrivée du personnage de Nancy Prévost (Debbie Lynch-White), qui a provoqué des réactions «d'une violence inouïe», a constitué une étape importante pour Danielle Trottier. «Je n'avais jamais vécu ça et j'ai été obligée d'établir des limites. Tu ne peux pas attaquer une personne sur son physique, même s'il s'agit d'un personnage.»

Danielle Trottier... (Infographie Le Soleil) - image 5.0

Agrandir

Danielle Trottier

Infographie Le Soleil

Aetios, qui produit Unité 930 viesRuptures et Blue Moon, est une des maisons de production qui donnent le plus de visibilité à ses séries sur les réseaux sociaux. Sa directrice des médias numériques, Geneviève Cardin, gère les communautés de toutes ces séries et les commente en direct. Elle s'assure que la page Facebook des séries ne devienne pas le lieu où les internautes viennent laver leur linge sale, surtout lorsqu'il est question de sujets délicats, comme le divorce ou la maltraitance d'enfants. Avant de bannir quelqu'un, elle prend le temps de lui répondre. «Quand ça devient raciste ou personnalisé, on retire le commentaire et on avise la personne. On a aussi des trolls qui viennent vendre des services. Durant Ruptures, certains d'entre eux s'adressaient même à des gens en processus de divorce!»

Pour les fidèles d'Unité 9, Twitter sert aussi de valve de décompression. Geneviève Cardin y va souvent de répliques humoristiques, avec dosage, question de désamorcer les drames. Tout de suite après la scène lascive impliquant Shandy (Catherine-Anne Toupin) dans la cour de Lietteville, la recette de gâteau aux bananes et de la sauce au caramel, partie intégrante de la scène, apparaissait sur les réseaux sociaux.

Plus Twitter que Facebook, Marina Orsini ne s'est convertie qu'il y a un an aux réseaux sociaux, qu'elle utilise d'abord et avant tout comme outil de travail et de promotion. «Avant, je ne voulais rien savoir de ça. C'est mon travail à la radio qui m'y a amenée. Ça devenait un peu gênant de ne pas y être!»

Pour l'instant, la controverse ne colle pas à l'animatrice du matin d'ICI Radio-Canada Télé, qui se voit davantage comme une observatrice sur les réseaux sociaux. «En général, les gens sont assez civilisés. La façon de répondre établit la façon dont tu veux qu'on te réponde. On est responsable de ce qu'on veut véhiculer», dit-elle.

Apprivoiser Snapchat

Si les artistes de variétés s'affichent massivement sur les réseaux sociaux, les vedettes de l'information ne se font plus tirer l'oreille. «Ça fait partie du travail de journaliste, qu'on aime ou pas. Tout le monde doit y être, on n'est plus à l'époque où on a à convaincre les gens», affirme le directeur général de l'information de Radio-Canada, Michel Cormier.

Le diffuseur, qui s'est fait accuser d'empêcher son personnel de tweeter au sujet du procès de Jian Ghomeshi plus tôt cette semaine, a dit jouer de prudence sur le contenu possiblement diffamatoire exprimé par ses journalistes, et dont Radio-Canada pourrait être tenue responsable.

Comme pour les courriels et les téléphones haineux, le diffuseur public dispose d'un comité de surveillance pour contrer toute forme de harcèlement envers les animateurs et les journalistes sur les réseaux sociaux. «Nous nous assurons qu'ils ne soient pas laissés à eux-mêmes devant un cas de harcèlement», ajoute M. Cormier.

Signe des temps: le service de l'information de Radio-Canada est depuis peu sur Snapchat, une application de partage de photos et de vidéos très prisée des jeunes. «J'étais à un congrès à Los Angeles en septembre, et des gens d'Al Jazeera et BBC World Service ne juraient que par Snapchat. C'est une plateforme qu'il faut au moins explorer», explique Pierre Champoux, directeur de la rédaction numérique, qui admet lui-même en être encore à apprivoiser la bête.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer