Parizeau-Bureau:  les dessous d'une entrevue marquante

Lors d'une rencontre tenue dans le plus grand... (Photo fournie par TVA)

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Lors d'une rencontre tenue dans le plus grand secret, quelques heures avant le référendum du 30 octobre 1995, Stéphan Bureau a reçu des confidences historiques du premier ministre Jacques Parizeau.

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(Montréal) Le 30 octobre 1995 en début d'après-midi. Dans le plus grand secret, Stéphan Bureau s'apprête à arracher des confidences historiques au premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, au bureau de sa circonscription, quelques heures avant que les Québécois choisissent de se donner, oui ou non, un pays souverain. Ce sera son testament politique.

La direction de TVA et LCN a eu la brillante idée de rediffuser mardi soir l'intégrale de ce rendez-vous marquant, intitulé Parizeau, les dernières heures. L'entrevue était d'abord destinée à un documentaire sur le référendum, prévu pour une diffusion des mois plus tard. Très confiant de pouvoir l'emporter, Parizeau donne plusieurs détails sur ce qui attend le peuple advenant une victoire du Oui. Il affirme qu'un Québec souverain conservera le dollar canadien, que la Caisse de dépôt dispose de milliards de dollars pour faire face à toute éventualité, que la France reconnaîtrait le Québec comme pays et servirait de levier pour en convaincre les États-Unis. Et surtout, M. Parizeau affirme qu'il démissionnera si le Non l'emporte, ce qui peut paraître évident aujourd'hui mais qui l'était beaucoup moins alors.

«Je ne connais pas beaucoup de politiciens qui ont été à ce point candides et transparents dans des circonstances aussi exceptionnelles», me confiait mardi Stéphan Bureau, qui n'a jamais voulu revoir cette entrevue pourtant charnière dans sa carrière médiatique. «C'est à la fois une bénédiction et une malédiction. Parce qu'une fois qu'on a connu ça, il est très diffi­cile d'imaginer un autre rendez-vous aussi fécond dans une carrière de journaliste.»

Alors chef d'antenne du bulletin de fin de soirée à TVA, il s'était pris des mois plus tôt pour convaincre le premier ministre de la nécessité d'un tel document, sans même en parler à son employeur. «Je croyais, et je crois toujours, que l'histoire avait besoin de ça. Nous n'avions gardé aucune trace de ce que pensait René Lévesque le jour du référendum 80, à part son discours. C'est pour l'histoire que Parizeau a accepté de le faire, certainement pas pour satisfaire son ego. Il venait d'accepter de se tasser pour faire la place à M. Bouchard, plus fort que lui dans les sondages.»

Bureau n'en était pas à sa première entrevue avec Parizeau, qu'il n'avait cependant fréquenté que dans un cadre professionnel. «Mais les échanges étaient fructueux», se souvient-il pour expliquer la confiance que lui a accordée l'homme en 1995. Il se rappelle que le premier ministre était fébrile au moment de l'entrevue. «Une fois que ça a été terminé, il a chantonné quelque chose comme : "Je l'ai dit à M. Bureau!" Ça paraît ridicule, mais c'est un souvenir fort, il était guilleret de s'être libéré de ce secret.»

L'entente initiale avec M. Parizeau impliquait un second entretien avant le discours du soir du 30 octobre, et un troisième en fin de soirée. Ces deux rencontres n'auront jamais lieu. De justesse, le Non l'emporte. Parizeau démissionne le lendemain. Quand un journaliste lui demande s'il part en raison de sa déclaration de la veille sur «l'argent et des votes ethniques», il répond que non et dit avoir déjà révélé l'information dans une entrevue avec Stéphan Bureau. L'embargo est par le fait même levé, et TVA en précipite la diffusion deux jours seulement après le référendum.

En affirmant solennellement à Stéphan Bureau devant les caméras qu'il démissionnerait au lendemain d'une victoire du Non, Jacques Parizeau aurait difficilement pu reculer par la suite, croit l'animateur et journaliste. «C'était tellement un gros secret. De la nitroglycérine. Je peux imaginer ce que c'était pour un premier ministre de mettre son avenir entre les mains d'une tierce partie. À partir du moment où il existait ce smoking gun quelque part, c'est plus difficile de dormir la nuit.»

Le décès de M. Parizeau survient alors que Stéphan Bureau travaillait à un projet de documentaire destiné à Radio-Canada, à l'occasion du 20e anniversaire du référendum, et pour lequel il devait faire des entrevues avec l'homme. Comme plusieurs, il a été secoué d'apprendre la mort de ce géant politique, dont il appréciait la franchise et l'absence de langue de bois. «Il n'y a pas beaucoup de personnages politiques ou publics dont la disparition m'a interpellé autant.»

L'entrevue du 30 octobre 1995, pour laquelle il ne veut prendre aucun mérite, reste néanmoins très significative à ses yeux. «Ce qu'il a fait ce jour-là était exemplaire. Toute démocratie éclairée devrait voir plus souvent des politiciens faire tomber les masques. C'est l'exemple de quelqu'un qui croyait que de dire les choses telles qu'elles sont ne constituait pas un grand risque, et je pense que l'histoire lui a donné raison.»

Référendum de 1995:discours de Jacques Parizeau

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