Orange mécanique: le dégoût sans la révélation

La séduction des «droogies» n'opère pas.... (Photo La Presse, Martin Chamberland)

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La séduction des «droogies» n'opère pas.

Photo La Presse, Martin Chamberland

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(Québec) Du roman d'Anthony Burgess au film de Stanley Kubrick, la violence de L'orange mécanique n'a jamais fait l'unanimité. Elle est rébarbative, malsaine, dérangeante. Mais si le roman la justifie par une langue élaborée, le film par un esthétisme saisissant et tous deux par une réflexion développée sur les déviances humaines et sociales, la version théâtrale que nous proposent les productions Tandem provoque le dégoût sans réussir à exciter la réflexion.

Il devrait y avoir une aura de séduction autour des actions des «droogies», de jeunes adeptes de l'ultraviolence dans un monde futuriste et satirique. Le charisme de Maxime Le Flaguais, qui interprète leur chef, Alex, aurait pu y faire pour beaucoup, avec une traduction adéquate et une mise en scène avec plus de profondeur, de moments tamisés et de subtilités.

Il y a d'abord l'adaptation française, qui nous reste au travers de la gorge. Le «nadsat», l'argot anglo-russe des voyous, est enveloppé dans un français qui hésite entre la France et le Québec, surtout dans la bouche de Roger La Rue, qui interprète entre autres le narrateur. Le mélange, artificiel pendant les premières scènes, s'atténue heureusement un peu par la suite.

Le parti pris de la mise en scène de Véronique Marcotte (sous la direction artistique de Denis Bouchard) semble être d'en montrer plus que le film, mais avec moins de souci artistique. Le fond de scène est clinquant, les costumes des truands, ornés de têtes de morts, sont datés, un canapé victorien nouveau genre majestueux trône sur la scène, un plateau tournant permet de faire quelques mouvements intéressants... mais dans ce terrain de jeu éclectique, il manque une certaine âme.

Troublant, mais stérile

Cruciale dans l'histoire, la scène de viol collectif prend des allures de film porno illégal et douteux. Au lieu de chanter le fameux Im singing in the rain en dansant et en découpant le costume de sa victime, Alex (Maxime le Flaguais) susurre Ne me quitte pas de Jacques Brel en défonçant carrément la fille. Troublant d'accord, mais surtout stérile, puisque la suite ne parvient pas à utiliser l'émotion de dégoût qui nous assaille.

La suite, c'est le traitement assené à Alex pour le réformer et en faire un chien de Pavlov, qui vomit à chaque image de sexe ou de violence, et le cirque politique ponctué de discours criards qui entoure sa réforme. Projections et musique (dont la musique de Beethoven, mixée à des beats techno par le D.J. Danny Lutz qui passe toute la représentation sur scène) s'entremêlent dans une escalade vaine et les discours ne parviennent pas à nous atteindre.

Le jeu n'est pas nécessairement mauvais, mais il est tellement entravé par les carences de la production qu'il peine à se déployer. Il y a pourtant eu du travail et il y avait un risque à monter Orange mécanique qu'il faut saluer. Mais ça ne suffit pas.

La pièce est jouée à nouveau vendredi et samedi à Québec à l'Impérial, en supplémentaires les 15 et 16 mars.

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