14e Mois Multi: théâtre intime sans acteur

Christian Lapointe et Daniel Danis convient les spectateurs... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Christian Lapointe et Daniel Danis convient les spectateurs à deux expériences au Mois Multi, respectivement Outrage au public et L'enfant lunaire.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Daniel Danis et Christian Lapointe proposent au spectateur deux expériences au Mois Multi, le festival d'arts multidisciplinaires et électroniques qui se déroule à Québec en février. Avec L'enfant lunaire, Danis le fait entrer dans un rêve, où l'acteur s'efface derrière des mots, des images et les objets en mouvement. Avec Outrage au public, Lapointe le convie à une danse intellectuelle au son des voix de synthèse, où l'unique humain en scène sera le spectateur.

Ces oeuvres nagent dans les eaux du multi, de l'expérimental, davantage que du théâtre. Plutôt que d'être au service du texte, les autres éléments de la représentation (son, lumière, image) résonnent dans un espace spécialement aménagé: un dispositif scénique qui devient souvent plus important que l'acteur. Ce qui ne veut pas dire que l'humain est noyé dans un déploiement de technologies. Ça peut être très low tech, précisent les deux artistes.

Christian Lapointe s'attaque à Outrage au public de Peter Handke. «C'est le texte fondateur de la non-représentation, mais je trouvais que la façon classique de le présenter, avec des acteurs qui nous disent qu'ils ne joueront pas, était devenue un peu datée», explique Lapointe.

Solution: faire dire le texte par des voix de synthèse, des voix artificielles dont il a dû assembler le discours un son à la fois. Chaque minute du spectacle a demandé une heure et demie de montage sonore.

Dans la salle, un jeu de miroir, et de caméra, renverra le public à lui-même. «Une heure de voix de synthèse, c'est éprouvant. Pourtant, on vit quotidiennement avec ces voix-là. Elles nous disent de patienter au téléphone, de donner les numéros qui valident notre identité, de sortir du train...» La technologie modifie notre quotidien et notre humanité de manière insidieuse. Outrage au public a pour but de générer une expérience doublée d'une prise de conscience. «J'aime à dire que je fais de la danse contemporaine, du brain dancing, avec le spectateur», illustre l'artiste, qui vient d'être nommé codirecteur artistique du Théâtre Blanc.

L'importance du flou

L'enfant lunaire est le fruit d'une collaboration entre Daniel Danis et Julien Maire, un passionné des mécaniques de l'image et du cinéma.

Pour Danis - fasciné par le rêve, où les images et les sensations demandent qu'on mette des mots, qui généreront à leur tour d'autres images -, la condition humaine et la représentation sont étroitement liées à la notion de temps.

«Chaque fois que je travaille, je me retrouve dans une zone de flou. Je ne cherche pas quelque chose de précis, mais à force de chercher, quelque chose se révèle», indique Danis. «L'écriture, pour moi, c'est toujours des équations dont il faut découvrir l'inconnue.»

Tirée justement d'un rêve, la fable de l'enfant lunaire sera présentée dans un carré blanc, où évolueront trois machines - des «objeux», comme les appelle Danis, qui emprunte le terme au poète Francis Ponge. «Une d'elles trace une ligne, l'autre est un pantographe et l'autre évoque des feuilles qui se déplient», indique l'artiste.

Cette fois, il y aura un acteur (Pierre-Félix Gravière) qui lira un texte, mais sans le jouer.

«Je ne veux plus de scène, plus de mur, plus d'éclairage, ou l'éclairage le plus simple du monde, explique Danis. J'ai un besoin viscéral depuis quelque temps de simplicité, d'arrêter de multiplier les couches, les signes. On n'a plus le temps de méditer sur soi.»

Le dramaturge (Cendres de cailloux, Le chant du dire-dire, Terre océane), qui a aussi une expérience en arts visuels, prévoit déplacer sa pratique dans un atelier après L'Enfant lunaire. Un virage à suivre, assurément.

L'enfant lunaire est présenté le 7 février à 19h et 21h et le 8, à 19h et 22h. Outrage au public est au programme le 31 janvier, le 1er février à 21h et le 2 février à 19h30. Les deux spectacles sont présentés au studio d'essai de Méduse.

Info : www.moismulti.org

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