Deux semaines après l'éternité: la voix de ma mère, les silences de mon père

L'histoire nous place devant une femme qui fait... (Photo Patric Saucier)

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L'histoire nous place devant une femme qui fait le point sur sa vie, deux semaines après la mort de son mari.

Photo Patric Saucier

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(Québec) Si les écrits de Patric Saucier traversent les frontières, ils s'inspirent toutefois d'expériences très personnelles. Son percutant solo Le boxeur était l'extension d'une rencontre déplaisante avec une Parisienne qui l'avait regardé avec dédain. Sa pièce à deux voix Deux semaines après l'éternité, qu'il s'apprête à présenter au Studio P, est un hommage à sa mère, à une génération de femmes sacrifiées entourées d'hommes silencieux.

Pourquoi au Studio P? Traduite en italien, primée en France par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques en 2006, la pièce n'a pas encore été portée sur les planches au Québec, même si plusieurs compagnies et diffuseurs, dont la Bordée et le Périscope, s'étaient montrés intéressés.

C'est finalement une compagnie de Limoges, Asphodele, qui a offert à Saucier de monter la pièce en coproduction avec sa compagnie, Le théâtre du transport en commun. La troupe ne s'arrêtera que quelques jours à Québec, entre des représentations à Limoges et une petite tournée en France.

Saucier prend le tout avec philosophie, conscient de la précarité du métier qu'il a choisi, mais un peu découragé que le sort se soit acharné sur son premier texte (écrit avant Le boxeur). Deux comédiens, peu de décors nécessaires, un auteur primé et aimé, une histoire touchante... Ça sonnait pourtant comme une recette gagnante.

Qu'à cela ne tienne, la pièce existe enfin, dans une première mouture mise en scène par son auteur. Deux acteurs français, Sylvie Nivard et Philippe Gouaud, y jouent en québécois, et seulement quelques ajustements dans les expressions ont été nécessaires pour se faire comprendre des deux côtés de l'Atlantique.

Souvenirs

L'histoire nous place devant une femme qui fait le point sur sa vie, deux semaines après la mort de son mari. «L'éternité» du titre, c'est sa vie de couple, dont elle s'extirpe avec soulagement. «C'est un grand ménage de printemps, un vide-grenier émotif», indique Saucier. Inspiré par les noces de papier, qui soulignent 37 ans de mariage, il a imaginé avec la scénographe Vanessa Cadrin un décor de papier Kraft et de boîtes de carton qui contiennent tous ses souvenirs, ses regrets, ses bonheurs et ses rêves avortés.

«Elle veut davantage réapprendre à vivre que vivre le deuil de son mari. Elle fait partie d'une génération de femmes sacrifiées, qui ont abandonné toute perspective de carrière pour élever des familles. Elle ne fait plus ça contre lui, elle fait ça pour elle», explique l'auteur, qui souhaitait rendre hommage à sa mère, qu'on voit d'ailleurs sur l'affiche de la pièce.

«Ma mère était probablement la première féministe de Louiseville. Je me souviens des tensions qu'elle provoquait parce qu'elle voulait brasser les affaires!» raconte Saucier. «Elle s'est mise à lire beaucoup, dans la quarantaine, elle s'est inscrite à l'Université.»

Face à ce bout de femme déterminé et énergique, il place un mari peu bavard, pris dans le carcan social du pourvoyeur. «J'ai vécu dans les silences de mon père. Mes plus beaux souvenirs, c'est lorsqu'ils nous emmenaient au Forum voir les Canadiens, debout, une heure et vingt d'auto aller et retour, et presque pas un mot. Je l'ai veillé à l'hôpital avant sa mort, on n'a jamais eu la grande conversation qu'ils ont dans les films. Alors j'ai imaginé ce qu'avait pu être la vie de ma mère.»

Tabou

Patric Saucier commence à écrire Deux semaines après l'éternité alors qu'il est en tournée au Mexique pour La Casa Azul, un texte de Sophie Faucher sur Frida Kahlo, mis en scène par Robert Lepage.

«J'ai été marqué par la manière dont, dans la religion catholique, on peut vivre la mort de manière diamétralement opposée. On se base sur le même livre [la Bible], mais eux interprètent que la mort est une fête, parce qu'on va au paradis, alors qu'ici c'est quelque chose de sombre et de presque tabou», note Saucier.

Les Mexicains profitent de la Toussaint pour aller festoyer sur la tombe de leurs aïeux et se remémorer leur vie. «J'ai essayé de voir comment transposer le deuil festif dans la famille québécoise», dit simplement l'auteur, qui a fait revenir le personnage du mari auprès de la femme pour une ultime conversation. «Sa présence n'a rien d'inquiétant ou de surnaturel, c'est une présence poétique.»

>> Vous voulez y aller?

Quoi: Deux semaines après l'éternité

Qui: Patric Saucier

Quand: du 27 février au 2 mars à 19h30 et le 3 mars à 15h

Où: Studio P, 280 Saint-Joseph Est, Québec

Billet: 12$ à 20$

Téléphone: 418 529-4343

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