«Je l'aime beaucoup, ce personnage, confie-t-il. Il fait partie de moi maintenant. Et je vais essayer de faire en sorte que les gens l'aiment aussi. C'est un personnage très violent, mais il subit une très grande violence aussi. C'est vraiment construit comme un conte macabre. Il fait mal à la société, la société va l'attaquer après. C'est oeil pour oeil, dent pour dent.»
Coïncidence ou coup de pouce du destin, le comédien venait de revoir Orange mécanique lorsqu'on l'a approché pour faire revivre sur scène le singulier chef de bande, imaginé par le romancier Anthony Burgess dans les années 60. Rappelons qu'Alex et ses droogies carburent à l'agression : bagarres et viols sont leur source de divertissement jusqu'à ce que le leader se fasse arrêter et devienne à son tour victime d'un traitement aliénant, visant à le guérir de ses pulsions criminelles.
Mise en scène par Véronique Marcotte, avec l'apport du directeur artistique Denis Bouchard, Orange mécanique propose une relecture du roman de Burgess, mais ne renie pas ses influences cinématographiques. «De toute façon, c'est impossible de chasser l'image de notre tête, explique Maxime Le Flaguais. Même si on n'a vu le film qu'une fois, que ce soit à 12 ans ou à 30 ans, ça reste en tête à vie.» La bande sonore conçue par Danny Lutz offre un clin d'oeil à celle du film, les costumes blancs sont oubliés, mais pas la canne d'Alex ni son maquillage si caractéristique.
Maxime Le Flaguais dit retrouver beaucoup de lui-même dans le personnage qu'il interprétera à l'Impérial de Québec du 20 au 23 février. «Alexandre DeLarge est un personnage fougueux, très romantique. C'est un esthète qui adore l'art et la culture. C'est tout à fait moi... On se rejoint sur ces côtés-là. Par contre, il a un côté violent que je n'ai pas ou que je garde à l'intérieur pour ne pas me retrouver en prison! Ce qui est le fun avec ce personnage, c'est que je peux laisser libre cours à n'importe quelle pulsion en me disant : j'ai le droit d'être violent, de laisser sortir toute cette agressivité.»
Réservée à un public adulte, Orange mécanique ne fait pas dans la dentelle. On mise ici sur le malaise comme partie prenante de l'expérience théâtrale. «Si les gens sont à l'aise de voir de la violence sur scène, il y a un problème dans la société, note Le Flaguais. Quiconque a une morale fonctionnelle n'est pas à l'aise quand il voit quelqu'un se faire tabasser. C'est de l'empathie. C'est ce qui fait qu'on est humain. Le public qui va venir voir le show, il va être confronté à tout ça. Et oui, les gens vont certainement vivre un gros malaise. Il y a une scène de viol qui est indescriptiblement horrible.»
Fait à noter, l'histoire située dans le futur par Burgess est maintenant campée dans le monde d'aujourd'hui. «C'était de la science-fiction, mais je pense que Burgess a été visionnaire, opine Maxime Le Flaguais. Il a vu beaucoup de choses qui se passent aujourd'hui : les deux parents qui travaillent, l'enfant qui est laissé à lui-même, qui va commettre des méfaits pour se sentir exister, les médias qui prennent une très grande place, la politique qui s'en mêle pour garder le pouvoir...»
Orange mécanique prend l'affiche à Montréal du 13 au 16 février. Après son passage à Québec, la troupe (qui inclut Félix-Antoine Tremblay, Danny Gilmore, Sylvain Marcel, Roger La Rue, Marianne Thomas et Geneviève Langlois) se produira à Gatineau et à Sherbrooke.
Vous voulez y aller?
Quoi : Orange mécanique
Quand : du 20 au 23 février à 20h
Où : Impérial
Billets : entre 45 $ et 59 $
Info : www.orangemecanique.ca, imperialdequebec.com
La révélation de Danny Gilmore
Quand il a su qu'une adaptation théâtrale d'Orange mécanique était en préparation, Danny Gilmore a pris le téléphone pour manifester son intérêt. Le comédien dit avoir ressenti rien de moins qu'une «révélation» lorsqu'il a vu le film de Kubrick dans les années 90. «Tout à coup, je me rendais compte que le cinéma, ça pouvait être autre chose que juste du divertissement, raconte-t-il. Il y a une approche d'auteur, il y a une réflexion.»
Dans cette version théâtrale d'Orange mécanique, Danny Gilmore interprète Jo, l'un des sbires d'Alex (Maxime Le Flaguais). La bande est complétée par Félix-Antoine Tremblay, dans le rôle de Momo. «Jo, c'est quelqu'un de très nerveux, évoque Gilmore. Il a soif de violence aussi, mais ce n'est pas un psychopathe comme Alex. Il y a comme une limite que les deux autres ne vont pas franchir, mais qu'Alex, lui, va franchir. C'est dans ce moment de faiblesse-là qu'on va prendre le dessus sur lui et qu'il va se retrouver en prison.»