Britannicus: entre reflets et fantasmes

On sent que les intentions pas toujours claires... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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On sent que les intentions pas toujours claires des personnages aux multiples visages, dont Érika Gagnon (Agrippine) et Chantal Dupuis  (Albine), ont été traquées et décortiquées par les comédiens et le metteur en scène.

Le Soleil, Steve Deschênes

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(Québec) S'il faut jouer du Racine, que ce soit fait avec rigueur et en jetant un éclairage nouveau sur les enjeux qui y sont abordés. Ce que réussit bien Jean-Philippe Joubert dans sa mise en scène de Britannicus à la Bordée qui, sans être sidérante, maintient notre intérêt et tisse de nouveaux codes visuels et musicaux autour des célèbres alexandrins.

Nous sommes devant le vestibule de Néron, zone tampon entre ses appartements privés et le reste du palais, d'où les autres personnages accèdent par un corridor étroit surveillé par une caméra. Sur toute la surface du décor, on voit une image vidéo de la rue Saint-Joseph, filmée du toit du théâtre.

La ville, silencieuse au début de la pièce, rougeoiera sous les exclamations furieuses de la foule à la toute fin. Même sa clameur voyagera de la scène à l'arrière de la salle avec le crime de Néron (insaisissable, tour à tour impétueux et vulnérable, Olivier Normand), question de nous inclure dans ce sentiment de colère purificateur devant l'atteinte de l'empereur à la vertu. Si on ne peut pas prétendre sincèrement avoir adhéré à cet état d'esprit, on peut tout de même souligner l'ingéniosité de l'intention.

Néron ne quittera jamais cet espace protégé, alors que sa mère Agrippine (magistrale Érika Gagnon, malgré quelques accrochages dans les vers) tente de l'y coincer et que ses conseillers, Burrhus (solide Jean-Sébastien Ouellette) et Narcisse (malicieux Jacques Leblanc, un brin trop enthousiaste dans son jeu) s'y faufilent par des passages secrets.

Le tour de force est qu'aucun des vers, sauf peut-être dans la première scène, le temps que l'oreille s'habitue, ne tourne à vide. On sent que les intentions pas toujours claires de ces personnages aux multiples visages y ont été traquées et décortiquées par les comédiens et le metteur en scène.

On saisit que chacun se débat contre lui-même. Burrhus, tourmenté par la dérive de son prince, souhaite un empereur juste et rationnel pour Rome, pendant que Narcisse prend un plaisir malsain à confondre l'un et l'autre dans leurs sentiments. Agrippine use de son sens inné du dramatique comme d'une arme. Et Néron, habité par une confusion irrationnelle, tente de faire entendre sa volonté au travers de cet entremêlement d'intérêts.

Lorsque Narcisse place un miroir devant Néron, on comprend que tout se joue. Face à son reflet, le tyran reste stoïque, alors que d'obsédantes images mentales d'une femme effrayée et amoureuse d'un autre lui faisaient tourner la tête quelques heures plus tôt, et que son regard fixe se perdait dans les rues d'une ville miniature et déserte.

Laurie-Ève Gagnon et André Robillard jouent les amoureux ingénus, Junie et Britannicus, avec candeur belle, mais parfois trop appuyée.

Les costumes modernes de Julie Morel, le décor de béton et de velours de Claudia Gendreau et la musique tour à tour minimaliste et impétueuse de Mathieu Campagna rappellent un peu l'écrin de modernité des Tragédies romaines, qui avaient été présentées au Carrefour de théâtre. L'unité est beaucoup plus réussie que lors de la Nuit des rois au Trident l'an dernier.

Joubert réussit à faire des alexandrins de Racine un texte profondément incarné, ce qui est en soi, aujourd'hui, une intéressante réussite.

Britannicus est présenté jusqu'au 16 février à la Bordée.

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