Jason Bourne: le loup solitaire **1/2

CRITIQUE / Jason Bourne était un des films les plus attendus de l'été, parce qu'il sort un peu des canons de la superproduction et qu'il marque le retour de Matt Damon et de Paul Greengrass à la barre de la franchise, neuf ans après leur précédente collaboration. Alors? Le long métrage livre exactement ce qui est prévu, ni plus ni moins. Ce qui est à la fois une grande qualité et son principal défaut: l'entreprise tourne à vide en plus d'être très prévisible. C'est décevant, mais ça demeure un film d'action parfaitement exécuté.

«Je me souviens de tout» sont les premiers mots prononcés par Bourne. En fait, ce n'est pas tout à fait vrai. Il lui manque encore des bouts de son passé, avant son enrôlement comme machine à tuer de la CIA. Ceux-ci viendront bientôt le hanter quand sa fidèle alliée Nicky Parsons (Julia Stiles) réussit à pirater des fichiers des services secrets pour les remettre à Bourne.

Tout est en place pour le jeu du chat et de la souris... Le directeur de la CIA (Tommy Lee Jones, très bon) veut éviter que l'ex-agent découvre la vérité. Il est aidé par Heather Lee (Alicia Vikander), l'arriviste directrice de la sécurité informatique, et La ressource (Vincent Cassel, encore une fois le méchant de service), un tueur du nouveau programme de la CIA dont l'existence risque d'être dévoilée par Bourne.

Le film détenait un bon filon ici, dans la lignée des révélations d'Edward Snowden : jusqu'où abandonner des droits individuels, dont celui de la vie privée, au nom de la sécurité nationale? Car la CIA veut se servir d'un réseau social, Deep Dream, dirigé par un personnage hybride de Mark Zuckerberg et de Steve Jobs, pour espionner tout le monde et son père. 

Cette intrigue, qui aurait pu être le noeud de l'histoire, devient bien secondaire, un simple prétexte à multiplier les exécutions, les cascades et les courses-poursuites (la dernière s'avère totalement inutile et d'une stupéfiante violence gratuite au regard du reste du film). Que de longueurs...

Greengrass et Damon ont une connaissance intime de l'oeuvre créée par Robert Ludlum, c'est leur troisième collaboration. On se serait donc attendu qu'ils fassent évoluer le personnage et l'univers dans lequel celui-ci évolue. Le duo a plutôt choisi de reprendre sensiblement les mêmes éléments que les épisodes précédents. 

Arme de destruction massive

Quant à Bourne, ils auraient pu l'humaniser. Il demeure une arme de destruction massive, obsédé par son passé et motivé par la vengeance. On se demande d'ailleurs pourquoi Damon a revêtu les habits du loup solitaire : le coeur n'y est plus. 

Ce n'est pas le cas d'Alicia Vikander (oscarisée pour Danish Girl), qui bénéficie, il est vrai, d'un personnage trouble et ambigu. De loin, le rôle le plus intéressant.

Évidemment, Greengrass sait y faire. Le réalisateur de Capitaine Phillips (2013) multiplie les mouvements de caméra et les points de vue, tout en utilisant, souvent, le montage parallèle pour faire monter la tension. La mise en scène est impeccable. Dommage que le récit soit aussi vain.

Contrairement à James Bond, Bourne évolue dans un cadre étroit que ce nouveau film aurait dû faire éclater. On ne change pas une bonne recette? À la longue, on finit toujours par trouver qu'elle s'affadit et s'en lasser un peu...

Au générique

  • Cote:  ** 1/2
  • Titre: Jason Bourne
  • Genre: suspense
  • Réalisateur: Paul Greengrass
  • Acteurs: Matt Damon, Alicia Vikander, Vincent Cassel et Tommy Lee Jones
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 2h03
On aime: la réalisation adroite, l'ambiguïté d'Heather Lee

On n'aime pas: l'aspect prévisible, le surplace du récit, une performance tiède de Damon, des longueurs

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