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Le Québec mûr pour une politique de l'architecture?

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Le pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) La première mouture du projet Le Phare en a fait rager plus d'un. Le nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts a, à l'inverse, emballé des milliers de citoyens : l'architecture est partout et les gens s'y intéressent de plus en plus. Le temps est-il venu pour une politique nationale de l'architecture? La discussion entre les architectes et les citoyens, en tous cas, commence dès mardi à Québec.

«On veut se nourrir de ce que le public nous dira», lance d'entrée de jeu la présidente de l'Ordre des architectes du Québec (OAQ), Nathalie Dion. Son organisation amorce mardi au Monastère des Augustines une vaste «conversation publique» sur l'avenir de l'architecture au Québec. La tournée se déplacera dans 13 villes dont Saguenay, Rimouski, Sherbrooke, Gatineau, Trois-Rivières pour culminer à Montréal le 1er juin.

Échanges positifs

À Québec, la soirée de mardi est déjà à guichets fermés avec 90 inscriptions, ce qui réjouit Mme Dion. «Ces rencontres seront basées sur les échanges, sur du positif. On va avoir des débats, mais pas des chicanes», ajoute-t-elle au bout du fil.

Citoyens, étudiants, organismes ou architectes iront partager ce qu'ils aiment ou non dans le cadre bâti au Québec, ce qu'ils feraient s'ils étaient «ministre de l'architecture». Quelle place pour les citoyens dans les projets, souvent majeurs? Que faire pour la préservation du patrimoine, pour une meilleure intégration dans le paysage? L'OAQ mettra les idées entendues dans son baluchon en prévision d'un mémoire qu'elle présentera au gouvernement du Québec l'an prochain dans la perspective de la création d'une politique nationale de l'architecture. Une telle politique existe dans plusieurs pays d'Europe.

«Les architectes, souvent, n'ont pas accès au public autant qu'ils le voudraient dans le cadre de leurs projets. On veut s'assurer que la population soit consultée», poursuit Nathalie Dion. 

L'architecture, c'est l'affaire de tous

L'architecte élue en 2013 à la tête de son ordre professionnel qui représente 3826 membres et 1047 stagiaires en architecture note une sensibilité croissante pour l'architecture et l'aménagement urbain. On jase davantage d'architecture dans l'espace public. «Je n'ai pas de statistiques, mais oui, grâce au fait que les gens voyagent, à Internet et aux émissions de télévision, il nous semble que les Québécois sont prêts à ça», dit-elle. Mais il y a encore des mythes à défaire et de la sensibilisation à faire pour affirmer que l'architecture est l'affaire de tous. 

«On veut sensibiliser le gouvernement et le public à l'importance quotidienne de l'architecture. Elle est partout. Un bâtiment affreux fait partie du paysage et on doit vivre avec», illustre Mme Dion. Même chose pour les édifices qu'on aime. Ces immeubles esthétiques, fonctionnels et durables qui seraient peut-être plus nombreux si le Québec se dotait d'une politique de l'architecture, estime l'OAQ.

Le nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Le nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts a emballé des milliers de citoyens

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

À quoi ça sert?

Une telle politique, qui serait suivie d'un plan d'action, poursuit Mme Dion, permettrait entre autres d'uniformiser la réglementation, de se pencher sur le processus pour les concours d'architecture et d'assurer une meilleure cohésion entre les divers ministères impliqués dans la d'écoles ou d'hôpitaux, par exemple. Et ce, pas seulement dans les grands centres. Au contraire. «Des villes comme Québec et Montréal sont équipées avec des professionnels à l'interne. Mais les plus petites n'ont pas toujours les outils nécessaires. Il pourrait y avoir certaines formes d'accompagnement», avance-t-elle. Au Danemark, un tel soutien aux municipalités existe. «Les politiques peuvent prendre diverses formes.» L'OAQ plaide depuis des années pour une telle politique de l'architecture qui a d'ailleurs reçu l'appui d'une trentaine d'instances dont les villes de Rivière-du-Loup, Laval, Sherbrooke et des arrondissements de Montréal. Dans la capitale, le maire Régis Labeaume a officiellement appuyé l'initiative de l'Ordre des architectes en septembre 2016 à l'occasion des consultations sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec.

Les soirées de discussions seront animées par l'Institut du Nouveau Monde et il sera aussi possible de participer à la discussion en ligne à partir de mardi au www.architecture.quebec.

Le Danemark se démarque

De toutes les politiques nationales de l'architecture qui existent dans le monde, celle du Danemark est la préférée de Christine Lanthier, rédactrice en chef d'Esquisses, la revue de l'Ordre des architectes. «La politique s'intitule Putting People First, Les gens d'abord. Elle dit qu'avant de construire n'importe comment, on doit consulter la population. Elle sert à intéresser les citoyens au cadre bâti, à des activités de sensibilisation», explique Mme Lanthier. 

Le pari danois

Avec cette politique adoptée une première fois en 2007 et modifiée en 2014, les autorités danoises font le pari qu'une fois que la population baigne dans le monde de l'architecture, il est plus facile «d'avoir un langage commun pour en parler et décider». Dans ce pays, la première ville à se doter d'une politique de l'architecture a été Vejle dès 1997 soit 10 ans avant que le pays ne l'adopte et incite les autres villes danoises à en faire autant. 

«Le but n'est pas de réglementer, mais de mettre tout le monde sur la même longueur d'onde», illustre Mme Lanthier. Une façon, dit-elle, d'accompagner les municipalités et de faire en sorte qu'elle ne fasse pas «qu'émettre un permis» et que les citoyens ne se «ramassent avec un bâtiment déjà construit», dit la rédactrice en chef.

La politique danoise permet aussi aux plus petites municipalités de bénéficier de conseils pour élaborer leur politique grâce à des «membres ambassadeurs».

La France, pionnière

Christine Lanthier note aussi que la France a été le premier pays à se doter d'une loi qui, dès 1977 a reconnu l'architecture comme «une expression de la culture» et un élément «d'intérêt public».

Aussi, signe qu'une telle politique va bien au-delà de l'allure des bâtiments, Mme Lanthier souligne que dans la majorité des cas, elles sont nées d'une réalité socioéconomique. 

«Ça part souvent d'un problème de société. Comme le vieillissement de la population, des problèmes de transports ou d'exode rural où les gens ont à vivre dans un milieu plus dense.»

L'heureux exemple d'Halifax

la bibliothèque d'Halifax... (La Presse Canadienne, Andrew Vaughan) - image 5.0

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la bibliothèque d'Halifax

La Presse Canadienne, Andrew Vaughan

Les discussions sur une éventuelle politique québecoise de l'architecture porteront aussi sur la participation citoyenne et les manières d'impliquer la population. À ce titre, la présidente de l'Ordre des architectes du Québec, Nathalie Dion, cite en modèle la bibliothèque d'Halifax ouverte en 2014. «C'est ça qu'il faut faire, consulter les citoyens et les inclure dans le projet. À Halifax, ils ont fait des rencontres pendant cinq mois, ils ont invité les gens, les enfants, toute la communauté», explique-t-elle à propos du bâtiment conçu par la firme d'Halifax Fowler Bauld & Mitchell avec la danoise Schmidt Hammer Lassen. Une telle démarche n'a en rien miné la créativité des architectes, précise-t-elle. «Ce n'est pas un projet plein de compromis.» Au contraire, la consultation en amont a garanti une adhésion pour la bibliothèque et son café devenus depuis un lieu de rassemblement incontournable de la capitale néo-écossaise en plus de multiplier les prix d'architecture.




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